À Annecy, Gaëtan Bruel plaide pour la “souveraineté narrative” européenne

© Boxoffice Pro/A.Algan

En ouverture du tout premier European Animation Summit, organisé dans le cadre du Festival d’Annecy ce 24 juin, le président du CNC a défendu une ambition européenne collective pour préserver la capacité du continent à produire, financer et faire circuler ses propres récits.

« L’animation européenne n’a pas simplement besoin d’un nouvel événement ; elle a besoin d’une plateforme stratégique. » C’est par ces mots que Gaëtan Bruel a salué le lancement de l’Annecy European Animation Summit, réunissant professionnels et institutions à l’hôtel Impérial d’Annecy. Une initiative née dans un moment « décisif » pour l’avenir de la création en général, et le secteur de l’animation en particulier, face à des « modèles économiques sous pression, un marché mondial qui se concentre entre les mains d’un nombre très limité d’acteurs, des usages qui évoluent rapidement et l’intelligence artificielle qui ouvre de nouvelles possibilités… tout en soulevant des questions profondes ».

Et face à ces mutations, « la dimension européenne » compte plus que jamais selon le président du CNC, qui a appelé tous les acteurs du continent à « penser et agir collectivement ».

La mobilisation est d’autant plus importante que, « pour de nombreux enfants, l’animation constitue la première porte d’entrée vers l’imaginaire. Elle leur offre leurs premières images du monde, leurs premières histoires partagées et leurs premiers héros ». La question est donc finalement simple pour Gaëtan Bruel : « L’Europe disposera-t-elle des infrastructures lui permettant de continuer à produire les histoires qui nous définissent, ou deviendrons-nous les consommateurs de l’imaginaire des autres ? » Au-delà de ses enjeux artistiques, économiques, technologiques, l’animation représente ainsi un « fondement de notre souveraineté narrative ».

Du côté des dispositions européennes, le président du CNC salue la directive SMA – qui a permis aux États membres d’intégrer les plateformes de streaming dans leurs systèmes nationaux de financement –, mais regrette que l’animation n’ait pas bénéficié d’un niveau d’investissement « à la hauteur de son importance créative et de son potentiel économique ». Il a en outre rappelé que l’an dernier à Annecy, la ministre de la Culture [Rachida Dati, en juin 2025, ndlr.] avait annoncé une évolution du cadre réglementaire français afin que les investissements des plateformes profitent davantage aux productions d’animation et documentaires.

Enfin, « malgré la qualité de notre création, les Européens regardent encore davantage d’œuvres produites hors d’Europe, notamment américaines », note Gaëtan Bruel, toujours soucieux de penser les enjeux de diffusion avec la même attention que ceux de la production. Un constat largement corroboré par les chiffres présentés par l’Observatoire européen de l’audiovisuel, puisqu’en 2025, sur le milliard d’entrées qu’ont représenté les films d’animation dans les salles, à peine 3 % étaient pour des titres européens. Et si la visibilité de ces derniers est devenue « tout aussi importante que leur financement », c’est qu’ils endossent, plus que jamais, « un rôle politique, économique et démocratique d’une importance unique au service du projet européen », dans un continent appelé à rester « souverain dans ses récits et son imaginaire collectif ».

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