Compensation des pertes d’exploitation : la gronde des salles publiques

©Le Méliès

Non concernées par l’enveloppe de 50 millions d’euros destinée à compenser les pertes d’exploitation, les salles de cinéma en régie publique directe lancent une pétition pour contester ce choix.

Coup de froid pour les salles municipales. Alors que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot annonçait une enveloppe de 50 millions d’euros pour compenser les pertes d’exploitation des cinémas indépendants et des circuits, le CNC a dans la foulée précisé que les salles en régie publique directe étaient exclues de ce mécanisme. Bien que son président Dominique Boutonnat se soit montré rassurant, « s’il y a des risques de fermeture liés à des problèmes économiques d’une collectivité, nous les traiterons au cas par cas », cette annonce a sonné les exploitants et les élus gérant les quelques 200 cinémas concernés, qui représentent 10 % du parc national. Dans les heures qui ont suivi, sous l’impulsion de Stéphane Goudet du Méliès de Montreuil, soutenu notamment par le GNCR, une pétition a été lancée pour appeler les pouvoirs publics à revoir leur position : celle-ci a déjà récolté l’adhésion de nombreux cinéastes, élus et exploitants. Les salles publiques « n’ont-elles pas, elles aussi, des pertes d’exploitation conséquentes depuis le début de la crise sanitaire ? Si, bien sûr, d’autant que la grande majorité des salles en régie directe est située dans des territoires économiquement et socialement défavorisés, ou dans des zones faiblement peuplées que le privé n’a pas voulu investir…ou qu’il a préféré quitter, faute de rentabilité », peut-on lire dans le texte.

« En 2020, tandis que la concentration dans l’exploitation s’accentue, à Paris comme en province, créant des monopoles à Metz et à Lille, le CNC cède aux sirènes des puissants. Une nouvelle aide est créée, dont sont d’emblée exclus les cinémas publics. Les mairies, les communautés d’agglomération, les départements n’auront qu’à compenser eux-mêmes les pertes de recettes de leurs cinémas. Que l’État ne soutienne pas, ne soutienne plus, les salles déjà subventionnées, c’est une première historique. Toutes les autres aides à  l’exploitation étaient jusqu’alors accessibles à tous, quel que soit leur statut économique et juridique. Les cinémas publics, qui accomplissent bien souvent un travail exemplaire, seront donc affaiblis. Et nul doute que viendra le moment où la logique libérale conduira à remettre en cause les aides sélectives à l’exploitation pour ces cinémas, accroissant le pouvoir des circuits, et réduisant la promotion d’une réelle diversité de création. »

Pour les pétitionnaires, l’exclusion des salles publiques (régie directe, EPIC ou autres) de ce mécanisme de compensation est « un choix politique désastreux », alors que les finances des collectivités territoriales sont plus que jamais sollicitées par la crise. « Au nom de  l’égalité de l’accès à la culture sur tout le territoire, il faut donner à ces lieux essentiels de diffusion culturelle et d’éducation populaire la reconnaissance et l’aide qui leur sont dues. La diversité du cinéma ne passera que par la diversité des cinémas. Nous demandons à Roselyne Bachelot et aux pouvoirs publics de traiter équitablement l’ensemble des cinémas  présents sur le sol français, en compensant à la même hauteur que les circuits les pertes d’exploitation des salles publiques. »

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