À l’occasion d’une table ronde à l’Assemblée nationale, le CNC a présenté ce 9 juin une étude sur la rentabilité d’une œuvre française tout au long de sa vie.
Parmi les nombreuses critiques adressées au cinéma français et au CNC, celle de la rentabilité des films d’initiative française (FIF) revient régulièrement. C’est donc dans un souci de clarification que le Centre a réalisé une étude sur le modèle économique de 1 823 FIF sortis entre 2012 et 2021, afin d’avoir au moins trois ans de recul sur les recettes de tous modes d’exploitation – salles françaises, vidéo physique, VàD, VàDA, salles internationales et télévision. Pour ce dossier « inédit par son ampleur et son exhaustivité », le CNC a fait appel à un comité d’experts composé de 13 professionnels représentant tous les acteurs de la filière.
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Le point de vue des producteurs
Une grande circulation des œuvres
Un des premiers constats est la vaste exposition de la production française sur les différents modes d’exploitation : 1 277 films (70 %) sont exploités sur au moins cinq des six fenêtres, et 704 (39 %) le sont sur l’intégralité de la chaîne de l’exploitation. Seules 45 œuvres (2 %) sont, en revanche, exploitées uniquement dans les cinémas. Ainsi, entre 2012 et 2024, les FIF ont généré 7,9 milliards d’euros (Md€) de recettes. Les cinémas français occupent une place prépondérante (3,86 Md€, 49 %) mais pas hégémonique : les salles internationales apportent 2,8 Md€ soit 36 % des recettes, les achats TV (hors préachats) en représentent 445 M€ soit 5 %, tandis que la vidéo* – qui inclut le marché physique, VàD et VàDA – en représente 773 M€ soit 10 %.
En se concentrant sur les films sortis entre 2012 et 2014 – soit un échantillon de 557 titres –, il apparaît par ailleurs que, même si 90 % des recettes sont générées sur les deux premières années, neuf titres sur dix continuent de générer des revenus une décennie après leur sortie salles. La durée de vie d’une œuvre est donc étendue, et 17 % des titres enregistrent plus de 30 % de leurs recettes totales après leur deuxième année.
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Une rentabilité globale assurée
Pour calculer le solde des FIF, il faut préalablement déterminer la part à risque de la production, c’est-à-dire ce que les producteurs/investisseurs prennent à leur charge à l’issue de la fabrication du film. Pour ce faire, il faut déduire du coût de production (7,76 Md€ au total) les aides à la production, le crédit d’impôt ou encore les préachats des diffuseurs, mais aussi le MG des distributeurs, correspondant à une avance que ces derniers récupéreront sur les recettes futures de l’œuvre. In fine, la part à risque s’établit à un peu plus de 1 Md€. En soustrayant à ce montant les soldes intermédiaires issus des exploitations successives, le CNC évalue le solde net de production. Ce dernier s’élève à 289 M€ à fin 2024, soit une moyenne de 158 000 € par film, une somme destinée à être répartie entre les différents acteurs concernés.
Ainsi, sur les plus de 1 800 titres étudiés, 672 (37 %) dégagent un solde final positif pour les producteurs après une exploitation complète. Dans le détail, 369 atteignent ce seuil après l’exploitation en salles, auxquels s’ajoutent 68 avec la vidéo, puis 114 avec l’international et 121 avec la télévision. Il apparaît en outre que, plus un film coûte cher, plus sa probabilité de dégager un solde positif augmente : la part de rentabilité croît avec le coût de production, passant de 17,9 % des films de moins de 1 M€ jusqu’à 50 % des films de plus de 15 M€. Cela illustre d’un côté le caractère prototypal de la filière, dont un grand nombre de films cherche à renouveler les talents, les récits et les formes plutôt qu’à être rentable, et de l’autre les risques que représente chaque investissement. « Le cinéma est une industrie mais aussi un art, et donc un secteur éminemment risqué, où l’intervention de l’État est nécessaire pour engager la prise de risques », souligne ainsi Gaëtan Bruel lors de la présentation de l’étude à l’Assemblée nationale. Enfin, la probabilité d’atteindre un solde positif est fortement déterminée par le volume d’entrées enregistré en France : si 13,4 % des films ayant attiré moins de 20 000 spectateurs s’avèrent rentables, la part dépasse les 80 % pour les films à plus de 1 million d’entrées.
Point de vue des distributeurs à paraître prochainement
* Le marché physique a pour rappel connu une chute significative au cours des dernières années, passant de plus de 1 Md€ de recettes en 2012 à 153 M€ en 2025. Cette baisse a toutefois été compensée par la croissance de la vidéo à la demande, dont les revenus sont passés de 252 M€ en 2012 à 2,7 Md€ en 2025.


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