CineAsia 2020 : une région entre rebond et risque d’essoufflement

La prochaine édition de CineAsia est prévue du 6 au 9 décembre 2021, à Bangkok.

En 2019, le congrès asiatique de l’exploitation avait été annulé en raison des manifestations à Hong Kong. Cette année initialement prévue à Bangkok, la nouvelle édition a adopté une forme en ligne ces 4 et 5 novembre. Une adaptation qui n’en a pas moins permis de prendre le pouls d’une région où le soleil se lève plus tôt qu’ailleurs, y compris dans les salles obscures.

À l’heure des refermetures des parcs cinématographiques européens, l’expérience asiatique est plus riche que jamais en enseignements, entre pays en bonne voie de reprise, et ceux qui peinent toujours à recouvrer la santé. Parmi les premiers, la Chine ravive tous les espoirs, avec 215 films à l’affiche (dont 59 ressorties), trois productions locales qui ont chacune dépassé les 220 M$ (186 M€)* et plus de 150 millions de spectateurs. 

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L’exploitation chinoise a, en outre, connu une première semaine d’octobre record, les salles réalisant 590 M$ (503 M€) de recettes, soit 32 % du box-office total de l’année 2020, sur les sept jours de la Golden Week fériée. Un résultat en recul de seulement 8 % par rapport à la même période l’année précédente, et cela malgré la limitation des jauges à 75 % et le fait que près de 12 % des cinémas chinois (soit 1 357 établissements) n’ont toujours pas repris les séances.

Les cinémas de Singapour, où est notamment appliquée la prise de température des spectateurs à l’entrée**, ont aussi connu un rebond spectaculaire, passant de -82 % à -9,5 % de recettes entres les mois d’août et de septembre 2020. Mi-octobre au Japon – qui avec Taiwan et la Corée du Sud fait partie des rares pays qui n’ont pas imposé de fermeture administrative nationale des cinémas –, le manga anime Demon Slayer : Le Train de l’infini réalisait un démarrage record historique avec 3,42 millions de spectateurs sur 403 copies pour 44 M$ (37,35 M€) de recettes en trois jours.

Pour autant tous les pays de la région ne parviennent pas à maintenir leurs marchés à de tels niveaux. Le Vietnam a certes pu tirer profit de la production locale et « des mesures fortes très rapides prises par notre gouvernement », estime Dinh Thanh Huong, CEO de Galaxy. « Mais le marché qui progressait annuellement au rythme moyen de +10 % ces dernières années, et prévoyait même une hausse de 15 % pour 2020, affiche actuellement une baisse à -64 %. » 

Les salles de Corée du Sud avaient connu une belle embellie en juillet et août sous les effets conjugués de la stabilisation de la COVID-19, des campagnes tarifaires organisées par la Korean Film Council et de la sortie de super productions locales – dont Peninsula (3,12 millions d’entrées) et Deliver Us From Evil (4,25 millions d’entrées). Reste qu’avec 49,86 millions de billets vendus sur les huit premiers mois de 2020, la fréquentation accuse une baisse de 70,8 % par rapport à la même période l’année précédente, et celle du mois de septembre a atteint -79,7 % après la résurgence du virus à la mi-août. Les 2,99 millions de spectateurs de septembre 2020 représentent même la plus basse fréquentation jamais enregistrée depuis 2004. Les signes de reprise de la fin septembre, avec la Chuseok (la fête des moissons et ses trois jours fériés), n’auront été que de courte durée. Si Pawn comptabilise plus de 1,3 million d’entrées depuis sa sortie le 29 septembre, d’autres grosses sorties très attendues, comme le film S-F Space Sweepers de Jo Sung-hee et le thriller Call de Lee Chung-hyun, ont été reportés sine die.

En Malaisie, où les salles affichent une baisse de 90 % depuis leur réouverture en juillet, les membres de la fédération nationale des cinémas ont pris la décision de suspendre leurs activités à partir de ce début novembre et aujourd’hui la moitié du parc cinématographique est refermé. Une situation que Mei Lee Koh, CEO du circuit leader national Golden Screen Cinemas, impute aux récentes nouvelles restrictions sanitaires du pays (« les mesures de distanciation physique appliquées à tous les spectateurs, même ceux venant en famille, qui ont éloigné le public des salles »)  mais aussi au « manque de titres internationaux, sans pour autant pouvoir compter sur une production locale suffisante ». 

Du 1er août au 18 octobre, la région Asie-Pacifique a représenté 75,5 % du box-office mondial, suivi de loin par la région EMEA (16,5 %), nord américaine (7,2 %) et enfin sud américaine (0,8 %). Or, bien que fort de la confiance du public en matière de sécurité sanitaire des salles et malgré le renfort des productions de Chine, du Japon, de Corée du Sud et encore de Bollywood, l’exploitation asiatique éprouve elle aussi l’étendue de sa dépendance aux grands studios hollywoodiens. Parmi ces derniers, Warner Bros, Sony Pictures, Lionsgate, Walt Disney Studios, Paramount Pictures, Universal Pictures, ainsi que StudioCanal, UniFrance et les Galaxy Studios vietnamiens étaient présents à CineAsia on-line pour présenter leurs line-ups et leur soutien. « En tant qu’exploitants, nous avons fait notre part du travail, notamment en matière de mise en place de protocoles sanitaires, et nous savons que le public est prêt à retrouver nos salles », estime Alejandro Ramírez, président de la Global Cinema Federation et CEO de Cinepolis, qui a appelé les grands studios à une solidarité accrue. Entre portée mondiale de la pandémie et gradualité des réouvertures des cinémas à travers les différents territoires, l’équation reste pourtant plus complexe que jamais. 

*346 M$ pour The Eight Hundred, 364 M$ pour My People, My Homeland et 222 M$ pour Legend of Deification: Jiang Ziya

**les spectateurs avec plus de 37,5°C de température frontale se voyant refuser l’accès à la séance