Maxime Saada : « Canal+ aime le cinéma, mais nous n’irons pas jusqu’à faire des choix absurdes si le système dans son ensemble perd toute rationalité »

Maxime Saada lors du photocall lors de la 46ème cérémonie des César à l’Olympia à Paris le 12 mars 2021 © Pascal le Segretain / Pool / Bestimage

Dans un entretien accordé au Figaro le 25 mai, le patron de Canal+ redoute que que la position de son groupe soit « dégradée », dans un nouveau schéma où « le cinéma français court tout droit à la catastrophe ».

« Si les plateformes sont en mesure de proposer des films 12 mois après leur sortie en salle, le seul schéma viable pour Canal+ serait de diffuser les films dès la fin de leur exploitation en salle, soit 3 à 4 mois après leur sortie », estime le président du directoire du groupe Canal+ dans cet entretien, face à l’arrivée des plateformes dans le financement du cinéma français et leur place qui se profile dans la nouvelle chronologie des médias, contre celle de la fenêtre de 36 mois occupée auparavant. 

Si notre cinéma national « a connu un essor et une diversité remarquables au cours des dernières décennies grâce au rôle central de Canal+, des salles et du CNC dans son financement », c’est pour Maxime Saada le manque de préoccupation du devenir des acteurs en place, « sur lesquels repose l’essentiel de ce système », qui mènera le cinéma français « tout droit à la catastrophe ».

Des inquiétudes que Maxime Saada avait déjà fait entendre, notamment en novembre dernier lors des Rencontres de l’ARP où était débattu le projet du décret SMAD.
En effet, il est illusoire  selon lui  de contraindre les plateformes américaines à investir dans des films français qui sortiront préalablement en salle, une démarche jugée « contraire à leur modèle qui repose pour l’essentiel sur les séries, beaucoup plus attractives pour les populations jeunes et plus facilement exportables ». Citant les chiffres du CNC – les moins de 25 ans ne voient aujourd’hui que 4 films par an, contre 8 il y a 10 ans –-, Maxime Saada pointe la tentation pour Canal+ de « suivre le même chemin en optant pour le modèle proposé aux plateformes américaines ».

Canal pourrait-il donc sortir de la TNT et se retirer des accords professionnels avec le cinéma ?  « Ce n’est pas un grand défi opérationnel » pour son président, qui rappelle avoir dans le passé réussi «  la migration d’1,5 million abonnés TPS vers CanalSat, et de plus de 2 millions abonnés analogiques vers le numérique ».
Jusqu’ici et tout au long de la crise sanitaire, « Canal+ a maintenu ses engagements en finançant plus de 160 films français dont 50 films de diversité » rappelle Maxime Saada. «  Mais nous n’irons pas jusqu’à faire des choix absurdes si le système dans son ensemble perd toute rationalité. Nous pouvons consolider l’édifice existant, tout en accueillant les plateformes à la juste mesure de leur contribution. L’alliance du cœur et de la raison est encore possible. »

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