« Une histoire de rencontre » : François Clerc et Jocelyn Bouyssy créent Apollo Films

Le Duo Apollo, Jocelyn Bouyssy et François Clerc. ©Jean Walker

INTERVIEW – Le 17 août, François Clerc, ex-directeur de la distribution de StudioCanal et de Gaumont, annonçait la création d’Apollo Films, société de production et de distribution, en collaboration avec CGR, actionnaire de référence. Entourée de l’équipe complète du Petit Spirou pour leur première grande projection publique au Festival du Film Francophone d’Angoulême, la petite fusée tricolore, Apollo, est lancée. Le Rendez-vous est idéal pour François Clerc, Jocelyn Bouyssy, leurs équipes et Côté Cinéma pour marquer le point de départ de l’aventure.

Être au Festival d’Angoulême aujourd’hui est-il important pour vous ?

François Clerc : Depuis sa création, le festival est un rendez-vous stratégique. Il offre une vue quasi-complète des sorties de films français entre septembre et janvier, aussi bien les films attendus que les décou- vertes que Marie-France [Brière] et Dominique [Besnehard] nous concoctent. Cette année est particulière car pour la première fois, nous arrivons sous la bannière Apollo en partenariat avec CGR : c’est l’occasion d’anticiper de futurs projets et d’être sollicité. C’est important d’être présents ici pour la projection du Petit Spirou (dont nous attendons avec impatience la tournée d’avant-premières les 17 et 24 septembre). Et le fait que le Festival se déroule dans un cinéma CGR ajoute une symbolique, pas calculée au départ, qui nous plaît bien !

Comment s’est déroulée votre rencontre et la genèse du projet Apollo ?

Jocelyn Bouyssy : Dans les années 85, j’étais opérateur à Agen ; à l’époque, George Raymond se voit proposer un projet qui fait alors le tour de la profession et m’annonce que CGR va distribuer 3 hommes et un couffin . Nous avions déjà un département distribution, Les Films de la Rochelle, mais sur un autre créneau. Finalement, ça ne s’est pas fait. La distribution n’était pas dans les gènes de la famille Raymond et aujourd’hui nous serions, peut-être, distributeur ou producteur mais, portés par un tel succès, nos investissements auraient alors changé d’orientation. Nous n’aurions pas une seule salle de cinéma et ne serions pas le groupe que nous sommes ! On a toujours entendu dans la maison « heureusement qu’on n’y est pas allés ! ».
Alors maintenant pourquoi Apollo ?! [rires] C’est une histoire de rencontre ! François m’a parlé de son projet, on en a beaucoup discuté et petit à petit, j’ai trouvé que ça faisait sens. On a évoqué la façon de travailler ensemble, j’ai rencontré l’équipe associée dans la société, Julien Moreau, ex-responsable du pôle digital de Gaumont, et Bertrand Fleury, conseiller business affair. Je me suis pris à mon propre jeu. Du partenariat, on est partis sur une association, je ne l’aurais pas fait avec quelqu’un d’autre. J’ai été séduit par le pragmatisme de François. Un jour, il m’a dit « un film policier, une personne va le voir au ciné, une comédie romantique, c’est un couple et puis le film familial, un couple et 2 enfants !». Ce qui m’a beaucoup plu aussi, c’est le cadre. On ne va pas faire tout et n’importe quoi. Quand je construis des salles de cinéma, je ne suis pas là pour planter des drapeaux. J’essaie de faire des affaires, j’ai le respect de la famille Raymond et de leurs investissements. Pour Apollo, c’est pareil, je ne suis pas là pour dire que CGR fait de la distribution, mais j’ai envie de voir si on peut écrire quelques lignes de cette histoire ensemble.

Pourquoi venir sur ce marché difficile et concurrentiel ? Qu’est-ce que cela apportera à CGR ?

J.B. : À la base, la distribution et la production sont des métiers qui me font peur… dans notre cas, les risques sont limités, il y a un cadre bien défini, une interaction et une concertation entre équipes compé- tentes. Je pars sur cette expérience avec la réserve du chef d’entreprise : on n’est jamais sûr de rien ! J’ai quand même l’impression qu’on est à l’aboutissement de ce qu’aurait voulu créer Georges Raymond. Tous les matins au réveil, je m’interroge : « Comment faire pour que le cinéma perdure ? Qu’il reste le loisir préféré des français ? Comment aller chercher les jeunes et les ados ? » Eh bien, avec Apollo, il y a tout : le film, de la conception à la salle, jusqu’au public. J’essaie d’imbriquer tout ça. C’est pour cela que j’investis autant dans la technologie. Le premier produit c’est le film, mais il doit être exploité dans de bonnes conditions. Nous allons pouvoir sortir des films qu’on aura soutenus, imaginés et défendus.

Pouvez-vous dévoiler votre line up et votre ligne éditoriale ?

F.C. : On a encore besoin de travailler sur notre line up, pour être prêts à communiquer début octobre. Nous proposerons des films majoritairement français, très populaires, familiaux, des films intermédiaires, des premiers films, des comédies décalées. Pour l’instant, les producteurs nous soumettent leurs films et puis, très vite, le but est d’initier, avec eux, nos propres projets. La première salle CGR date de 1974 ; aujourd’hui c’est le 3e groupe en termes de salles. Il leur a fallu 40 ans pour se construire. Nous allons monter petit à petit. Pour l’instant on intervient sur des budgets raisonnables de 2 jusqu’à 5/6 millions d’euros. Ce qui compte c’est le niveau d’intervention que nous aurons dans l’élaboration d’un film et surtout son potentiel.

Quelle sera votre stratégie de distribution et de différentiation ?

F.C. : Notre association repose sur un modèle et un cadre que nous nous sommes fixés. Pour les autres films, l’opportunité sera étudiée ensemble d’y aller ou pas. Dans ce métier, il faut être assez réactif. C’est une qualité que l’on aura face aux grands groupes : pouvoir répondre très vite et manifester nos coups de cœur. On ne s’interdit rien et on regarde tout. Le parc de salles français est extrêmement sain et le monde entier nous l’envie. À nous d’avoir une offre qui soit à la hauteur.

J.B. : Nous voulons travailler main dans la main. Chez CGR, nos équipes sont créatives et essaient de faire bouger les lignes. On a un savoir-faire en exploitation et sur l’animation que l’on veut amplifier et accompagner.

Êtes-vous d’accord sur tout ? Par exemple, quel est votre point de vue sur l’après-VPF ?

F.C. : Le VPF était une solution intermédiaire pour assurer la transition numérique. S’il n’y a plus de VPF, la multiplication des films rendra l’accès aux salles compliqué. Soit on remet tout à plat et on sort du système du plein programme, soit on investit davantage dans la promotion pour valoriser les films. L’investissement sera fait au final dans les salles par le biais du marketing et de la promotion. De mon point de vue, c’est quasiment un faux débat.

J.B. : Il y a deux angles dans l’après-VPF. D’une part, la régulation de la programmation et de l’autre, le renouvellement du matériel. Nous étions pionniers, dans le passage au tout numérique, les VPF nous ont beaucoup aidés. Aujourd’hui, j’ai 300 Séries-1 à remplacer ! J’ai plusieurs salles dans lesquelles je ne peux plus passer de 3D. Je vais avoir un gros problème. J’ai beau m’appeler CGR, je ne pourrai pas remplacer les 300 appareils et lever 25 millions d’euros ! Et je ne parle pas de l’entretien ; je suis aussi président du Syndicat UGCSO et c’est la première question que l’on me pose. Nous arrivons à financer l’entretien parce que nous avons fait des économies substantielles, mais l’exploitation est plurielle et pour certains dont la taille est plus modeste, c’est difficile. Aujourd’hui, ouvrir une salle sans VPF avec un coût de matériel et d’installation qui a doublé est compliqué ! Il est obligatoire qu’il y ait discussion. On ne peut pas balayer d’un revers de la main l’après-VPF avec un rapport. Nous devons comprendre les problématiques de chacun.

Quel message avez-vous envie de passer aux exploitants ?

F.C. : Avec Apollo, nous avons envie de partager nos coups de cœur et d’écouter ce que nous disent les exploitants. C’est ce qui nous passionne !

J.B : Plus qu’une relation commerciale, on cherche le partenariat. On cherche à faire partager une autre expérience cinéma. Les salles doivent continuer à être force de proposition.

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