Boxoffice Forum : Repartir dans le bon sens, cinéma et impact sociétal

Anne Georget (FIPADOC), Jean-François Camilleri (Echo Studio), Caroline Sénéclauze (projet Moteur !) et la modératrice Marion Delique (Boxoffice Pro). ©Isabelle Nègre pour "Boxoffice Pro"

Le Boxoffice Forum s’est conclu autour des films engagés et leur impact, en compagnie de Jean-François Camilleri, président d’Écho Studio, Anne Georget, présidente de Fipadoc, et Caroline Sénéclauze, présidente du projet Moteur !.

Comment définir un film à impact ? Selon Jean-François Camilleri, il s’agit bien d’inspirer le changement et d’inciter à l’action :  « C’est une chose de sortir d’un film ébloui, bouleversé ou inspiré. Mais si on ne donne pas les clés ou les outils pour agir, c’est peine perdue ». Echo Studio s’est spécialisé dans ces campagnes d’impact à l’œuvre depuis une quinzaine d’années dans les pays anglo-saxons mais très récentes en France, souligne Anne Georget. Pour la présidente de Fipadoc, festival international du documentaire à Biarritz, il s’agit de films qui ont une vraie puissance de feu, « mais encore faut-il en prendre conscience très tôt, en amont de leur production et travailler la stratégie d’impact ». Dans l’optique de professionnaliser cette stratégie, le Labo Impact a été intégré au festival, sous la forme d’un atelier de deux jours pendant lesquels cinq ou six projets sont passés au crible par des professionnels, « l’idée [étant] de repartir avec une boîte à outils, un projet plus musclé mais aussi d’avoir une idée du paysage du mécénat en France ».

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Beaucoup de formats et d’événements coups de poings restent à inventer, avec autant de partenariats engageants avec les associations, ONG, institutions … Bien que les films à impact ne soient pas toujours des succès du box-office, ils demandent un travail colossal. Toutefois, Jean-François Camilleri évoque la success story d’Au nom de la terre, dont les deux millions d’entrées n’étaient pas attendus. « Le réalisateur Édouard Bergeon, Guillaume Canet et les producteurss de ce film qui montre le désarroi du monde agricole, ont créé tout un écosystème médiatique pour continuer à parler du sujet après la sortie du film et pour donner aux gens les outils pour qu’ils puissent eux-mêmes participer à ce combat. Voilà un film de fiction inspiré d’une histoire vraie qui a eu un succès dingue en salles et dont l’impact continue encore aujourd’hui », illustre le président d’Echo studio. « Il faut aussi faire en sorte qu’à chacun des moments clés de la chronologie des médias, il y ait un accompagnement sur le sujet. »

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S’il y a toujours eu des films politiques, Anne Georget souligne un changement dans leur capacité d’action, « une horizontalité où les nouvelles technologies font que chacun est finalement en position de devenir acteur beaucoup plus facilement qu’autrefois (…) pas forcément tout de suite des super héros, mais des acteurs effets colibris. » Illustration avec l’association Moteur !, où cette fois l’impact a lieu avant le film. Dans le cadre de ce projet pour l’égalité des chances, des jeunes de 14 à 22 ans sont invités à réaliser un film d’1 minute 30 avec leur téléphone. Le cinéma devient ici un levier pour leur permettre de devenir des créateurs. Pour Caroline Sénéclauze, « l’impact passe avant tout par l’émotion. Le fait de dire “je t’aime” à quelqu’un, de dire “tu m’inspires” ou “je t’admire”, crée de l’émotion chez la personne qui reçoit ce message, mais en donne énormément au spectateur ». Pour ces jeunes, invités par ailleurs au Festival de Cannes cette année, le cinéma change leur vision de l’avenir et les place au centre de l’action.

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Alors par où commencer pour changer le monde ? « Chacun peut agir à sa manière. Nous sommes des professionnels du cinéma, donc apportons la goutte d’eau du colibri pour éteindre l’incendie. C’est notre contribution », répond Jean-François Camilleri. « Il faut être à la fois humble, parce qu’on ne va peut-être pas changer le monde demain matin, et ambitieux, parce qu’il faut vouloir le changer. Et entre ces deux choses-là, tout est possible. Avec la salle, on est ensemble dans le noir, on regarde dans la même direction, avec ce sentiment que tout est possible parce que l’on est nombreux », abonde Anne Georget. Et Caroline Sénéclauze de conclure : « La salle de cinéma est un média en or qui est le plus favorable à changer les états d’esprit, si tant est que les jeunes, effectivement, voient les films, d’où l’intérêt de les placer aussi au cœur de l’action. »

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