Le Louxor : le pharaon des cinémas parisiens

© Jean-Pierre Kosinski

Dans notre nouvelle rubrique de l’été, nous vous proposons un tour d’horizon hebdomadaire de l’histoire et des singularités des cinémas mythiques de Paris. Pour ce deuxième épisode, focus sur le Louxor.

La mythique salle du Louxor aujourd’hui.
© Pascal Dhennequin

Le cinéma est inauguré le 6 octobre 1921 dans le 18e arrondissement de Paris, à l’angle du boulevard de la Chapelle et du boulevard de Magenta, et prend le nom de Louxor en référence à la ville d’Egypte construite sur les ruines de la cité de Thèbes, ancienne capitale des pharaons. Le bâtiment tranche avec les immeubles haussmanniens qui l’environnent et intrigue les passants.

Pour ses débuts, la programmation du cinéma est diversifiée : on peut y voir des comédies, des ciné-romans à épisodes… Trois tarifs sont proposés, permettant de cibler différents types de public : la clientèle aisée et la clientèle populaire se croisent en salle. À la fin des années 20, la programmation évolue, accompagnant les mutations du secteur. Les longs métrages se popularisent et de futurs classiques comme L’Aurore de Murnau sont projetés.

La salle du Louxor en 1922.
© Les Amis du Louxor

En 1929, le Louxor est racheté par Pathé. L’ancien Louxor-Palais du cinéma devient le Louxor-Pathé. Le style égyptien original se transforme en néo-grec, tandis que la programmation devient de plus en plus variée : opérettes françaises, comédies musicales américaines… Pendant l’occupation allemande, le régime de Vichy interdit la projection des films anglo-saxons et limite la durée des séances du Louxor, comme dans de nombreux cinémas français.

La façade du Louxor en 1931.
© Les Amis du Louxor

Juste après la guerre, le cinéma devient un loisir incontournable et populaire. Le Louxor en profite : 730 000 personnes s’y rendent en 1946. Mais la crise des années 1950 fait chuter la fréquentation : entre 1955 et 1966, le nombre d’entrées annuel de la salle recule de 433 000 à 153 000. À la fin des années 60, la crise atteint son paroxysme. Les films français sont abandonnés et les dirigeants mettent l’accent sur des productions moins onéreuses à la location. Les films d’action, parfois en provenance d’Asie, les séries B, les westerns spaghettis et les péplums sont particulièrement prisés.

Période difficile

Le Louxor a du mal à joindre les deux bouts et les exploitants réfléchissent, dès les années 1970, à protéger ce lieu historique. La fréquentation a légèrement augmenté mais reste à des niveaux trop bas pour que le cinéma soit rentable. Les projets de réaménagement se succèdent, mais ne se concrétisent pas. Le Louxor finit par fermer ses portes en 1986, remplacé par plusieurs boîtes de nuit. 

Après des années d’inactivité au cours desquelles l’établissement tombe en déshérence, les habitants du quartier se réunissent en 2001 pour sauver l’ancienne salle au sein de l’association Action Barbès. La mairie, sous la pression, finit par racheter l’établissement. En 2007, il est décidé que Le Louxor redeviendra une salle de cinéma.

Les travaux commencent en septembre 2010. Deux autres salles sont construites et la salle historique est réaménagée ; un bar/terrasse et un salon sont également proposés.

Les hauteurs du Louxor…
© Luc Boegly

Renaissance

En 2011, un appel d’offres accompagné d’un cahier des charges est émis par la Ville de Paris pour attribuer la délégation de service public. Le groupe CinéLouxor, composé entre autres d’Emmanuel Papillon, futur directeur de l’établissement, est retenu comme futur exploitant à la fin de l’année 2012. UGC, l’ARP qui détient le Cinéma des cinéastes, et le réalisateur Djamel Bensalah (Beur sur la ville, Neuilly sa mère), associé aux dirigeants du groupe Cinémovida Jacques Font et Jean-Philippe Julia, sont tous devancés.

Le 17 avril 2013, le Louxor est finalement inauguré. Au total, 25 millions d’euros ont été dépensés pour la réhabilitation du cinéma.

L’une des deux nouvelles salles inaugurées en 2013.
© Anthony Rauchen

Depuis sa réouverture, le Louxor connaît un grand succès. Un an après, le cinéma enregistrait déjà « 265 000 entrées alors que les objectifs étaient de 170-180 000 » d’après Martin Bidou, acteur majeur dans la reprise du cinéma par la mairie, qui s’exprimait sur paris-louxor.fr. Le million d’entrées a été atteint en 2017, presque 4 ans jour pour jour après l’ouverture du complexe. « Nous avons atteint le million d’entrées avec un an d’avance sur notre budget prévisionnel », se félicitait Emmanuel Papillon dans les colonnes du Parisien. Aujourd’hui, le cinéma continue de fonctionner, pour le plus grand plaisir des riverains : en 2014, plus de 40 % des spectateurs qui se rendaient au Louxor vivaient dans le 18e arrondissement.