René Kraus : « Plus nous mettrons du temps à sortir de cette crise et à faire revenir nos spectateurs, plus ils prendront d’autres habitudes de consommation. »

René Kraus, lors de la réunion de la branche grande exploitation, Congrès 2017 ©Jean-Luc Mege Photography

INTERVIEW – Top départ des réunions de branche ce matin au Congrès de la FNCF, sous la supervision de leurs présidents respectifs auxquels Boxoffice Pro a adressé trois questions. Parole au président de la commission grande exploitation, René Kraus. 

Au-delà de la situation générale, quel bilan dressez-vous de la reprise pour votre branche en particulier et comment s’est-elle adaptée à la mise en place du passe sanitaire ?
La situation générale était favorable début juillet, notamment avec des sorties comme Fast & Furious 9, puis il y a eu le coup de frein du passe sanitaire qui nous a fortement limités. La grande exploitation a été d’autant plus impactée qu’elle l’a appliqué partout, hormis quelques exceptions en centre-ville. Aujourd’hui, nous sommes à -37 % de fréquentation, que ce soit par rapport à 2019 ou sur le lissage des entrées, comme le fait apparaître le CNC. Il y a toutefois des cas particuliers en fonction des régions, comme le sud qui a été encore plus impacté (-40 %), notamment à cause des intempéries.
On a ressenti que les 25-30 ans étaient présents, avec une offre qui leur était adaptée En revanche, on constate qu’il y a moins de seniors, une clientèle qui a pourtant la culture de la salle de cinéma. Leur inquiétude face au virus devient une inquiétude pour nous aussi.

Dans quel état économique se trouvent les salles de votre branche ? Quelles sont les mesures les plus attendues ?
Nous nous réjouissons de la décision d’attribution, en juillet, du fonds de 60 millions d’euros, avec un système plus équitable pour la grande exploitation, mais cette situation doit être entérinée et pérennisée. Pas seulement pour la grande exploitation mais aussi pour les cinémas, de toutes tailles, qui ont ouvert pendant la crise. C’est bel et bien la grande exploitation qui a été la plus impactée, mais l’ensemble du système est interdépendant ; il faudrait travailler au cas par cas, et notamment sur les coûts fixes.

Quels sont vos chantiers sur le moyen et long terme ? 
Le premier chantier est celui de la répartition équitable de l’aide, au sujet de laquelle nous attendons des annonces lors de ce Congrès. Une de nos grosses inquiétudes liées à la crise est le taux de vaccination du public et de notre personnel, même si nous ne relevons pas de problèmes majeurs pour nos collaborateurs. C’est la clé de la fréquentation, qui ne peut pas rester à – 30 % par rapport à l’année dernière. Pour cela, il nous faut travailler sur la problématique récurrente du piratage et qui devient un problème énorme, beaucoup de sites illégaux diffusant des films dès leur sortie, notamment à cause du day-and-date.
Et enfin, l’autre sujet dont nous devons venir à bout est celui de la chronologie des médias, avec la fixation de la fenêtre Canal+ ainsi que celles des autres acteurs du marché. La fenêtre de l’exploitation salle a beau être protégée, nous restons vigilants afin de garder un équilibre du secteur.

Concernant le long terme, chaque chose en son temps. Remontons la fréquentation et résolvons les problèmes. Plus nous mettrons du temps à sortir de cette crise et à faire revenir nos spectateurs, plus ils prendront d’autres habitudes de consommation. Pour cela, nous dépendons du taux global de la vaccination qui nous permettra un assouplissement des règles sanitaires. Nous avons subi des contraintes très lourdes et de nombreux contrôles, ce qui a constitué non seulement un préjudice financier mais aussi moral. Il ne faut pas oublier les insultes sur les réseaux sociaux et dans nos halls ; cela doit être quantifié. Nous demandons une souplesse supplémentaire, surtout que le nombre de vaccinés augmente et que le taux d’incidence diminue. Notre levier, notre champ d’action est le dialogue continu et la collaboration avec les différentes institutions auxquelles nous sommes très étroitement liés dans notre système mutualisé. 
En bref, gardons l’esprit d’équité, travaillons au cas par cas et soyons bien conscients du préjudice financier et moral. Malgré un véto qui nous bloque, la reprise est à portée de main.

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