Boxoffice Forum : Quels équilibres entre blockbusters globaux et productions locales ?

Isabelle Madeleine (UPC), Olivier Snanoudj (Warner), Ariane Toscan du Plantier (Gaumont), Ardavan Safaee (Pathé Films), Aurore Bergé (députée) et Dominique Delport (Arduina Partners), modérateur. ©Isabelle Nègre pour "Boxoffice Pro"

Le colloque organisé par Boxoffice Pro avec le soutien du CNC, à l’occasion de la sortie du livre de Julien Marcel, “Hollywood, année zéro”, a rassemblé un impressionnant panel ce 8 octobre à Paris. Dirigeants de filiales françaises de studios, exploitants et fournisseurs étaient réunis pour une réflexion commune sur les défis du secteur dans le monde d’après-COVID. Retour, en plusieurs chapitres, sur une journée unique. Partie 3 : les nouveaux équilibres entre blockbusters globaux et productions locales.

« Les films français qui se vendent à l’étranger sont réservés à une élite », disait Charles Pathé il y a plus de 100 ans, « et ça n’a pas beaucoup changé », constate Ardavan Safaee. Le président de Pathé Films estime qu’il faut davantage exploiter notre culture locale, notre patrimoine ou notre actualité dans notre cinéma, comme savent le faire les Américains. « Ne pas chercher à refaire un Batman, mais refaire un Astérix contribuera, aussi, à faire revenir les jeunes au cinéma. » C’est la stratégie de Pathé avec des productions comme Les Trois mousquetaires ou Eiffel, qui peuvent s’exporter à l’étranger – malgré des budgets très inférieurs à ceux des films américains – quand ils sont bien écrits. Pour Ardavan Safaee, le métier de scénariste doit être revalorisé dans notre pays et « si l’histoire nécessite des moyens, il faut s’associer pour la développer », ajoute Isabelle Madelaine, la présidente de l’UPC, qui rassemble plus de 240 producteurs. « Pour une production indépendante, au-delà de sept millions, on doit passer par un studio. Mais c’est possible sans, comme l’ont montré Titane ou L’Événement. » 

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Les studios, eux, doivent davantage cibler le public jeune, estime Olivier Snanoudj, SVP distribution France de Warner. « En France, notre système de financement a longtemps privilégié la diffusion télé au détriment de la salle. Or, nous avons aujourd’hui des stars qui plaisent aux jeunes, notre travail d’éditeur/distributeur est d’aller chercher ce public. »

Du côté de Gaumont, Ariane Toscan du Plantier se dit surprise de la longévité en salles d’Adieu les cons au-delà de la période de réouverture, auprès d’un public s’étant rajeuni. « C’est le film qui l’a fait tout seul, nous-mêmes n’aurions pas su le faire. » Mais au-delà des bons résultats des films nationaux (OSS, BAC Nord ou Boîte noire), la directrice de la distribution de Gaumont reconnaît qu’il n y a qu’un film événement par mercredi en ce moment. « Il faut donc retravailler la façon d’accompagner les films sur la durée, sans engager toute la promotion sur la sortie. »

La question est de savoir, parmi tous les nouveaux canaux de diffusion, ce que le public voudra voir au cinéma. Pour Olivier Snanoudj, il y aura désormais une production spécifique pour les plateformes et pour la salle, qui reste “l’écrin doré”. « Je suis convaincu qu’il y aura toujours des films d’auteur, y compris chez les studios, mais qui se poseront désormais encore plus la question de leur potentiel. » Une vision partagée par Ariane Toscan du Plantier, qui pense qu’une complémentarité va se mettre en place, « si nous prenons nos responsabilités de financiers » entre salle et VOD. Et si elle croit en la possibilité de produire des blockbusters nationaux, elle déplore qu’en France, « la reconnaissance passe par le travail d’auteur, mais pas quand on fait un film populaire ». 

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Quant à l’arrivée des plateformes dans le financement du cinéma français, « c’est à la fois une opportunité et un miroir aux alouettes », pour Isabelle Madelaine de l’UPC. Leurs obligations issues du décret SMAD étant évaluées à 70 millions, « cela compensera juste l’apport des télés publiques », précise la députée Aurore Bergé. « Dans la loi, nous essayons de fixer des lignes rouges : pas de confusion entre production pour le cinéma et l’audiovisuel, ni entre producteur délégué et exécutif. Si les obligations des plateformes se limitent à l’achat de catalogue et production en interne, tout tombe. » Ardavan Safaee pointe aussi le risque de déséquilibre dans notre système de financement, qui permet le renouvellement des talents, notamment grâce au rôle de Canal+, « acteur incontournable dont la place doit être préservée ».Reste que les plateformes sont un outil extraordinaire pour la diffusion des films à l’international. « Le Chant du loup, acheté par Netflix, n’aurait jamais fait autant de vues dans le monde », souligne le président de Pathé Films. Idem pour Bronx, que Gaumont a choisi, pendant la pandémie, de céder au géant du streaming, pour « une caisse de résonance dans le monde que nous n’aurions pas imaginé ».

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