Table ronde au Sénat : « Qu’attendons-nous pour rouvrir ? »

Le théâtre de l'Odéon occupé par des intermittents du spectacle à Paris, France, le 5 mars 2021. © Christophe Covis/Bestimage

Dans le cadre de sa nouvelle Mission commune d’information sur les mesures prises ou à envisager en matière de (dé)confinement, le Sénat a proposé une première audition des représentants du spectacle. Où l’avis du professeur de santé publique Antoine Flahault a été clair : « On peut rouvrir les lieux de spectacle très rapidement. »

Si le Sénat doit publier en juillet les conclusions de sa MCI,  l’arrêt dramatique du secteur culturel est, selon son président Bernard Jomier, « au centre de ses préoccupations ». Ainsi le travail sur la culture se poursuivra tout au long du mois de mars, dans le but de faire des propositions au plus vite pour toutes les activités qui sont à l’arrêt. Si cette première table ronde a réuni les principaux représentants du spectacle vivant public et privé – la FNCF étant absente pour des raisons d’agenda –, elle n’en a pas moins permis de dégager des problématiques et solutions qui concernent, aussi, les salles de cinéma. 
À commencer par le besoin de visibilité en amont et d’un plan de déconfinement précis de la part de Roselyne Bachelot, même si les théâtres se déclarent prêts à accueillir dès aujourd’hui les public scolaires, car « il faut commencer à entrouvrir nos maisons ».

Et c’est possible sur le plan sanitaire, affirme le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève et au Swiss School of Public Health de Zürich. Il cite ainsi l’exemple de l’Espagne, « où l’épidémie régresse actuellement plus vite qu’en France », alors que la culture y est restée « ouverte » depuis septembre. Certes avec des restrictions proches de nos protocoles sanitaires, mais aussi de gros investissements dans la ventilation et l’aération. Sur ce point, on a vu que les contaminations n’ont quasiment pas eu lieu dans les transports aériens « car l’air dans les avions est régénéré ou filtré toutes les trois minutes ». Pour le professeur, « on peut imaginer que les salles de cinéma investissent en termes de ventilation, ce qui sera très utile dans le futur face à d’autres pathologies qui peuvent se transmettre par aérosolisation ».
Antoine Flahault préconise aussi un traçage obligatoire pour repérer les clusters, « qui montrerait que les lieux de spectacle sont sûrs, même sans distanciation physique ». Et s’il reconnaît qu’une jauge de 80 % pour les spectacles en intérieur est trop élevée pour limiter les risques, « on doit pouvoir aller au-delà de 50 %, notamment pour permettre aux personnes d’un même foyer de s’asseoir côte-à-côte ».
Les précautions sont donc toujours nécessaires – y compris l’idée d’un pass sanitaire basé sur des tests rapides et non coûteux -, mais « dans ces conditions, on peut ouvrir les salles de spectacle rapidement en France ».

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Reprendre, mais dans quelles conditions…

Pour Olivier Darbois, président du PRODISS (Syndicat national du spectacle musical et de variété) il est économiquement impossible de redémarrer à 50 % de jauge, et seuls « le pass sanitaire et la vaccination sont une solution ». Trop de restrictions toutefois ne permettront pas une activité normale. Ainsi la ministre de la Culture a bien annoncé la possibilité d’organiser des festivals cet été, mais pour moins de 5 000 spectateurs, « assis, masqués, et non restaurés ». Ce qui, pour la directrice générale du PRODISS Malika Seguineau, « ne correspond pas à l’ADN de nos festivals ni aux envies du public. Quels événements vont vouloir s’inscrire dans ce modèle « résilient », alors qu’ils sont dans une économie privée, qui repose aussi sur le bar et la restauration ? »
Son vice-président Aurélien Binder ajoute qu’il « ne sert à rien de déconfiner nos lieux de spectacle tant que notre public n’est pas déconfiné. »  Et pour lui, « si l’ensemble de la population est vacciné à la fin de l’été comme l’a dit le président de la République, cela nous donne un rétroplanning très clair de la reprise de nos activités, en septembre-octobre ».

… et avec quelles aides ?

Soulignant que la reprise sera progressive et dégradée, Loïc Lachenal, directeur de l’opéra de Rouen, compte sur la pérennisation des mesures d’aides et de compensation. « C’est au moment où l’on va reprendre que l’on aura le plus besoin d’accompagnement »… surtout si l’activité reprend avec des jauges réduites et un maintien du couvre-feu.  Or le plan de relance et les aides Covid ont été votées pour 2020. Plusieurs acteurs soulignent le manque de cohérence entre les aides transversales nationales, très efficaces car versées au mois par mois, les aides sectorielles, basées sur les pertes 2020 et versées en 2021… et les aides territoriales, souvent désynchronisées des autres. « Il faut unifier tous ces fonds pour plus de cohérence », en attendant de savoir s’il y aura un nouveau plan de relance… en 2021.

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