Lancement de la plateforme SVOD de Carlotta : « Un outil complémentaire à la salle de cinéma »

Vincent Paul-Boncour ©Tanguy Colon

Le 26 mars, Carlotta Films a dévoilé sa plateforme de vidéo par abonnement qui se veut « ambitieuse, éditorialisée et qualitative ». Un projet de longue haleine qui se concrétise dans un contexte historiquement inédit. Rencontre avec Vincent Paul-Boncour, dirigeant et fondateur de la société spécialisée dans le cinéma de patrimoine.

D’où est venue l’idée de ce Vidéo Club Carlotta ?

Depuis sa création, Carlotta travaille sur l’histoire du cinéma, que ce soit pour la salle ou pour la vidéo, la télévision ou les plateformes, avec lesquelles nous collaborons depuis longtemps. L’évolution de la SVOD nous a donné envie de lancer notre propre vidéo-club, avec la possibilité de poursuivre notre travail d’éditorialisation. C’est donc un prolongement naturel de notre activité. Le patrimoine est présent en VOD et en SVOD, même s’il est difficile d’en estimer aujourd’hui le public. Ses spectateurs réguliers ont l’habitude d’acheter des DVD, Blu-ray ou coffrets, de voir des films à la télévision… mais ce sont peu à peu habitués à la dématérialisation.

Quel est votre objectif avec cette plateforme ?

Nous savons qu’il est difficile de nos jours d’exister sur internet. Une notoriété en salles et en vidéo ne garantit pas une reconnaissance sur la VOD et la SVOD. Il faut un gros travail de communication, que nous avons mis en œuvre depuis quelques temps. Cela nous a permis de développer efficacement notre communauté, qui reste à l’écoute et intéressée par un espace identifié Carlotta en ligne. L’idée est également d’aller chercher un public moins averti mais qui pourrait trouver un intérêt dans notre plateforme. Nous sommes conscients d’intégrer un marché délicat : nous pouvons imaginer le nombre d’entrées pour un film en salles ou le nombre de DVD vendus, mais il est difficile d’estimer le nombre d’abonnés. Nous espérons parler en milliers. Mais cela prendra du temps.

Nous proposons pour l’instant une vingtaine de titres avec l’idée d’arriver fin avril à 50 films, dont une dizaine seront renouvelés chaque mois.

Comment a été définie la ligne éditoriale ?

Nous sommes dans le prolongement de notre travail en salle et en vidéo. Il y a et il y aura des films culte (Fassbinder, Ozu, Kurosawa), évidents pour nous mais moins pour la nouvelle génération qu’il faut « éduquer ». Et fidèles à notre volonté de découverte, nous proposons des titres inédits ou rares, comme le cinéma philippin. La catégorie Réalisateur du mois [actuellement dédiée à Milos Forman, ndlr.] n’a pas pour ambition d’être une intégrale, mais de faire découvrir l’essentiel de l’œuvre ou des titres plus méconnus d’un cinéaste. Nous avons également mis en ligne des vidéos et des interviews qui étaient intégrées dans des éditions physiques et qui viennent en complément de certains films. Ces suppléments sont accessibles même pour les non-abonnés. Plus tard, nous ajouterons des catégories Jeune public ou Films fleuves, avec notamment Out 1 de Jacques Rivette présenté en huit parties d’une heure et demie environ. Nous proposons pour l’instant une vingtaine de titres avec l’idée d’arriver fin avril à 50 films, dont une dizaine seront renouvelés chaque mois. Nous ne voulions pas démultiplier l’offre et que le spectateur passe une heure à choisir son film ; l’objectif est d’avoir une proposition restreinte qui peut être suivie.

Est-ce que cette plateforme change votre position vis-à-vis de la salle de cinéma ?

Il s’agit d’un outil complémentaire et non un substitut de ce que nous proposons en salles et en vidéo. L’idée est ensuite d’exploiter l’œuvre sur l’ensemble des droits que nous possédons, en étant attachés, plus que jamais, à la sortie en salles, puis sur support physique, qui reste un aspect cher à notre identité. Donc, pour l’heure, nous ne sommes pas dans une politique d’acquisitions pour la plateforme, mais bien dans une démarche pour faire exister le film sur le plus de supports possible. 

©Carlotta Films

À l’automne, vous aviez officialisé votre rapprochement avec MK2 : comment votre collaboration peut-elle se concrétiser autour de cette nouvelle plateforme ?

Pour l’instant, rien n’a été décidé. Mais je reste persuadé qu’une plateforme réunissant les acteurs qui travaillent sur le patrimoine aurait dû être créée depuis longtemps. Donc si notre Vidéo Club Carlotta peut permettre un travail de collaboration et d’association avec d’autres éditeurs ou ayants droit comme MK2, nous serons attentifs. L’idée est de démarrer pour l’instant avec notre catalogue, mais il va dans notre intérêt et celui du cinéma de patrimoine de réunir le plus d’acteurs autour de la table.

Dans le contexte actuel exceptionnel, comment voyez-vous l’après ?

C’est encore difficile de se projeter et savoir quand sera cet après. Ce qui est sûr, c’est que cette crise nous impacte très fortement. Nos activités cinéma et vidéo représentent 80 % de notre chiffre d’affaires et nous estimons que nous aurons au minimum trois mois sans cette part essentielle du chiffre d’affaires. La VOD reste marginale et nous ferons peu de nouvelles ventes TV car les cases actuellement prévues pour le cinéma en journée ne concernent que des films populaires, et non des œuvres plus méconnues et art et essai. Il semble donc important, pour soutenir la diversité des indépendants, qu’un fonds d’aide exceptionnel soit mis en place en dehors des traditionnels soutiens automatiques.

Le Vidéo Club Carlotta Films est accessible par abonnement avec une offre de lancement à 2,5 € mensuels (puis 5 € à l’issue du premier mois). Plus d’infos sur https://levideoclub.carlottafilms.com.