Les studios et les salles : une année de changements de position [Disney, Paramount et Sony Pictures, 2/2]

Soul©Disney/Sans un bruit 2 ©Paramount Pictures-Jonny Cournoyer/Monster Hunter ©Constantin Film Verleih GmbH

Suite et fin de notre tour d’horizon des stratégies des majors au cours d’une année de grands bouleversements, dont la remise en cause de l’exclusivité salle par certains studios hollywoodiens.

En collaboration avec Boxoffice Pro US

Disney

Deux semaines à peine avant la contamination du marché par le virus, En avant est l’une des sorties salle qui a subi le plus gros dommage collatéral de la fermeture du parc outre-Atlantique (après un démarrage à 39 millions de dollars le 6 mars, le film avait déjà perdu 75 % de ses recettes sur sa seconde semaine) et a très rapidement « trouvé refuge » sur Disney+. En France, l’animation Pixar qui avait réalisé plus de 600 000 entrées entre sa sortie le 4 mars et la première fermeture des salles, parviendra à dépasser les 900 000 tickets avant la fin de l’exercice 2020. 

Mais la tentation Disney+ couve déjà depuis quelque temps… Début août, le studio annonce sa décision de sortir son remake live action de Mulan, initialement daté au 25 mars en France avant d’être reporté à juillet puis à août, en SVOD dans tous les territoires où sa plateforme est disponible. À noter que parmi la vingtaine de pays où il a bénéficié d’une exploitation sur grand écran, le film ratera son grand rendez-vous avec la Chine

Mais Disney ne déserte pas pour autant les rangs des world wide blockbusters de l’été 2020 et à partir de la fin août, ses Nouveaux Mutants, hérités de la 20th Century Fox, rassembleront plus de 370 000 spectateurs français.

Aux États-Unis, Mulan sort sur Disney+ en premiere access, soit avec un surcoût de location pour les abonnés (et accessoirement le même week-end de début septembre où Tenet débarque sur les écrans). Une voie tarifaire que le studio abandonne lorsqu’il choisit une nouvelle fois de réserver Soul à sa plateforme pour Noël (pour l’heure, le nouveau Pixar a été diffusé dans les cinémas de 14 pays).

Le 10 décembre, lors son Investor’s Day, la Company a confirmé sa restructuration axée sur l’offre directe aux consommateurs, tout en rassurant sur le maintien de ses grosses sorties cinéma, dans une approche (contrairement à la Warner) au cas par cas. À défaut de plus grands engagements en matière d’exclusivité salle, la profession doit pour l’heure se contenter des bonnes intentions affichées de Disney. Outre ses prochains grands rendez-vous au cinéma (Raya et le dernier dragon le 31/03/21, Black Widow le 05/05/21…), la firme vient de décaler Nomadland de Chloé Zhao, son titre Searchlight multiprimé et bien parti pour les Oscars, au 24 mars. 

Paramount

Face aux accords bilatéraux d’Universal sur le raccourcissement de l’exclusivité salle et les décisions unilatérales de Disney et de Warner au profit de leurs plateformes respectives, Paramount a affiché une approche bien plus discrète, évaluant au cas par cas le sort de son line up.

Après le succès de Sonic, le film (classé 3e dans le top 2020 français avec plus de 2,1 million d’entrées), le studio avait déjà déployé une campagne de communication à grande échelle pour Sans un bruit 2, daté au 18 mars en France. Après plusieurs reports, la suite du tour de force de John Krasinski est prévue pour le 21 avril 2021, soit plus d’un an après sa date de sortie initiale. Le studio a opté pour la même patience sur d’autres films-phares de son line-up – comme Top Gun : Maverick, d’abord décalé à Noël avant de se repositionner sur les fêtes nationales du 4 juillet aux États-Unis et du 14 en France –, tout en vendant certains de ses gros titres aux plateformes de streaming. Parmi ceux-ci, Un prince à New York 2 avec Eddie Murphy qui se contentera d’une diffusion sur Amazon Prime à partir de mars prochain, mais aussi un film comme Les Sept de Chicago d’Aaron Sorkin qui, tenu par l’urgence de toucher le public avant la présidentielle américaine, a été cédé à Netflix à l’automne 2020. 

Si le studio n’a encore distribué aucun film depuis la première fermeture des salles françaises, il n’en a pas moins testé le marché nord américain avec la sortie de Bob l’éponge – Éponge en eaux troubles mi-août. L’animation y a réalisé 4,8 millions de dollars de box-office… et est désormais disponible sur Netflix en France.

Sony Pictures

Comme Paramount, Sony est resté en marge des controverses, évitant de s’engager dans des politiques radicales de raccourcissement de la fenêtre salle.

Sur la période pré-pandémique, les résultats du studio sont contrastés : si Bad Boys for Life est, avec 204 millions de dollars de recettes, le plus gros succès du box-office 2020 américain – et plus d’1,7 million d’entrées en France, classé au 4e rang du top 2020 –, Bloodshot n’a recueilli que10 millions de dollars au BO américain (dont 9 sur son premier week-end), et n’a pas tardé à se retrouver en PVOD à la fermeture des cinémas outre-Atlantique, et directement en SVOD en France, où il était initialement daté en salles le 25 mars. 

Autre déception pour la filiale française : sa production locale Une sirène à Paris de Mathias Malzieu, sortie le 11 mars, ne s’est jamais remise de l’interruption de sa carrière et cumule à peine 50 000 entrées au terme de son retour estival sur les grands écrans. Enfin le 28 octobre, Sony venait de sortir en France The Craft – Les Nouvelles Sorcières, dès lors bloqué à 28 000 entrées.

Le studio a cédé la comédie romantique Happiest Season, prévue pour Noël aux États-Unis (et janvier 2021 en France), à la plateforme Hulu qui, sans délivrer de chiffres, déclare avoir battu des records d’audience avec le titre. Mais dans l’ensemble, Sony Pictures, qui ne dispose pas de sa propre plateforme, a plutôt joué la carte des reports de sorties salle – comme le récent décalage de Morbius de mars à août 2021 aux États-Unis – plutôt que celle du passage en VOD anticipée. Le studio avait toutefois aussi avancé l’une de ses sorties américaines, Monster Hunter au 18 décembre, suite au positionnement de Wonder Woman 1984 le 25 décembre par la Warner. À l’heure où nous écrivons ces lignes, la nouvelle réalisation de Paul W.S. Anderson avec Milla Jovovich figure toujours dans le top 5 du box-office US avec près de 8 millions de dollars, et il est daté au 28 avril prochain en France. À noter enfin que Opération Portugal, la comédie française que la filiale hexagonale du studio devait distribuer le 23 décembre 2020, est classée numéro 4 parmi les films les plus attendus de 2021 d’après AlloCiné.

Au final, combien de temps avant que l’ensemble des majors hollywoodiennes se dotent de et se focalisent sur des canaux de diffusion direct-to-consumers… ou que les salles de cinémas puissent à nouveau prouver l’incontournable effet levier de leur fenêtre d’exclusivité ? Dans un marché en suspens où l’exploitation attend de nombreux feux verts de reprise, la course contre la montre est lancée.

À lire aussi : Les studios et les salles : une année de changements de positions [Universal et Warner, 1/2]

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