Vincent Florant : « La blockchain permettrait une remontée des recettes exhaustive en temps réel, vérifiable et infalsifiable »

Vincent Florant. ©Tanguy Colon

INTERVIEW – Qu’est-ce que la blockchain ? Quels impacts pour le cinéma et l’audiovisuel ? Quels sont les projets initiés et ceux qui vont prochainement être lancés ? Alors que cette technologie prend de plus en plus d’ampleur, Boxoffice fait le point avec Vincent Florant, directeur du numérique au CNC.

Quelle est votre définition de la blockchain ?
Pour le CNC, la blockchain s’apparente à un registre décentralisé. Contrairement à une base de données centralisée, donc opérée en un seul point, ce registre distribue l’information sur plusieurs nœuds qui doivent la vérifier. Cela apporte de la confiance commune et de la transparence car chaque intervenant valide l’information qui rentre dans le registre.

À quel moment et pourquoi le CNC s’est-il intéressé à cette technologie ?
Dans le cadre du rapport de Dominique Boutonnat sur le financement privé de la production et de la distribution, celui-ci a souhaité mettre en place un groupe de travail dédié sur le sujet de la blockchain, auquel j’ai eu le plaisir de participer. Il avait identifié cette technologie comme pouvant être un élément technologique majeur au service de la confiance et de la transparence dans le secteur, favorisant in fine le financement des œuvres. Par ailleurs, la direction du numérique du CNC porte les soutiens à l’innovation, notamment via le RIAM (Réseau Recherche et Innovation en Audiovisuel et Multimédia, opéré avec BPI France), et nous avons pu accompagner des projets blockchain venus solliciter cette aide pour leur développement. Nous voulons lancer le mouvement, être à la pointe de l’innovation.

Quels sont les projets du Centre en lien avec la blockchain ?
Le CNC tient les registres du cinéma et de l’audiovisuel (RCA) vieux de 75 ans. Ils recensent environ 700 000 actes : tous les films qui sortent en salles et certaines productions audiovisuelles y sont immatriculés et l’ensemble des contrats qui font référence à ces œuvres y sont déposés. Le CNC agit ainsi via les RCA comme un « notaire du cinéma et de l’audiovisuel ». Les RCA sont un outil plébiscité par la filière, véritable trésor de données, mais qui doit être modernisé, notamment pour réduire les délais d’enregistrement aux registres qui sont jugés trop longs par les professionnels. Une dématérialisation complète est en cours et le premier lot sera mis en ligne au premier semestre 2020.

Pour aller plus loin, nous menons en parallèle une étude de faisabilité sur l’ajout d’une blockchain privée, qui viendrait renforcer les RCA et dans laquelle seraient copiées non pas les contrats eux-mêmes, mais les preuves de chaque étape du processus d’enregistrement : date du dépôt, empreinte unique du contrat, dates des traitements par le CNC, preuve de facturation, publication du contrat traité par le Centre…. Cela apporterait plus de sécurité et de transparence sur les contrats déposés au RCA et permettrait donc plus de confiance pour investir dans un film ou une entreprise. 

Sur quel autre axe la blockchain pourrait avoir un intérêt ?Actuellement, exploitants et distributeurs utilisent l’application Cinedi pour les déclarations d’entrées et recettes. Nous nous interrogeons sur le fait d’y adjoindre là aussi une blockchain privée pour augmenter la quantité de données et le nombre de maillons de la chaîne de valeur pouvant y accéder. Cela permettrait une remontée de recettes en temps réel, exhaustive, vérifiable par toutes les parties concernées et, encore une fois, infalsifiable. Cela pourrait se faire sans impact majeur sur le système de caisse qui n’a absolument pas besoin d’utiliser les technologies de la blockchain. 

Une blockchain spécifique à chaque branche de l’exploitation est-elle envisageable ?
L’attraction de nouveaux investisseurs impactera en premier lieu la production et la distribution en amenant de nouveaux projets, puis in fine la fréquentation dans les salles grâce à ces films mieux accompagnés et financés. La blockchain impacterait donc de manière globale et positive le cinéma et l’audiovisuel, sans qu’il n’y ait besoin de version spécifique pour la petite, la moyenne et la grande exploitation.

L’intégralité de l’interview est à retrouver dans le Boxoffice Pro n°374 du 11 septembre.

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