Le Chat qui fume met une patte dans la distribution en salle

"Pourquoi pas !" de Coline Serreau © Le Chat qui fume

La structure spécialisée dans l’édition et la restauration annonce qu’elle sortira au cinéma trois films rares entre l’automne et le premier semestre 2023.

C’est une nouvelle qui a été accueillie avec enthousiasme dans le cercle cinéphile : le 30 juillet, Le Chat qui fume a annoncé, via Twitter, qu’il sortira en salle Pourquoi pas ! de Coline Serreau, première sortie cinéma de son histoire. « Le but premier était d’accompagner le film en vidéo. Mais comme nous avions l’ensemble des droits, nous avons décidé de tenter l’aventure salle », explique Stéphane Bouyer, cofondateur avec Philippe Blanc du matou fumeur. Fondée en 2005, la structure avait bâti sa notoriété sur l’édition de titres rares ou introuvables ; une démarche qu’elle prolonge donc en s’essayant à la distribution. 

Sorti initialement en 1977, Pourquoi pas ! est très avant-gardiste dans son propos, se concentrant sur l’idylle bisexuelle et polyamoureuse d’une femme et de deux hommes dans un pavillon de banlieue. Invisible depuis – à l’exception d’une petite sortie en DVD en 2005 dans l’Intégrale Coline Serreau et d’un rapide passage télé –, le film avait fait un carton lors d’une avant-première complète organisée au Brady (Paris) en mars dernier. À partir de septembre, la campagne digitale (principalement sur les réseaux sociaux) va s’accélérer, avant un lancement du film, dans une belle restauration 4K, le 23 novembre. « C’est une date de travail, mais il y avait la volonté de sortir avant décembre puisque c’est une œuvre de patrimoine qui se regarde aussi en période de Noël », explique Marie Demart, en charge de la programmation. « J’ai commencé à prendre le pouls auprès des salles sous la bannière Le Chat qui fume, très identifié auprès des exploitants, et Nitrate (la série de livres de la société). Elles sont très réceptives, car c’est un film grâcieux, léger et pas moralisateur sur les thématiques femme/homme en particulier, sujet toujours d’actualité. » 

Pour Stéphane Bouyer, « Colline a un certain aura et attire les gens, à la faveur d’un propos social juste et d’un véritable amour pour ses personnages. Nous avons donc espoir qu’un bouche-à-oreille puisse se mettre en place pour installer le film sur la durée ». Avec l’idée, ensuite, qu’il soit édité en vidéo puis proposé aux chaînes de télévision. C’est une forme de pari que tente donc le néo-distributeur, puisque peu de films français de patrimoine réalisés par des femmes ont eu les honneurs de la salle obscure. Il n’en reste pas moins que les salles et le public savent répondre présents sur ce genre de propositions, à l’image de l’accueil chaleureux reçu par les rétrospectives dédiées à deux réalisatrices : Ida Lupino (2020) et Kinuyo Tanaka (2022). Ce contexte conjugué à la notoriété de Coline Serreau sont ainsi de réels éléments encourageants.

S’il concède facilement « ne pas avoir de plan préconçu » pour la distribution salles, le cofondateur du Chat qui fume estime « qu’à un moment donné, il faut s’amuser, et tout faire pour que ces films rares voire oubliés puissent être vus sur grand écran ». Dans cette optique, Le Chat qui fume accompagnera donc sur le premier semestre 2023 deux autres raretés : Otalia de Bahia de Marcel Camus (sorti en 1976) et Le Cœur fou de Jean-Gabriel Albicocco (1970). Le premier suit des personnages excentriques qui se trouvent projetés dans une succession d’aventures par la volonté d’une prostituée ; le second plonge un photographe dans un hôpital psychiatrique, dont le reportage sur son ex-femme va susciter la jalousie d’une autre patiente. À l’exception de piètres enregistrements de lointains passages télé, ces deux œuvres ont totalement disparu des radars mais jouissent tout de même d’une réelle notoriété chez les cinéphiles. Les réflexions pour les sorties de ces deux films n’en sont qu’à leurs prémices, « les scans étant actuellement en cours de préparation, nous ne ferons rien avant leur réception », explique Stéphane Bouyer, qui confirme que la distribution sera assurée par la même équipe que Pourquoi pas !. « Nous savons que le marché de la distribution est tendu, mais les risques méritent d’être pris pour ces œuvres. »