Une alternative à la réouverture nationale des cinémas est-elle possible ?

© Lionel Urman / Panoramic / Bestimage

Le débat a été initié par Stéphane Goudet, directeur artistique du Méliès de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui propose une reprise d’abord des salles art et essai puis, dans un second temps, des multiplexes.

Si aucune date n’a été fixée officiellement pour la réouverture des cinémas, malgré une perspective entrouverte par Emmanuel Macron la semaine passée, le plan principal de cette reprise est connu. Trois étapes qui permettraient toutes les trois à quatre semaines d’augmenter la capacité de 35 % à 65 % puis 100 % des jauges. Un schéma sur lequel planchent les différentes organisations de l’exploitation cinématographique et le ministère de la Culture depuis début mars. Mais ce scénario n’empêche pas certains exploitants de réfléchir à d’éventuelles alternatives. « Nous restons trop passifs. Fort des données scientifiques internationales sur les lieux de contamination, nous aurions dû plaider pour être reconnus comme des commerces de proximité, afin que la règle de la surface au sol s’applique aussi à nous, ce qui aurait permis à la grande majorité des salles françaises de rouvrir dès le 15 décembre au lieu de se laisser imposer un seuil de 5 000 contaminations très loin d’être atteint aujourd’hui », estime Stéphane Goudet, qui engage le débat d’un éventuel « plan B ». 

Que contient ce plan ? Le directeur artistique du Méliès de Montreuil propose une reprise des salles art et essai seules à la mi-mai, « sans quoi cette date ne sera évidemment pas respectée. Cette limitation à un tiers de jauge n’incitera pas à sortir les grosses productions américaines et françaises, qui sont le cœur de la programmation des multiplexes, lesquels ouvriraient dans un second temps, lorsque la jauge passera à deux tiers ». La réouverture concernerait donc d’abord les mono écrans et les petits complexes, dans l’idée de diffuser les films de la diversité, avec une communication renforcée. « Une ouverture partielle du marché avec cette jauge imposée opérera une « sélection naturelle » des nouveaux films sur les écrans. Et priorisera les œuvres des cinématographies peu diffusées, de répertoire, de recherche (français et américains inclus), bref celles qui faisaient déjà plus de 80 % de leurs entrées dans les salles indépendantes », détaille Stéphane Goudet sur son Facebook. Ce schéma, indique-t-il, permettra en outre de réduire un peu l’embouteillage des 450 films annoncés.

« Le risque à la reprise, c’est l’uniformisation des programmes et la défaite de la diversité »

Pour l’exploitant du Méliès, cette réouverture graduelle peut en effet valoir comme expérimentation, « pour remettre l’enjeu de la politique culturelle au cœur du sujet. Le système dans lequel nous étions était celui de la concentration croissante sur quelques films et quelques salles de circuit. Le risque à la reprise, c’est l’uniformisation des programmes et la défaite de la diversité. Cette solution permettrait d’élargir le champ en exposant des titres différents, qui sortiraient d’abord dans les salles de la petite et la moyenne exploitation ». Autre argument : l’intérêt sanitaire. Mi-mai, « les multiplexes seraient exclus pour cause de surface au sol trop importante, de mobilisation et de brassage plus large de la population ». Dès lors, « le vieillissement de la population des cinémas art et essai, si vilipendé, deviendrait un atout, puisque le taux de vaccination des seniors sera bien supérieur mi-mai au reste de la population, réduisant encore des risques de transmission, déjà très faibles dans les lieux de culture ».

Cette proposition, également partagée par l’exploitant dans la revue Positif, a déjà suscité plusieurs réactions sur les réseaux sociaux, certains lui opposant la « solidarité » pour une reprise « tous ensemble », ce qu’a toujours défendu la FNCF, dès le premier confinement. S’il comprend cet argument, Stéphane Goudet estime qu’au dernier congrès de Deauville, peu de voix s’étaient élevées « lorsque le ministère de la Culture et le CNC ont annoncé que les 350 salles publiques en régie directe seraient privées du fonds de compensation des pertes d’exploitation. La solidarité est-elle à sens unique ? » À défaut de convenir à tout le monde, la proposition a au moins le mérite de contribuer au débat, essentiel : comment réussir la réouverture des cinémas ?