Victor Hadida : « Il faut prendre notre marché en main »

Victor Hadida lors du Congrès des exploitants 2019 ©Jean-Luc Mège

Dans un entretien à paraître dans le magazine Boxoffice Pro du 29 juillet, le directeur général de Metropolitan évoque le line-up de sa société et plus largement les besoins d’une profession qu’il représente, en tant que président de la Fédération nationale des éditeurs de films. Extraits.

Alors que le monde du cinéma est pendu à la situation des États-Unis et que la reprise en France est timide, Metropolitan annonce plusieurs films pour ces prochaines semaines…

Nous sommes très contents de proposer des films variés qui répondent à la demande actuelle : l’envie du public est là, il n’y a pas de problème avec les protocoles sanitaires et il faut maintenant une offre de films conséquente. Que ce soit pour The Climb, distribué mondialement par Sony Pictures [qui sort uniquement en France le 29 juillet, après avoir été primé à Cannes et à Deauville en 2019 NDLR], ou Greenland, blockbuster distribué par STX [exclusivité mondiale le 5 août], nous avons eu beaucoup de discussions avec les ayants droit et les distributeurs américains pour les convaincre que la France est un territoire important, où la situation sanitaire est aujourd’hui favorable et où la fréquentation représente deux fois le niveau européen. Pour nous, il est primordial d’enclencher cette programmation vertueuse et événementielle.
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Quinze jours après Greenland, le 19 août, nous sortirons The Rental de Dave Franco, un thriller horrifique qui s’adresse à un public jeune (…), et à la rentrée un film d’action avec Liam Neeson, The Good Criminal. Il faut prendre notre marché en main et convaincre les ayants droit internationaux de nous laisser sortir dans le contexte actuel. Nous avons l’ambition de montrer que c’est possible. 

The Climb ©Metropolitan

Les salles déplorent la rareté de l’offre actuelle mais aussi les changements successifs du calendrier des sorties. 

Un exploitant n’est pas un commerçant qui va s’approvisionner localement chez un producteur de légumes : il a besoin d’une offre large de films français et internationaux et d’avoir de la visibilité. On a demandé aux salles de rouvrir le 22 juin sans qu’il y ait de plan pour permettre à l’offre d’exister, pour attirer l’ensemble des publics. Nous avons défendu cet argument auprès des pouvoirs publics et du CNC, qui n’a pas suffisamment anticipé cette question de l’offre et surtout, qui n’a pas les moyens financiers à la hauteur des ambitions actuelles. Le CNC doit être réarmé financièrement pour mener une vraie politique incitative auprès des éditeurs-distributeurs et des producteurs. 
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« C’est pour contrer le piratage que les studios américains souhaitent des sorties simultanées partout dans le monde. »

Vous venez d’être réélu président de la FNEF. Certaines mesures en faveur des distributeurs sortant des films cet été ont été votées, mais pas le crédit d’impôt que vous réclamiez, avec d’autres organisations. Comment réagissez-vous ? 

Nous avons milité pour un crédit d’impôt sur les frais et dépenses des sociétés de distribution, qui a été refusé par le gouvernement. Cet amendement, simple et temporaire, était porté par 70 parlementaires notamment de la Commission des affaires culturelles, conscients de nos besoins, et aurait encouragé toutes les entreprises, quelque soit leur taille, à prendre plus de risques sur le territoire.
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Les pouvoirs publics doivent soutenir la filière dans son ensemble : la filière cinéma est une même chaîne dont chaque maillon est important. La production doit repartir, l’édition doit pouvoir investir, l’exploitation a besoin d’offre. Or nous avons été étonnés que les mesures transversales, telles que le chômage partiel ou l’exonération de charges, ne soient pas les mêmes pour tous.

Alors que la pandémie est inégale selon les territoires, la question des sorties mondialisées se pose plus que jamais. 

Le piratage est l’un des grands problèmes actuels et c’est pour le contrer que les studios américains souhaitent des sorties simultanées partout dans le monde. Le projet de loi sur l’audiovisuel est repoussé à une date indéfinie et avec lui le volet antipiraterie. Or, si nous avions un outil qui protège le marché français, l’exposition des films pourrait être tout à fait différente. Quand le piratage en ligne n’existait pas, nous sortions les films avec parfois trois ou quatre mois d’écart selon les pays, en fonction du contexte local. Cela serait possible à nouveau aujourd’hui si le gouvernement avait fait passer une loi antipiraterie avec autant d’urgence que, par exemple, la directive SMA.

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