La publication du bilan annuel 2025 de la Médiateure du cinéma résonne avec une actualité particulière.
Fin avril, réagissant à des soupçons d’entrave à la concurrence par un circuit majeur, le président du CNC a officiellement saisi l’autorité de médiation du secteur. S’il est trop tôt pour connaître les conclusions de Laurence Franceschini, son rapport d’activité, publié comme de coutume autour du Festival de Cannes, se fait déjà écho des tensions de programmation décriées par la profession, notamment par le Syndicat des cinémas de proximité.
Chiffres clés de 2025
69 demandes de médiation (contre 80 en 2024)
dont
18 ayant donné lieu à un accord avant la tenue de réunions de conciliation
62 émanant d’exploitants et 7 de distributeurs
44 % de la petite exploitation et 45 % de la moyenne
« Des tensions et une inquiétude singulières »
Qu’il s’agisse de l’ordre de grandeur des saisines, de leurs auteurs ou de la nature des zones géographiques concernées, la Médiateure du cinéma évalue son bilan 2025 comme la confirmation des « grandes tendances observées les années précédentes », exacerbée par la baisse de fréquentation. « Traduction d’un phénomène conjoncturel, elles peuvent être aussi le signe de la recherche d’un nouvel équilibre dans les relations entre exploitants et entre ces derniers et les distributeurs », observe Laurence Franceschini.
Cette dernière souligne en outre un renouvellement important des auteurs des saisines : sur 50 demandeurs, 31 n’avaient pas sollicité l’institution ces deux dernières années, « et parmi eux, 16 n’avaient jamais eu recours à la médiation ». Autre évolution notable : l’envolée de la part de la petite exploitation parmi les demandeurs. Les cinémas réalisant moins de 80 000 entrées annuelles, qui ne constituaient que le tiers des saisines, représentent désormais 44 % des demandes, à jeu quasi égal avec la moyenne exploitation (45 %). À l’inverse, les “affaires” purement parisiennes ont fondu (seulement 2 saisines en 2025 contre 13 en 2024), les litiges se déportant vers des villes petites et moyennes.
Pour autant, la Médiateure du cinéma compte anticiper les problèmes relatifs à l’exploitation indépendante parisienne et prévoit, en liaison avec la Mission cinéma de la Ville de Paris et le CNC, de réunir les exploitants locaux pour évoquer leurs problématiques spécifiques. « Ces difficultés sont doubles et concernent à la fois des distributeurs qui n’arrivent pas à avoir une exposition suffisante pour leurs films et des exploitants, art et essai ou non, qui ont du mal à avoir accès aux films les plus porteurs, art et essai ou non », souligne le rapport.
Vigilance et actions
Dans son bilan 2025, la Médiateure du cinéma anticipe également les nouvelles situations de concurrence qui ont émergé dans certaines zones géographiques en ce début d’année 2026. « Cela concerne notamment une zone à concurrence où, un cinéma récemment ouvert a saisi la Médiation à plusieurs reprises, dans la mesure où l’établissement se voyait refuser, malgré sa récente ouverture, un certain nombre de films en sortie nationale compte tenu notamment de la concurrence d’un circuit présent dans la ville », détaille l’institution. Insistant sur le fait que ce type de difficulté « ne peut être durablement résolu par des médiations répétées », la Médiateure souligne l’importance de la constitution d’un cadre global, « dans l’intérêt de tous ».
Ce cadre général, c’est justement la mission du comité de concertation distributeurs-exploitants mis en place par le CNC depuis mai 2025 – rassemblant 7 exploitants et 7 distributeurs représentatifs. Étroitement associée à ce comité et à ses deux recommandations déjà publiées – celle sur les avant-premières en juillet 2025, puis celle sur les bonnes pratiques de diffusion des films en janvier 2026 –, la Médiateure s’appuiera désormais sur ces textes en cas de litige sur ces sujets.
À noter enfin que la Médiateure estime que ce comité de concertation est « le lieu approprié » pour mener l’expérimentation proposée l’année dernière par la commission “diffusion des films en salle de cinéma” de la FNCF*. Cette initiative aurait consisté à mettre concrètement à l’épreuve les recommandations de la Médiatrice sur un panel de cinémas représentatifs de la diversité de la petite exploitation, en collaboration avec « 4 distributeurs importants », afin de démontrer la validité de différents modèles de programmation, « sans nuire à l’intérêt des films ni à la diversité ». L’expérimentation pourrait donc être relancée en 2026, dans le cadre du comité de concertation.
De fait, Laurence Franceschini reste convaincue de l’utilité de ce comité, comme de la médiation, pour refonder l’équilibre du secteur. « C’est essentiel car une des forces du cinéma c’est de savoir être solidaire face aux défis auxquels il est confronté. »
* Composée de 14 exploitants au sein de la FNCF, cette commission vise à répondre aux attentes de la petite exploitation.
Retrouvez l’intégralité du bilan par ici.


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