Berlin 2021 : retour de marché

© Berlinale Press Office

[mis à jour] L’Ours d’Or a trouvé preneur et sortira en France ! Retour sur les films acquis par des distributeurs français à Berlin et que l’on devrait retrouver dans les prochains mois en salles.

C’est la structure de Mathieu Berthon, Météore Films, qui a acquis les droits de distribution France de l’Ours d’Or, Bad Luck Banging or Loony Porn du Roumain Radu Jude. « Un film aussi bien élaboré que sauvage, intelligent et enfantin, géométrique, vibrant et imprécis, qui attaque le spectateur et ne laisse personne indifférent… » selon Nadav Lapid, réalisateur et membre du jury de cette Berlinale. Tourné pendant la pandémie avec des acteurs (plus ou moins) masqués, cette satire met en scène une enseignante dont une vidéo porno se retrouve sur le net… non sans conséquences. Météore a déjà sorti un film de Radu Jude en 2019, Peu m’importe si l’Histoire nous considère comme des barbares, et s’est dit « très heureux de prolonger l’aventure à ses côtés ». Le réalisateur avait reçu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur en 2015 pour Aferim !, à l’époque distribué par Eurozoom. 

La société d’Amel Lacombre ne repart pas pour autant bredouille, Eurozoom ayant acheté de son côté le premier film réalisé par l’acteur Daniel Brühl, Next Door, qui était en compétition officielle. Une comédie sur les inégalités sociales et la gentrification à Berlin, où Brühl interprète lui-même, avec beaucoup d’auto-dérision, le rôle d’un acteur nommé… Daniel.

Haut et Court distribuera I’m Your Man (critique), de la comédienne Maria Schrader – déjà réalisatrice de la série Netflix Unorthodox –, pour lequel Maren Eggert a reçu l’Ours d’argent du Meilleur premier rôle, prix non genré cette année. Le film, tourné à Berlin pendant la pandémie, met en scène une scientifique qui, dans un futur proche, se voit attribuer un robot comme partenaire et dont la vie amoureuse est désormais pilotée par un algorithme.

Ces annonces interviennent plusieurs jours après la divulgation du palmarès de la Berlinale le 5 mars et la clôture de l’European Film Market, dont la version digitale n’empêchera pas les professionnels de se retrouver (si tout va bien) en juin, aux côtés du public, lors de la Berlinale Summer Special, la partie physique du Festival. Malgré la barrière de l’écran, le marché a été très actif cette année, et la plupart des films récompensés ont touvé des distributeurs français.

Diaphana s’est ainsi emparé des droits de distribution France de The Wheel of Fortune and Fantasy (Guzen to Sozo) de Ryusuke Hamaguchi (critique), qui a reçu le Grand prix du jury vendredi. Le nouveau film du réalisateur de Senses et Asako I & II raconte, en trois mouvements, un triangle amoureux inattendu, une tentative de séduction qui tourne mal et une rencontre née d’un malentendu. La trajectoire de trois femmes qui vont devoir faire un choix… Le film sortira en salles courant 2021.

The Wheel of Fortune and Fantasy de Ryusuke Hamaguchi © 2021 Neopa/Fictive

Nour Films distribuera de son côté Natural Light de Dénes Nagy, Ours d’argent de la meilleure réalisation, prévu sur les écrans français pour le second semestre 2021. Pour son premier long, le cinéaste hongrois se plonge dans l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés de soldats hongrois engagés aux côtés des nazis pour combattre l’Union soviétique et chargés de débusquer des partisans ennemis et contrôler les villages ruraux. Inspiré du roman éponyme, le film interroge, selon le jury, « la nécessité de choisir entre la passivité et la prise de responsabilité individuelle ».

Après s’être déjà positionné sur La Femme qui s’est enfuie, prix de la réalisation à la Berlinale l’an passé, Capricci récidive en récupérant les droits France du nouveau film de Hong Sangsoo, Introduction (critique). Cette chronique du prolifique cinéaste sud-coréen suit le jeune Youngho dans une succession de saynètes : une rencontre avec son père, un voyage à Berlin, la fin de son premier amour et les conseils d’un acteur célèbre… bref l’introduction du garçon à la vie. Qui a permis au réalisateur de décrocher l’Ours d’argent du scénario.

Également en compétition, Ballad of a White Cow (Ghasideyeh gave sefid), des réalisateurs iraniens Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha, a été acquis par KMBO pour la France. La co-réalisatrice s’inspire ici de la vie de sa mère, et interprète elle-même le rôle de la veuve d’un meurtrier condamné à mort. Le film suit son combat pour l’ indépendance dans le Téhéran d’aujourd’hui, pointant toute l’iniquité d’un régime. Les ventes internationales sont pilotées par le Français Totem, qui a vendu les droits dans une quinzaine de territoires dont le Brésil, la Chine, le Japon et plusieurs pays d’Europe. 

Ballad of a White Cow de Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha © Amin Jafari

Parmi les autres acquisitions, réalisées pendant l’European Film Market, Epicentre s’est emparé des droits France de Luzzu d’Alex Camilleri auprès de Memento Films International. L’histoire d’un homme contraint d’intégrer l’industrie de la pêche au marché noir de Malte pour aider sa famille dans le besoin. Optimale a acquis Boy Meets Boy, de Daniel Sánchez López, sur la rencontre éphémère entre deux ados, aux vies et valeurs contrastées, dans une boîte de nuit berlinoise.

Ces acquisitions s’ajoutent aux autres films de la compétition qui bénéficieront d’une sortie salle en France. Outre les titres tricolores Petite maman de Céline Sciamma (critique) chez Pyramide, et Albatros de Xavier Beauvois (critique) chez Pathé, Fabian de Dominik Graf sera distribué par Les Films du Losange tandis que Memory Box de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sortira sous bannière Haut et Court.