La FNCF demande l’interdiction des séances en plein air

Projection au domaine des Boissets ©Cineco
Projection en Lozère ©Cineco

Alors que les projets de drive-in se multiplient en France, dont certains organisés par des exploitants, la FNCF a adressé un courrier au CNC appelant à interdire les séances en plein air, qui « détournent du seul combat à mener : la réouverture des salles ».

Mardi dernier à Crest dans la Drôme, la Scop Le Navire organisait, à la demande de la mairie, sa première séance de drive-in, en projetant La Bonne Épouse sur un écran gonflable devant une centaine de véhicules. De son côté l’association Drive-In Festival, créée pendant la crise du Covid-19 par Mathieu Robinet, ancien de Bac Films, annonce pas moins de dix séances itinérantes, dont la première à Bordeaux demain soir. Et si cette association, soutenue par les collectivités, indique que ce festival « ne saurait concurrencer la salle de cinéma » et que les  « tous les bénéfices seront reversés aux salles et distributeurs en difficulté », la Fédération ne l’entend pas de cette oreille. 

Dans un courrier adressé hier au CNC, la FNCF demande en effet « de n’autoriser aucune projection en plein air, notamment au titre de l’alinéa 2 de l’article L 214-6 du code du cinéma qui prévoit de tenir compte de la situation locale de l’exploitation ». La FNCF invoque les conditions sanitaires imposées à ce jour, notamment l’interdiction de rassemblement de plus de 10 personnes, et surtout la fermeture des salles et leur réouverture sous réserve de validation de fiches métier par la DGS/DGT, qui devrait les examiner lundi prochain. Selon la fédération, il est en effet impossible de garantir les règles de distanciation physique dans des conditions de plein air, et il n’est pas cohérent « de laisser fermer des lieux plus sûrs et plus encadrés et ouvrir des manifestations où aucune règle ne peut être respectée ».

Il y a quelques semaines pourtant, l’Association Nationale des Cinémas Itinérants (ANCI), dont l’activité de plein air est importante en été, estimait pour sa part, dans une lettre adressée à ses collègues de la FNCF, que « les séances en plein air pourraient sans doute présenter moins de risques, à condition de respecter des distances de sécurité, une jauge réduite et une protection des spectateurs, qu’un confinement en salle ». Solidaires de tous les exploitants, sans lesquels ils ne redémarreront pas leur l’activité, les itinérants lançaient l’idée « d’organiser un événement de reprise du cinéma en partenariat avec les salles fixes qui le souhaiteraient, par des projections en extérieur, avec leur billetterie ». Des discussions étaient en cours au sein de la fédération à ce sujet, mais d’autres projets de plein air, lancés par des municipalités ou des organisations n’ayant aucun lien avec le cinéma, ont sans doute incité la FNCF à réagir fermement.

En cette période de crise majeure pour le secteur, la fédération déplore en effet que l’argent public soit utilisé pour des manifestations événementielles alors que les collectivités devraient le concentrer sur la réouverture des salles. « Nous regrettons que la réflexion d’aujourd’hui se déroule sans connaître les conditions de la relance de l’activité à moyen terme et le soutien financier immédiat que l’État entend apporter à la réouverture des salles et aux distributeurs sur les premiers mois de la reprise de l’activité. Sur ce dernier point, nous soulignons à nouveau l’urgence à ce que le CNC apporte des réponses aux préoccupations des professionnels. »

Dans l’immédiat, la FNCF insiste sur le cas particulier des drive-in, en demandant au CNC « la garantie du respect des conditions sanitaires par la validation par la DGS/DGT d’un protocole précis (…), l‘application très stricte de la procédure d’autorisation et notamment des avis en DRAC avec consultation obligatoire du groupe d’experts »  ainsi que « l’engagement de la collectivité sur un plan de soutien des salles de cinéma locales transmis au CNC. » Pour rappel, toute projection en plein air non commerciale, soit sans billetterie CNC, est soumise à autorisation


Dans d’autres pays, comme en Italie, les professionnels misent pourtant sur le plein air pour accompagner la reprise. Ce n’est pas l’avis de la FNCF, qui en conclusion « regrette profondément les dégâts médiatiques et économiques que provoqueront ces manifestations qui détournent les spectateurs, les médias, l’administration locale et nationale du seul combat à mener : la réouverture des salles, seul lieu structurant et pérenne de la culture cinématographique. »

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