La Filmothèque du Quartier Latin s’inquiète des possibles conditions de réouverture

©T. Colon/Boxoffice Pro

L’historique complexe de deux salles implanté rue Champollion (Paris 5e) dresse, dans une lettre adressée à Roselyne Bachelot, ses craintes autour de la possible reprise mi-mai et formule une proposition un peu différente.

« Comme tous nos collègues, nous sommes évidemment très impatients de pouvoir rouvrir nos établissements, accueillir de nouveau le public et remettre en marche la pendule de l’actualité et des sorties de films », écrivent Jean-Max et François Causse, les responsables de la Filmothèque. Ils mentionnent les rumeurs d’une reprise le 17 mai, toujours sous couvre-feu, ainsi que le plan en trois étapes révélé il y a plusieurs semaines et confirmé par la FNCF. Mais pour eux, ces conditions présentent plusieurs difficultés. 

D’abord, concernant les dates de sorties des films, fixées largement en amont afin d’organiser correctement la promotion. Or, la fermeture des salles a contraint les distributeurs à stocker leurs films, désormais plus de 400 à attendre sur les étagères. C’est dans cette optique que plusieurs organisations ont saisi la Médiatrice du cinéma afin d’obtenir de l’Autorité de la concurrence une dérogation pour établir un calendrier concerté. L’institution a rendu il y a quelques jours son avis, assorti de plusieurs conditions. Pour les exploitants de la Filmothèque, qui sont aussi distributeurs de classiques avec Ciné Sorbonne, « cette démarche qui suppose un intense travail de négociations risque d’être entravée, voire mise en péril, par les délais très courts (moins de trois semaines à partir des éventuelles annonces du Président de la République fin avril), mais surtout par la jauge réduite et le maintien du couvre-feu. Pour être rentables, les nouveautés doivent en effet bénéficier au moins dans les premières semaines d’exploitation d’une grande capacité et de séances en soirée ». Ils estiment ainsi que le maintien de ces restrictions aurait de nouvelles conséquences financières et entraînerait à nouveau des reports de sorties et un autre embouteillage.

« Nous préconiserions pour notre part une réouverture des cinémas fin mai ou le 1er juin, avec une jauge de 50 % qui pourrait passer à 75 % après un mois et à 100 % après deux, si la situation le permet. »

Ensuite, Jean-Max et François Causse s’étonnent « du retour en arrière que constituerait une jauge à 35 %, et qui ne saurait être guidé seulement par les impératifs de communication d’une reprise en trois temps, ou l’imitation de mesures adoptées par d’autres pays ». Ils rappellent qu’en octobre, les salles fonctionnaient à 50 %, sans cluster identifié et avec des protocoles salués et efficaces. « Dans le cas particulier des petites salles (moins de 100 places), comme les nôtres mais aussi comme bon nombre d’établissements art et essai, à la difficulté économique s’ajoute la précarisation sanitaire : là où les espaces d’accueil sont parfois exigus, une jauge trop réduite peut conduire en cas d’affluence à l’entassement près des caisses du public en passe d’être refusé et compromettre l’application des gestes barrière. » 

Partant de là, le duo préconiserait alors une réouverture des cinémas « fin mai ou le 1er juin, avec une jauge de 50 % qui pourrait passer à 75 % après un mois et à 100 % après deux, si la situation le permet ». En cas de maintien de la jauge à 35 %, ils souhaitent qu’une dérogation soit accordée aux salles de moins de 100 places pour opérer à 50 %, une mesure « indispensable non seulement pour leur survie économique, mais aussi parce qu’elles engendrent les plus faibles concentrations de public ». Sur la question du couvre-feu, les exploitants notent l’importance des séances en soirée et demandent l’adoption du billet horodaté, un temps évoqué, comme justificatif.  

« Lorsque l’ouverture prévue des salles en décembre avait finalement été annulée, vous aviez justifié cette décision en expliquant qu’il valait mieux attendre pour éviter le “stop and go” et préparer une reprise pérenne de l’activité », poursuit le tandem qui achève sa lettre ainsi : « Comme vous le savez, les attentes de la profession sont très fortes après cette longue fermeture de six mois, souvent perçue comme une injustice à l’aune des efforts consentis et des données scientifiques. Nous sommes donc certains que vous aurez à cœur de permettre à cette reprise de s’opérer dans les meilleures conditions, dans le respect des contraintes propres à notre activité. »