Réouverture des lieux culturels : la Nouvelle-Aquitaine propose un protocole scientifique

Le Pixel d'Orthez, dans les Pyrénées Atlantique

Le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, a présenté à la presse un outil d’évaluation des risques qui pourrait être expérimenté sur des événements ponctuels, en vue de la réouverture des salles de spectacle.

Conscient que la priorité sanitaire ne peut être « enjambée », il ne s’agit pas pour le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, très engagée dans le soutien au secteur culturel et notamment le cinéma, d’exiger une réouverture immédiate de tous les lieux, mais d’être dans une démarche « constructive ». « ll n’est pas possible que le débat reste cantonné à la seule question de la date d’ouverture des lieux de diffusion », souligne Alain Rousset dans un courrier adressé à Jean Castex, dans lequel il propose une méthode élaborée après une concertation avec toutes les filières culturelles de la région, pour essayer d’innover et « préparer la sortie du tunnel ». Car dans l’attente, les acteurs du spectacle vivant continuent à travailler. 

Ainsi l’Institut technologique européen des métiers de la musique (ITEMM) a commencé à développer un outil, d’abord destiné aux artistes en répétition, pour sécuriser les plateaux scéniques. Dans son partenariat avec la Région présenté jeudi 4 février, « nous avons voulu élargir nos travaux à la problématique du public dans les lieux », explique la directrice de l’Institut Carole Le Rendu. Le programme OPÉRA (Outil Probabiliste pour l’Évaluation du Risque par Aérosols), qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, permet d’évaluer à travers une trentaine de paramètres (port du masque, VMC, volume et jauge des lieux, durée des spectacles…) la probabilité de transmission de la Covid-19 selon les activités spécifiques de chaque lieu (cinéma, spectacle, musée). Depuis juillet 2020, des données ont été collectées sur une cinquantaine de salles. L’idée est ensuite de les associer à d’autres outils (traçage des points de contact tels que poignées ou interrupteurs, visualisation des aérosols, modélisation des flux de personnes…) pour élaborer un protocole sanitaire plus complet que ceux déjà appliqués. Et surtout, permettre aux salles d’adapter leurs configurations (jauges, durée d’une représentation…).

L’expérimentation, accompagnée par le conseil scientifique mis en place en région, est plutôt « focalisée sur la musique et le spectacle vivant », a souligné Alain Rousset, mais pourrait être élargie aux cinémas, notamment sur des événements tels que le festival de Brive, prévu en avril.

Et les cinémas ?

Si les cinémas de la région, notamment les indépendants fédérés au sein de CINA, ont en effet été associés au projet et s’intéressent de près aux travaux en cours, il n’est pas pour autant question d’expérimenter une ouverture locale des établissements et de se désolidariser de l’ensemble du secteur. « Par rapport au spectacle vivant, notre spécificité est de dépendre d’un marché mondial et d’avoir une organisation au niveau national ; les distributeurs ne vont pas sortir des films juste pour une région ! », rappelle en effet Rafael Maestro, président des Cinémas Indépendants de Nouvelle Aquitaine et représentant des associations territoriales au sein de l’AFCAE. « En revanche, nous avons une activité importante de plein air dans la région, pour laquelle ce protocole particulier, qui donne des informations très fiables sur la propagation du virus en extérieur, pourrait être intéressant. » On sait la place que les projections en plein air ont prises l’été dernier, et « dans le cadre d’une activité événementielle ou d’un festival, ce nouveau protocole pourrait être une amorce de solution pour l’été prochain. Il permettrait de se différencier des conditions strictes appliquées à d’autres activités de plein air telles que les marchés. »
Pour l’heure, les élus régionaux attendent « le feu vert du gouvernement pour lancer l’expérimentation »  qui permettrait de valider les protocoles et de les étendre au moment de la réouverture. L’ITEMM entend mener une première évaluation sur 300 lieux culturels de la région, l’idée étant d’appliquer concrètement la méthode pour au moins un événement (concert, festival…) par département, soit douze en Nouvelle-Aquitaine.

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