Les engagements de programmation débattus aux Rencontres de l’Arp

©Susy Lagrange Débat du 2 novembre animé par Lyes Salem et Lucie Girre de L'Arp, avec Dominique Boutonnat, président du CNC, Sidonie Dumas, Directrice générale de Gaumont et présidente de l'API, Edouard Mauriat, producteur, fondateur de Mille et Une Productions et vice-président long métrage du SPI, Marc Missonnier, producteur, fondateur de Moana Films et vice-président de l'UPC et Carole Scotta, distributrice, productrice, co-fondatrice de Haut et Court, co-présidente du Dire

La diversité de la création comme “atout culturel, politique et économique” était le thème du premier débat organisé au Touquet. Parmir les sujets débattus – financement de la création, chronologie des médias, studios de tournages… –,  la question de la régulation et du rôle du CNC a été centrale, et notamment sur les engagements de programmation des salles. 

Lors de ce débat du 2 novembre organisé par les cinéastes de l’Arp, Dominique Boutonnat a tenu à réaffirmer à plusieurs reprises l’ADN du CNC, qui a toujours été « la protection et la valorisation de la diversité, pour maintenir l’équilibre entre art et industrie ».  Et ce depuis la production –  à travers notamment la réforme sur l‘avance sur recettes, la bonification du fonds de soutien, et bien sûr l’arrivée de nouveaux financeurs qui ont signé une clause de diversité –  jusqu’à la diffusion. À ce sujet, les engagements de programmation des salles restent un sujet essentiel pour garantir la diversité de l’offre. Quand la DG de Gaumont Sidonie Dumas estime qu’il y a de la place pour tous les films, « car c’est l’offre qui fait venir le public en salle et c’est le spectateur qui fait son choix  », Carole Scotta redoute « que les exploitants consacrent beaucoup d’écrans à Black Panther 2 ou Avatar 2, et que les autres films en patissent  ». Aussi la dirigeante de Haut et Court, tout comme Pauline Ginot de l’Acid intervenue depuis la salle, regrette que les engagements signés en 2016, et en vigueur jusqu’en 2018, n’aient pas été reconduits. 

En effet, « pendant la crise sanitaire, il était très compliqué de donner des contraintes aux salles qui avaient d’abord besoin de faire revenir tous les publics », a rappelé le président du CNC, qui a toutefois publié en avril des lignes directrices encourageant les salles à les respecter. Mais il n’y a aujourd’hui aucun moyen juridique pour les faire appliquer, même si Dominique Boutonnat a été très clair sur cet objectif : « Il faut des engagements de tous les exploitants conformes à ces lignes, ce qui n’est pas encore le cas. Dans l’état actuel du droit, on ne peut les contraindre à les suivre, mais je ferai tout pour pousser les salles à répondre à ces lignes directrices », a affirmé le président du CNC. « C’est mon ambition politique personnelle et c’est au cœur de notre système, tout comme les engagements de diffusion », qui devraient aussi évoluer sur la base des chiffres de 2021 et début 2022, notamment dans le cadre de la mission Lasserre et de ses préconisations.
Dominique Boutonnat a aussi fait allusion à la protection des catalogues, « notre idée étant de l’étendre jusqu’au salles ».  Interrogé sur les visas temporaires, qui pourraient être détournés au profit des plateformes, le président du CNC a souligné que la réforme encadre mieux ces séances – limitées à 500 sur 48h, contre 3 000 auparavant. « Le visa temporaire n’est pas fait pour offrir une vitrine marketing aux plateformes pour un film qu’elles vendront par abonnement. Si cela devenait le cas, nous ferons évoluer les choses. »  

Enfin, de façon générale et en réponse aux interrogations posées par ceux qui réclament des États généraux du cinéma, Dominique Boutonnat a affirmé que « la culture ne doit pas chercher la rentabilité. Ce n’est pas ce que développe le CNC, ni ce que je préconisais dans mon rapport avant d’en être président. Faire entrer du financement privé dans le financement public ne signifie pas qu’il doit le remplacer ». L’objectif du CNC, pour défendre la diversité,  « est de renouveler les talents et les publics, par l’éducation à l’image qui est une priorité majeure, la meilleure exploitation de nos œuvres, et l’aide aux cinémas du monde ».

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