La commission Culture du Sénat mesure le péril du cinéma

Palais du Luxembourg, siège du Sénat français ©Sénat

Après son avis favorable aux crédits consacrés au cinéma dans le cadre du projet de loi de finances pour 2021, la commission Culture du Sénat émet de multiples inquiétudes sur l’avenir du secteur, en phase avec les préoccupations des professionnels. 

Bien que reconnaissant et saluant l’engagement de l’État aux côtés de la filière, « avec plus de 265 millions d’euros de crédits affectés à la compensation et à la relance », Jérémy Bacchi, le rapporteur de la commission (et sénateur des Bouches-du-Rhône), s’inquiète de leur insuffisance au regard du « deuxième confinement qui terrasse une reprise elle-même poussive ». Il rappelle en outre que ce second confinement « qui doit prendre fin le 15 décembre, n’est pas intégré dans les projections financières du CNC. En conséquence, il est d’ores et déjà certain que les prévisions de ressources pour 2020, voire 2021, sont caduques. De même, il est probable que les mesures de soutien proposées pour 2021 seront insuffisantes pour préserver le cinéma français. » 

Pour la commission Culture du Sénat, les crédits ouverts pour le cinéma pourraient suffire à « passer le cap » de 2020 « s’ils sont utilisés, non pour la relance, mais dans un objectif de compensation. La question se posera cependant rapidement en 2021. » 

Dans ce contexte, la commission relève trois défis qui attendent les salles dans les semaines à venir : 

À très court terme, obtenir de l’État la prorogation du fonds de compensation géré par le CNC. « Les 50 millions d’euros de ce dernier ne suffiront pas à compenser des entrées nulles, et il est difficile de prévoir combien de temps les crédits affectés permettront de durer. » 

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À moyen terme, réorganiser « au mieux » le calendrier des sorties, « la réouverture des salles le 15 décembre [risquant] de se traduire par une multiplication de sorties simultanées, dont les “blockbusters”, qui n’offriront pas aux différentes productions les meilleures chances de trouver leur public. Cela serait particulièrement vrai pour le cinéma français. » 

À plus long terme, être attentif aux modifications de comportements des spectateurs, « qui, pour certains, auront pris l’habitude de visionner les œuvres dans des conditions dégradées par rapport à une salle mais rendues satisfaisantes par la technologie », tout comme des producteurs qui pourraient « être tentés de “basculer” en numérique, sur le modèle de Disney qui a proposé aux abonnés de sa plateforme Disney + de voir son film Mulan moyennant un prix équivalent à celui d’une entrée en salle. » 

La commission Culture du Sénat alerte aussi sur le danger du retard de la transposition de la directive SMA et fait valoir sa sensibilité aux « intérêts parfois divergents des financeurs du cinéma et de l’audiovisuel français, comme Canal+, qui ne souhaite pas que sa position relative se dégrade et estime que ses obligations de financement sont dorénavant trop importantes ». 

Enfin, en matière de piratage, le projet de loi audiovisuel comportait un ensemble de mesures, allant de la fusion du CSA et de la Hadopi à des dispositions techniques relatives aux sites « miroir ». Lors de son audition devant la commission le 10 novembre dernier, la ministre de la Culture a souhaité l’inscription la plus rapide possible d’une nouvelle version de ce texte, centrée sur cette problématique. Le rapporteur de la commission abonde dans ce sens, en rappelant que le niveau de piratage estimé en France représente l’équivalent de deux ans de soutien du CNC.

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