Chronologie, création française, UGC : Jérôme Seydoux réaffirme la position de Pathé

Jérôme Seydoux © Guirec Coadic/Bestimage

Le patron de la société au coq a balayé plusieurs enjeux du secteur dans un entretien accordé au magazine Le Point.

D’ordinaire discret dans les médias et encore bien loin de prendre sa retraite, Jérôme Seydoux, 87 ans, n’hésite pas à sortir de l’ombre lorsqu’il souhaite faire passer des messages. En avril, déjà, pour la sortie limitée – via visa temporaire – de Coda en salles et évoquer la place des plateformes de streaming, le président de Pathé s’était positionné un peu à rebours d’une partie de la profession. Bis repetita en ce mois de juillet avec une prise de parole une nouvelle fois pleine d’enseignements.

« Le cinéma français est trop influencé par le système des obligations des télévisions de financer des films. Il y a donc un formatage télé qui n’est pas favorable à la salle », pointe Jérôme Seydoux dans Le Point, regrettant un mariage en décalage avec l’ère du temps. Il estime ainsi nécessaire de revoir ce rapport entre le cinéma et la télévision, en ayant conscience d’un travail « de longue haleine » : « Canal+ s’est engagé à dépenser 200 M€ par an dans le cinéma pour trois ans et je ne vois pas le cinéma français renoncer à cet argent. » Le président de Pathé déplore un certain conservatisme, avec des producteurs qui ne prennent plus de risques, s’attachant à faire des films « anciens » via un « vieux modèle de fabrication ». Il juge ainsi que les aides du CNC devraient être davantage concentrées, pour produire moins mais mieux. « Je pense que nous sommes aussi trop timides. Le cinéma français actuel s’exporte peu. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il manque de courage et d’ambition. […] Si chez Pathé, l’année prochaine, on démontre qu’avec des films très chers [Astérix et Obélix, L’Empire du Milieu, Les Trois Mousquetaires, ndlr.] on peut gagner notre vie, je pense qu’on aura prouvé quelque chose. » 

Sur la chronologie des médias, Jérôme Seydoux assure qu’il n’est pas nécessaire de réduire l’exclusivité salles à 45 jours, à l’instar du marché américain, mais critique toutefois les délais « absurdes » de la réglementation en vigueur. « Chez Pathé, nous avons des salles en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Aux Pays-Bas, on est à 45 jours. Est-ce que ça fait une énorme différence sur la fréquentation ? Si je regarde les chiffres, je n’en vois pas, contrairement aux exploitants. Quand on parle de 45 jours, ce n’est pas un délai maximal. Le producteur peut parfaitement laisser son film en salle plus longtemps. » Le patron de Pathé milite également pour la collaboration avec les plateformes, qui investissent dans l’Hexagone, comme l’impose le décret Smad, et participent à la promotion des talents français – le succès de 8 rue de l’Humanité en Europe continentale a accru la notoriété de Dany Boon, facilitant la vente de son prochain film. Ces services sont par ailleurs dotés de moyens importants pour acheter les droits de films qui mériteraient une place en salle, comme la suite d’À couteaux tirés (Netflix). Il regrette ainsi que l’actuelle chronologie empêche les plateformes de programmer leur film « sur une période assez courte en salle » en France comme elles le font dans le monde entier.

Confiant sur le reprise de la fréquentation – même s’il affirme que « pour attirer les gens, il faut un blockbuster américain tous les quinze jours », Jérôme Seydoux assure qu’après deux exercices compliqués avec une perte de 100 millions d’euros, Pathé va revenir à l’équilibre avant une année 2023 qui s’annonce plus positive. Une dynamique suffisante pour consolider son réseau de salles ? « J’ai proposé l’année dernière à UGC de fusionner, mais ils ont refusé. À la différence de CGR [actuellement en vente], qui est implanté dans les villes moyennes, UGC comme Pathé est présent à Paris, en Île-de-France et dans les grandes agglomérations françaises. Les deux entreprises sont complémentaires. »

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