Boxoffice Forum : Réflexions autour du retour du public jeune au cinéma

Christophe Courtois (SND), Béatrice Tourvielle (Cinémas Pathé Gaumont), Mathieu Rampant (TikTok); Marie-Christine Désandré (CINEO) et Richard Patry (FNCF) ont échangé autour du public jeune, sous la modération d'Adrien Chabal (The Boxoffice Company). ©Isabelle Nègre pour Boxoffice Pro

Le colloque organisé par Boxoffice Pro avec le soutien du CNC, à l’occasion de la sortie du livre de Julien Marcel, “Hollywood, année zéro”, a rassemblé un impressionnant panel ce 8 octobre à Paris. Dirigeants de filiales françaises de studios, exploitants et fournisseurs étaient réunis pour une réflexion commune sur les défis du secteur dans le monde d’après-COVID. Retour, en plusieurs chapitres, sur une journée unique. Partie 1 : Le défi de la (re)conquête du public jeune.

C’est l’un des grands défis pour les cinémas français, même si les jeunes  « ont été un moteur évident à la réouverture », comme l’a souligné Richard Patry lors de la table ronde consacrée au sujet [à revoir ici], animée par Adrien Chabal, directeur général adjoint d’AlloCiné. Pour le président de la FNCF, il s’agit surtout d’ouvrir les jeunes spectateurs à la diversité, quand beaucoup d’entre eux, aujourd’hui, construisent leur cinéphilie ailleurs qu’au cinéma. « Le pass Culture peut être un levier très important et il faut bien entendu relancer l’éducation à l’image, qui sera notre credo pour les années qui viennent. »

Bien entendu, il faut savoir de quelle tranche d’âge on parle et analyser leur fréquentation sur le temps long. Si les moins de 10 ans ne vont pas moins au cinéma qu’il y a 20 ans et  que les 10-14 ans s’y rendent juste un peu moins souvent, ce sont les 20-24 ans qui fréquentent moins les salles, plus que 5 fois par an au lieu de 8 », rappelle Christophe Courtois. « Mais c’est de la démographie : la société vieillit, les plus de 50 ans sont donc plus nombreux dans les salles. »

C’est aussi, contrairement aux États-Unis, une question d’offre. Marie-Christine Désandré, du réseau Cineo, estime que par rapport aux séries, les jeunes sont trop peu représentés dans notre cinéma. « Il y a 20 ans, on montrait Taxi ou La Beuze dans nos salles ; aujourd’hui, c’est Joyeuse retraite ou De Gaulle », confirme le directeur de la distribution de SND qui sait de quels films il parle. « Les éditeurs français ont choisi de s’adresser aux seniors parce qu’ils ont du temps et de l’argent, et qu’il est plus facile de dater les films qui leur sont destinés face à un Star Wars ou un Batman. »  

Reste que pour faire revenir en salles ceux qui se sont sentis bridés si longtemps, « il faut trouver les bons messages et les bons carrefours d’audience », estime Béatrice Tourvieille, directrice générale adjointe marketing et digital des cinémas Pathé Gaumont. Chez TikTok France, qui a été une vraie alternative pendant les confinements, Mathieu Rampant relève que 95 % des jeunes adeptes de la plateforme déclarent aimer le cinéma. « Il faut donc embrasser les nouveaux canaux de TikTok pour engager davantage les jeunes vers la salle ». Ce qu’ont fait les Cinémas Pathé Gaumont, tout en créant de nouveaux partenariats « avec des marques qui proposent du contenu adapté à cette cible, comme BRUT, qui offre un vrai angle éditorial. » Et quand certains, dès lors, avancent l’idée de laisser les jeunes utiliser leur smartphone dans les salles pour ne pas les couper de leurs réseaux, la présidente de Cinéo bondit. «Je ne peux croire qu’en la force de la salle, lieu d’immersion et de communion. C’est ce que vient chercher le public, y compris les jeunes

C’est cette spécificité de la salle qui devrait être mise en valeur sur TikTok, mais Richard Patry reconnaît que « les salles ont du mal à apprivoiser ce nouveau média, qui n’est pas fait pour communiquer nos horaires, mais proposer un contenu original ». Enfin, la connaissance du public jeune passera aussi par la data et le partage de données entre exploitants et éditeurs. « Nous pourrions avoir accès à un parcours consommateurs extraordinaire qui vient des salles », souligne Christophe Courtois, quand Richard Patry rappelle la spécificité du marché français, dont de nombreux indépendants qui souhaitent justement « garder leur indépendance ».

Crédit photos : Isabelle Nègre pour Boxoffice Pro.

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