Échos du CinemaCon

© Daniel Loria

Le congrès mondial de l’exploitation s’est ouvert ce 26 avril à Las Vegas : les questions du retour du public et de l’exclusivité salle ont dominé les débats, y compris lors des premières présentations de line-up des studios. 

La première journée du CinemaCon 2022, consacrée à l’international et introduite par Julien Marcel, directeur général de The Boxoffice Company, a permis de faire un tour d’horizon de l’exploitation aujourd’hui, hors marché nord-américain. Le PDG de Cinépolis, Alejandro Ramirez Magaña, a ainsi rappelé l’impact dévastateur persistant de la pandémie sur les marchés émergents. Parmi eux, la région d’Amérique latine, qui avait généré entre 2,7 et 3,4 milliards de dollars par an entre 2017 et 2019, n’a pas franchi le milliard de dollars de recettes annuelles depuis 2020. Cette baisse est bien entendu liée aux fermetures des salles, différentes selon les politiques locales : les cinémas du Chili et du Pérou, par exemple, sont restés clos durant respectivement 16 et 18 mois. 

La reprise a été plus rapide en Europe, comme l’a souligné Laura Houlgatte, PDG de l’Unic, grâce notamment aux bons résultats des blockbusters américains, qui ont stimulé les marchés clés au second semestre 2021. Et si Andrew Cripps, le président de la distribution internationale de Warner Bros., estime que « dans un monde où il y a moins de films, les nôtres doivent fonctionner à l’échelle mondiale », Laura Houlgatte a rappelé que les différents pays européens ont pu s’appuyer aussi sur leurs titres locaux, et que la dépendance aux films hollywoodiens coûteux accentue la pression, aussi bien sur les distributeurs que sur les exploitants.
Du côté de la France, le président de la FNCF Richard Patry a détaillé aux yeux du monde notre modèle national de chronologie des médias.

Reste que dans tous les territoires, c’est d’abord le retour des spectateurs au cinéma qui préoccupe, en particulier celui des plus âgés. À ce sujet, Sarah Lewthwaite, directrice de la clientèle chez Movio, estime que la reconquête du public ne devrait pas tant se baser sur les données démographiques, mais plus sur le comportement antérieur des spectateurs. « Les données nous indiquent que l’assiduité passée d’une personne est un meilleur indicateur de sa rapidité à revenir au cinéma que son âge. Si vous avez 50 ans et plus et que vous étiez un cinéphile assidu, vous êtes déjà revenu au cinéma. » 

La mort du day-and-date ?

Sony Pictures a ouvert les présentations des studios au CinemaCon 2022 par la voix de son PDG Tom Rothman qui a exprimé avec force son engagement pour l’exclusivité salle. Pour rappel, si Sony continue à céder certains de ses titres aux plateformes, c’est l’un des rares studios à accorder la priorité à l’allongement de la fenêtre salle. Un engagement payant qui lui a permis, rien que sur les huit derniers mois, d’engranger 3,3 milliards de dollars au box-office mondial… et devrait bénéficier à ses prochaines sorties salles (Bullet Train, Là où chantent les écrevisses, The Woman King pour les mois à venir, Spider-Man : Across the Spider-Verse pour 2023…).

L’exclusivité salle a en effet été au cœur des discussions de la journée, notamment en ce qui concerne les risques de piratage liés aux sorties en day-and-date aux États-Unis. La ruée des studios pour s’emparer des parts de marché du streaming, via des sorties simultanées salles-plateformes, s’est faite au détriment du box-office international, selon le PDG de Cinépolis. Pour lui, « le modèle day-and-date entraîne un manque à gagner, tant pour les distributeurs que pour les exploitants. Les principaux bénéficiaires sont les pirates, qui ont accès à une copie immaculée d’un film dans pratiquement toutes les langues, dès le premier jour de sa disponibilité en streaming ». 

Les données recueillies par le site TorrentFreak révèlent en effet que les films les plus piratés en 2021 étaient ceux sortis en day-and-date. Et que plus la fenêtre d’exclusivité salle est longue, plus il faut de temps pour qu’un film se classe parmi les titres les plus piratés d’une semaine donnée. Andrew Cripps de Warner Bros. a d’ailleurs fait remarquer que la sortie de Dune sur HBO Max a été un facteur déterminant pour que le film sorte en Europe cinq semaines avant les États-Unis. Denis Villeneuve lui-même avait alors tenu à promouvoir son film comme une expérience salle, malgré sa diffusion simultanée en streaming, ce qui a notamment permis à Dune de réaliser 38 % de son box-office national sur des écrans premium. En visio et en direct de Budapest –  où il est en train de travailler sur Dune II – le cinéaste a réitéré son désir de travailler encore plus étroitement avec les exploitants, « inquiet de voir la fenêtre des salles de cinéma se raccourcir de plus en plus ».

Mais surtout, Warner Bros. semble désormais partager cette position. En dévoilant des séquences de The Flash à Las Vegas, suscitant un accueil dithyrambique, et annonçant au passage que Matt Reeves et Robert Pattinson préparaient la suite de The Batman, le studio a montré sa volonté de regagner la confiance des exploitants, après avoir privilégié les sorties simultanées sur sa plateforme HBO Max en 2021… au détriment des cinémas. Et au nom des salles américaines, le président de la Nato, lui, ne croit pas à l’avenir du day-and-date. « Les modèles pandémiques étaient des modèles pandémiques, et nous ne les voyons pas se poursuivre à l’avenir », a déclaré John Fithian à la veille du CinemaCon. Pour lui, « la sortie simultanée est morte en tant que modèle commercial sérieux et c’est le piratage qui l’a tué ».

Plus de news sur le CinemaCon 2022 (en anglais) sur boxofficepro.com

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