Retour sur la 112e assemblée générale du SFTC

Les présidents Richard Patry et François Thirriot

Le Syndicat Français des Théâtres cinématographiques a tenu son rendez-vous annuel vendredi 3 septembre au Ciné Sologne de Romorantin. Cette première rencontre de l’exploitation depuis la réouverture des salles, à une quinzaine de jours du Congrès de la FNCF, a permis d’échanger avec le CNC autour des mesures sanitaires et des bouleversements du secteur.

« Ça fait un bien fou ! » Tels sont les propos liminaires de François Thirriot, président du SFTC, au Ciné Sologne, inauguré par la famille Fourneau le 19 mai dernier, au sujet de « la première vraie assemblée tenue en chair et en os ». En effet, la dernière réunion du syndicat avait lieu à Reims en mars 2020, deux jours avant la première fermeture, « quand nous étions alors très loin de nous douter de la violence à laquelle nous allions être confrontés ». À Romorantin, c’est l’heure du bilan et des perspectives, en compagnie de Richard Patry, président de la FNCF, ainsi que des représentants du CNC, Corentin Bichet, directeur du service exploitation et Lionel Bertinet, directeur adjoint Cinéma.

L’assemblée générale du Syndicat Français des Théâtres Cinématographiques au CinéSologne de Romorantin

Un bilan apocalyptique, et après ?

Retraçant en détail l’année et demi passée, le président de la Fédération souligne que la profession a traversé une crise beaucoup plus large que celle du coronavirus.  Face « au renversement des habitudes de consommation des images et à la façon dont le public a accès au cinéma, impossible de ne pas se poser la question : sommes-nous au cœur d’un bouleversement général de notre modèle économique ? ». Pour Richard Patry « le modèle de la salle de cinéma est actuel et résilient. La salle de cinéma est une idée moderne et c’est une idée qui va continuer pour bien des années encore. Car le cinéma repose sur deux piliers, le film et la salle ».

Dans ce contexte, le président de la FNCF rappelle que le gouvernement a bien reconnu la perte financière des cinémas (50 millions d’euros) suite à l’instauration du passe sanitaire. « Une bonne chose, certes, pour lutter contre le virus, mais que les salles ne peuvent assumer seules. N’oublions pas qu’alors que nous appliquions le passe sanitaire, les députés étaient en train de discuter de sa mise en place ! » Le gouvernement s’est ainsi engagé à proposer une solution financière pour les salles et pour les distributeurs, la venue de la ministre de la Culture étant confirmée au Congrès des exploitants.

Olivier Snanoudj témoigne de la difficulté de tous les films. « Nous avons sorti trois films et nous estimons avoir perdu un million d’entrées, soit deux millions et demi d’euros de recettes salles, mais aussi plusieurs millions d’euros de recettes vidéo et télévision qui sont aussi extrêmement importants dans notre économie », souligne le Senior VP distribution France de Warner, rappelant que les distributeurs devaient aussi être aidés afin de faire perdurer une politique de sortie salles, « tout type de sorties ayant été pénalisées et les dépenses engagées extrêmement importantes. »

Aide sectorielle et activation des autres dispositifs

Corentin Bichet et Lionel Bertinet ont pu faire un point sur les aides et détailler les demandes en cours, soit quatre dispositifs au sein du fonds de 60 millions d’euros voté le 29 juillet dernier. Le premier, et le plus important, concerne le deuxième plan de compensation de 51 millions, qui fonctionnera sur le même principe que le fonds de sauvegarde (ouvert à tous types d’exploitation et sollicitable en ligne). Quant au dispositif de déplafonnement des charges fixes, pour les grandes entreprises du secteur (qui seront directement contactées par le CNC), il est doté de 7 millions d’euros. Le troisième dispositif, de 300 000 euros, vise à soutenir les ententes et groupes de programmation. Enfin, le quatrième volet, d’un million d’euros, s’applique aux entreprises les plus en difficulté, sous forme d’aide sélective, et ce afin d’éviter toute mise en sauvegarde. Le CNC devrait constituer une commission d’ici octobre, présidée par Patrick Raude et constituée d’exploitants et d’experts financiers dont l’IFCIC, afin d’examiner une trentaine de dossiers.

Lionel Bertinet annonce également qu’une notice et un formulaire de préinscription seront bientôt disponibles pour le dispositif « jeunes cinéphiles » annoncé à Cannes. Pour rappel, il fonctionnera sur le principe du classement art et essai, l’idée étant de récompenser d’ici un an « les actions qui ont été menées auprès des jeunes 15 à 25 ans, au cours de la période allant du 1er octobre prochain jusqu’au 1er octobre 2022. Ainsi, il s’agit pour l’exploitant de s’engager dans le programme puis de remettre dans un an un dossier complet au CNC, que la commission examinera ».

La question du piratage

Le piratage est toujours au cœur des discussions. D’une part, les sorties day-and-date américaines voient les copies piratées arriver instantanément sur les sites illégaux. D’autre part, la vigilance reste de mise pour les sorties en amont de celles des États-Unis tels que Dune. « Nous n’avions jamais été aussi près de pouvoir inscrire l’amende forfaitaire dans la loi pour ceux qui téléchargeaient. Malheureusement au dernier moment, la commission mixte paritaire n’a pas retenu cet article, nos élus ont manqué de courage politique, ce qui est un gros échec », déplore Richard Patry. À défaut de loi, c’est nous, professionnels, qui devons continuer à mener la lutte contre le piratage. » 

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