Les exploitants d’Outre-mer du Secom défendent leur taux à 35 %

Le Cinepalmes à Sainte-Marie de La Réunion, exploité par Fredéric Drotkowski, vice-président du Secom.

Alors que la proposition de loi visant à plafonner le taux de location des films en Outre-mer doit être examinée dans quelques jours, le Syndicat des exploitants ultramarins défend ce qui est, pour eux, un « un enjeu de survie ».

En parallèle du courrier des distributeurs et ayants-droits qui s’opposent à la PPL, le Secom, présidé par Alexandra Elizé, s’adresse à son tour aux sénateurs, soulignant tout d’abord qu’à l’exception du groupe Ethève à La Réunion, il représente tous les exploitants privés des Drom où il pèse pour près de 80 % des entrées. Le seul syndicat ultramarin est membre de la FNCF, « dont le président, Richard Patry, soutient le plafonnement du taux de location à 35 % ». Un projet qui repose sur des « arguments factuels », énoncés dans le rapport de l’inspection des finances missionnée en 2018 par le CNC. Celui-ci stipulait, avant la crise sanitaire, « qu’un alignement des Drom sur les taux de location métropolitains se traduirait par la disparition de nombreux cinémas ». 

Le syndicat d’exploitants, qui a transmis au CNC ses simulations économiques, a calculé qu’avec 30 % d’entrées de moins qu’en 2019, tous les cinémas sont en énorme déficit (sur 2 exemples, entre -570 k€ et -2,1 M€). « Et si on imaginait pouvoir compenser l’augmentation du coût des films avec une augmentation du ticket, il faudrait fixer le prix entre 16 € et 18,50 €. » Le delta en gain pour les 5 plus grands distributeurs aurait été de 1 489 000 €, soit entre 0,1 et 0,8 % de leur chiffre d’affaires annuel, quand le coût supplémentaire représenterait pour la salle 11 % de son CA annuel. Et pour le Secom, « soit ce ne sera pas viable et les salles fermeront, soit le prix des tickets sera hors de portée ». 

De plus, si l’objectif des taux réduits « est de protéger les salles, et non de favoriser les distributeurs », ces derniers ne seraient pas perdants. Le syndicat juge ainsi leur position « dogmatique et non économique », et explique qu’avec des taxes qui sont inférieures en Outre-mer – une TVA à 2,10 % au lieu de 5,50 % et une TSA à 5 % contre 10,72 % –, « les distributeurs ont un reversement en valeur par ticket plus important, juste parce que l’assiette de répartition augmente chez nous ». Sans compter qu’avec un prix moyen des places plus élevé dans les Drom – 8,31 € contre 7,04 € en Métropole –, et le taux fixe actuel de 35 %, « les distributeurs perçoivent quasiment la même chose en valeur : 2,78 € en Métropole contre 2,70 € en Outre-mer ! »

Des calculs qui ne semblent pas infléchir la position des ayants-droits : « Malgré ces arguments, depuis un an, certains distributeurs américains essayent d’augmenter les taux allant jusqu’à demander 50 % en 1re semaine. Certaines salles n’ont déjà plus les films de certains distributeurs à cause de ces demandes d’augmentation. » Le Secom pointe ainsi un risque d’éviction, crainte partagée aussi « par le seul exploitant qui ne soutient pas le plafonnement », celle « que les distributeurs s’entendent pour refuser l’accès aux films aux cinémas d’Outre-mer », alors que le taux réduit « est pratiqué dans 80 % des cinémas ultra-marins depuis toujours ».

Par ailleurs, les exploitants ultramarins font valoir qu’« il n’y a aucun rapport entre la sous-distribution locale et le plafonnement du taux de location ». En Outre-mer, c’est généralement le distributeur local qui se charge de la promotion des films, « en échange de quoi il partage la recette distributeur avec le distributeur national. Quand les distributeurs nationaux disent qu’ils ne récupèrent que 17,5 % de la recette film contre 50 % dans l’Hexagone, ils comparent des données qui n’ont rien à voir puisque les 17,5 % récupérés en Outre-mer sont nets de toute dépense, alors qu’en Métropole ils doivent ensuite défalquer tous les frais de promotion et prendre le risque de l’échec du film ».
C’est pourquoi, quand les salles du Secom ont accepté unanimement, comme Yves Ethève, le passage en direct avec le distributeur national, elles ont demandé que ce dernier « assume pour l’Outre-mer les missions de promotion assurées jusqu’alors par le distributeur local. Les distributeurs ont maintenu dans certains territoires ces structures et pas dans d’autres ».

En tout état de cause, la sous-distribution et le fait que certains exploitants soient aussi sous-distributeurs « ne change absolument rien. Le passage en direct, parfois présenté comme une nécessité qui s’opposerait au plafonnement du taux de location, est sans rapport avec ce plafonnement. D’un côté il y a la façon dont le film est distribué, directement ou via un distributeur local, et de l’autre il y a le prix auquel la salle achète le film ».

Enfin, le Secom estime que « l’élargissement de l’offre de films n’est en rien dû au travail  des éditeurs puisque la programmation résulte uniquement de la volonté des salles » et que « l’augmentation du taux de location n’a, elle aussi, aucun rapport avec la diversité de programmation ». Les salles précisent aussi, toujours en réponse au courrier des ayants-droits, que la numérisation des salles dans les Drom a été financée « à 100 % par les exploitants ».

Pour toutes ces raisons et après un an de tentatives de négociation, le Syndicat d’exploitants estime donc que « face à l’intransigeance des distributeurs nationaux, la loi demeure l’unique façon de réguler ces relations commerciales ».

Le Cinepalmes à Sainte-Marie de La Réunion, exploité par Fredéric Drotkowski, vice-président du Secom.
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