Les studios et les salles : une année de changements de positions [Universal et Warner, 1/2]

Les Trolls 2 et Tenet, rares tournées mondiales de 2020

La remise en cause de l’exclusivité salle par certains studios hollywoodiens est l’un  des grands bouleversements provoqués par la pandémie de COVID-19 sur le secteur. Boxoffice Pro revient sur une année particulière, présentant les stratégies de diffusion des majors, Universal et Warner aujourd’hui, Disney, Paramount et Sony demain !

En collaboration avec Boxoffice Pro US

Universal

Le studio distributeur de 1917, un des (rares) gros succès de l’année 2020, a été l’un des plus affectés par la fermeture initiale du parc cinématographique mondial en mars. Si Invisible Man, sorti sur les écrans français le 26 février 2020, a réussi à y dépasser les 775 000 entrées – dont une partie à la reprise des salles en juin –, The Hunt a attiré moins de 60 000 spectateurs à la réouverture des salles le 22 juin tandis que La Voix du succès et The King of Staten Island se contentaient de 35 000 entrées respectives, Never Rarely Sometimes à peine 18 000 tickets durant l’été et que Emma., initialement redaté à fin mai, a finalement été retiré du line-up français.

Le choix du studio de recourir, sur le territoire américain, à une sortie en PVOD anticipée de ses films prématurément arrêtés (à l’instar de Disney pour En avant et de Sony pour Bloodshot) n’avait pas rencontré de résistance particulière de la part des cinémas  qui venaient de fermer. Mais en avril, Universal lançait le premier gros pavé dans la mare de l’exclusivité salle en abandonnant la sortie américaine des Trolls 2 : Tournée mondiale au profit d’une diffusion PVOD, alors que la filiale française maintenait la sortie salle du film (qui dépassera le million de spectateurs entre le 14 et le 29 octobre).

Aux États-Unis, le film, proposé à 19,99 $ pour une location numérique, a rapporté plus de 100 millions de dollars en trois semaines selon le studio. Peu de temps après, Jeff Shell, le CEO de NBCUniversal, a provoqué un tollé en déclarant explorer une stratégie similaire pour ses titres à venir. Refusant d’abord de programmer les films Universal sous un tel modèle, le leader AMC puis Cinemark et les Cineplex canadiens ont consécutivement négocié le raccourcissement de leur exclusivité salle avec le studio, avec ou sans partage de revenus sur l’exploitation en home entertainment. 

Regal, filiale du groupe du britannique Cineworld et deuxième circuit nord-américain, n’a pour sa part pas cédé aux sirènes. À noter toutefois que la décision de la société de suspendre les activités de l’ensemble de ses cinémas aux États-Unis et au Royaume-Uni est intervenue en octobre dernier, quelques heures après le report du prochain Bond d’Universal au printemps 2021  [les dernières rumeurs font désormais état d’une mise à prix du film pour 600 millions de dollars auprès des plateformes, ou d’un possible nouveau décalage du titre à l’automne 2021]. Parmi les autres titres les plus attendus du studio en 2021 figurent Les Croods 2 : Une nouvelle ère (reporté au 07/04/21 en France et beau succès depuis sa sortie américaine le 25/11/20), Fast & Furious 9 (26/05/21) et Les Minions 2 : Il était une fois Gru (07/07/21). 

Warner Bros.

Avec leurs carrières lancées en février 2020, Birds of Prey et Le Cas Richard Jewell ont eu la chance de ne pas trop souffrir de la suspension des séances, le premier dépassant le million et le second flirtant avec les 800 000 entrées France. Aux États-Unis, le drame sportif The Way Back de Gavin O’Connor avec Ben Affleck distribué par le studio (inédit en France) a basculé en VOD dès fin mars, après ses deux seules semaines à l’affiche. 

Comme pour Trolls 2, la France aura bénéficié d’une sortie salle pour Scooby ! en juillet dernier (plus de 760 000 spectateurs), alors qu’aux États-Unis, la Warner faisait le choix de le sortir en PVOD (l’animation ne sera finalement diffusée sur grand écran, que dans 20 pays, pour la plupart européens). Cette décision n’a pourtant pas provoqué autant de réaction que celle, un mois auparavant, d’Universal, car il était entretemps devenu clair que la pandémie et les fermetures seraient beaucoup plus longues qu’on ne le pensait. Et en ce qui concerne Warner Bros., toute l’attention était focalisée sur Tenet.

Le film de Christopher Nolan représentait alors l’indicateur-phare de la réticence des studios  à risquer une grosse sortie mondiale en pleine période pandémique. 

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Mais même après la sortie de Tenet, avec la détérioration de la situation sanitaire à travers le monde, les majors allaient rester frileux, hésitant à gaspiller un gros potentiel de recettes dans un marché pas suffisamment rétabli. C’est donc une nouvelle fois sur la Warner, avec sa Wonder Woman 1984, qu’allaient se reporter les espoirs de l’exploitation, avec le grand suspense de ses reports consécutifs jusqu’à Noël dernier. 

Puis, à la mi-novembre, le studio a détonné en annonçant la sortie simultanée en salle et sur sa plateforme HBOMax (sans surcoût pour les abonnés mais pour une durée limitée d’un mois) de son nouveau blockbuster. La nouvelle stratégie de diffusion déployée aux États-Unis ne s’est pas circonscrite à la sortie de WW84 puisque deux semaines plus tard, Warner Bros. dévoilait qu’elle s’appliquerait à l’ensemble de son line-up 2021, provoquant la gronde de toute l’industrie, des exploitants aux cinéastes, dont Christopher Nolan et Denis Villeneuve, réalisateur de Dune.

Alors que l’année 2021 est entamée, less interrogations demeurent sur l’impact de cette diffusion hybride. Après un démarrage record pour la période pandémique, Wonder Woman 1984 a en effet vu une baisse vertigineuse de ses recettes en deux semaines. Aucun nombre officiel de visionnements ni de nouveaux abonnements n’a d’ailleurs été communiqué côté HBOMax. 

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