L’acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, valorisée à 110 milliards de dollars soit la plus importante de l’histoire récente d’Hollywood, a encore connu une saison mouvementée.
La série hollywoodienne à rebondissements se poursuit. Dernier épisode en date : le procureur général de Californie, Rob Bonta, a annulé une réunion prévue le 24 août avec des représentants de Paramount Skydance, qui visait à se diriger vers un accord à l’amiable. Selon le Wall Street Journal, Bob Bonta reproche à Paramount d’avoir divulgué sa demande de céder certaines chaînes câblées et de maintenir son studio de cinéma séparé de Warner Bros, ce qui serait un mensonge. Quelques jours avant, Paramount réclamait aux États américains s’opposant à son rachat de Warner une caution de près d’1,9 milliard de dollars, d’ici le 20 septembre 2026, pour couvrir les « coûts substantiels » entraînés par le procès. Car la principale épine est là : malgré le feu vert donné par les autorités de la concurrence – des États-Unis, de la Chine, du Royaume-Uni et, sous conditions, de l’Union européenne – 12 États américains, dont la Californie, ainsi que le syndicat des scénaristes (WGA), ont intenté une action en justice pour bloquer le projet de fusion, en vertu des lois anti-trust. Le procès devrait se tenir à partir du 2 mars 2027. D’ici là, la vente est bloquée. Le 24 juillet dernier, Paramount Skydance a même proposé de repousser la date limite de l’opération au 1er juin 2027 ; une demande homologuée par la juge fédérale californienne.
Déménager d’Hollywood
Début août, David Ellison avait tenté un autre coup de force, en menaçant de quitter Hollywood. En déménageant le siège et les activités de son entreprise hors de Californie, le dirigeant de Paramount entendait mettre la pression au procureur général de l’État pour qu’il accepte de négocier. Si les discussions n’ont pas démarré d’ici le 1er octobre, le départ de Californie sera officiellement engagé – vers la Géorgie, le Texas ou le Tennessee, qui proposent des avantages fiscaux. Le choix du 1er octobre ne doit rien au hasard : à partir de cette date, Paramount devra s’acquitter d’une pénalité de retard (ticking fee) de 7 millions de dollars par jour en faveur des actionnaires de WBD. Le procès n’étant prévu qu’en mars 2027, la facture pourrait atteindre 1,2 milliard de dollars. De son côté, Rob Bonta avait déjà prévenu que seules des mesures structurelles, telles que des cessions d’actifs, pourraient suspendre les poursuites.
Depuis, David Ellison s’est exprimé dans le New York Times, contestant l’argument selon lequel la nouvelle entité fusionnée – avec ses chaînes, ses studios et ses plateformes – nuirait à la concurrence. Selon les calculs du dirigeant, sa part de marché représenterait « moins de 20 % du temps de visionnage total des Américains. En incluant YouTube, cette part chuterait aux alentours de 13 %. L’entreprise issue de la fusion ne représenterait que 18 % du box-office domestique sur les douze derniers mois, et seulement 22 % en moyenne sur les deux dernières années ». Ainsi, pour David Ellison, « le combat ne porte pas vraiment sur les parts de marché », mais sur la défiance dont il fait l’objet en cas de possible acquisition de CNN. La chaîne d’information fait régulièrement l’objet de critiques de la part de Donald Trump, alors que le patron de Paramount – et de CBS News – est plutôt décrit comme un partisan du président américain. S’il s’en défend, certaines sources indiquent qu’il envisage de revendre CNN, ce qui allègerait son endettement.
Des soutiens… et des conditions
Du côté des exploitants, les patrons des circuits AMC et Regal ont récemment exprimé leur soutien à la fusion. De son côté, Cinema United a appelé le procureur général de Californie et Paramount Skydance à trouver un règlement à l’amiable. L’UNIC est plus inquiète, et estime notamment que la Commission européenne aurait dû aller plus loin dans les mesures correctives qu’elle demande, ne traitant pas des sujets majeurs tels que « la chronologie des médias, la diversité des films, la préservation du volume des films et des canaux de production, les pratiques contractuelles ou l’accès au catalogue. » En effet, Bruxelles a donné son feu vert le 23 juillet au projet de fusion, n’y voyant pas de problème de concurrence en matière de production, tout en posant des conditions sur la distribution en salles. Sachant que l’entité United International Pictures (UIP), qui rassemble déjà Paramount et Universal, est encore active dans une vingtaine de territoires européens, l’ajout du catalogue Warner aboutirait en effet à une « forte concentration ». Paramount s’est donc engagé à céder sa participation dans UIP au sein de l’Espace économique européen et à y renoncer, pendant dix ans, à tout accord de codistribution avec Universal.
Enfin, il faut rappeler que pour concrétiser le rachat de WBD, Paramount s’appuie sur un engagement financier de 24 milliards de dollars provenant de l’Arabie Saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis. Ces fonds du Moyen-Orient détiendraient 38,5 % du nouvel ensemble, mais Paramount assure qu’ils ne disposeront d’aucun siège au conseil d’administration ni de droit de vote, ce qui a évité un réexamen par les autorités de régulation. En attendant, le feuilleton ne semble pas terminé…


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