Sommet Lumière : toute la lumière sur l’IRIS

Parmi les engagements phares du Sommet, celui de protéger le cinéma indépendant prend la forme d’une organisation internationale portée par la France, la République de Corée et le Maroc, soutenue par un conseil de plus de quarante grands cinéastes, et qui ambitionne de lever 30 millions d’euros sur trois ans pour agir dès 2027.

“Resilience Initiative for Independent Screens” (IRIS) est la première organisation internationale dédiée à la sauvegarde des cinémas art et essai et des cinémas indépendants, pour renforcer la circulation de la diversité, « en particulier dans les régions où les acteurs locaux sont isolés, vulnérables ou menacés », soulignent les organisateurs du Sommet. 

Car à l’inverse de la production cinématographique, qui peut, dans une certaine mesure, se relocaliser, « une salle de cinéma en danger, par définition, ne peut pas déménager », a rappelé le président du CNC lors de la présentation de l’initiative à Saint-Paul-de-Vence ce 7 septembre. En outre, l’exploitation comme la distribution indépendante reçoivent une aide bien moindre, au niveau national ou international, par rapport à la production. L’objectif de l’IRIS est donc de combler cette lacune, en mettant en place « le premier mécanisme international dédié à la [diffusion] du cinéma indépendant, en combinant des financements, du savoir-faire et un travail de sensibilisation ».

Quatre piliers pour un réseau de solidarité

Des outils concrets, l’échange d’expertises et des ressources financières dédiées lui permettront de bâtir « un réseau mondial pérenne de solidarité et de soutien en faveur des cinémas d’art et d’essai, des cinémas indépendants et des distributeurs », via quatre axes principaux :

1. Protéger. Intervenir rapidement lorsqu’un cinéma, un distributeur ou un réseau indépendant est menacé, grâce à des financements, un savoir-faire et un soutien international d’urgence.

2. Renforcer. Aider les organisations locales à élargir leur public, à former des professionnels et à ouvrir de nouvelles salles.

3. Mettre en relation. Réunir les acteurs confrontés aux mêmes difficultés à travers le monde.

4. Cultiver. Attirer les nouvelles générations au cinéma grâce à l’enseignement du cinéma.

Garants et financements

« Des ressources modestes orientées de manière pertinente peuvent faire la différence », estiment les organisateurs du Sommet, en donnant l’exemple de Metropolis, l’unique cinéma indépendant au Liban, qui a formé vingt exploitants en vue de la réouverture de salles de cinéma à travers le pays. Le hashtag #SaveTheCinema au Japon a été lancé par les réalisateurs et réalisatrices pour défendre les mini-cinémas indépendants du pays. Sur le modèle de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH), IRIS assurera le financement de ses actions via un socle public-privé diversifié, et un comité indépendant ainsi qu’un conseil international de réalisateurs et de réalisatrices comme garants de son indépendance.

L’IRIS a d’ailleurs d’ores et déjà reçu le soutien de plus de quarante cinéastes et artistes de premier plan issus de 31 pays, dont les œuvres ont collectivement reçu 14 Palmes d’or et 16 Oscars. Parmi ses membres figurent notamment Juliette Binoche, Jane Campion, Sofia Coppola, Costa-Gavras, Isabelle Huppert, Jim Jarmusch, Hirokazu Kore-eda, Nanni Moretti, Ruben Östlund, Jafar Panahi, Martin Scorsese, Tilda Swinton, Denis Villeneuve et Wim Wenders [retrouvez la liste complète des personnalités ayant rejoint le Conseil plus bas]. 

L’IRIS, qui compte la France, le Maroc et la République de Corée parmi ses fondateurs, ainsi que le Portugal et la Grèce comme partenaire, ambitionne ainsi de lever 30 millions d’euros, et d’engager 10 millions d’euros par an dès 2027 et au cours des trois prochaines années. La contribution de la France sera portée par le ministère de la Culture, avec le soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à hauteur de 1 million d’euros par an, « et nous contactons d’autres partenaires pour qu’ils fassent de même », précise Gaëtan Bruel. Parmi ceux-ci, le président du CNC peut compter sur les Amis du Festival de Cannes, fondation créée comme l’a rappelé Iris Knobloch, il y a quatre ans, « pour soutenir et financer des projets philanthropiques en accord avec la mission et les valeurs du Festival de Cannes ».

La gouvernance de l’IRIS doit être mise en place dès cet automne, et son premier événement international se tenir à New York, le 22 septembre 2026. « L’initiative sera pleinement opérationnelle en janvier 2027 », promettent les organisateurs du Sommet.

Les personnalités suivantes ont déjà rejoint le Conseil de l’IRIS (par ordre alphabétique) : Pedro Almodóvar (Espagne), Jacques Audiard (France), Lila Avilés (Mexique), Nabil Ayouch (Maroc), Sean Baker (États-Unis), Kaouther Ben Hania (Tunisie), Juliette Binoche (France), Jane Campion (Nouvelle-Zélande), Nuri Bilge Ceylan (Turquie), Sofia Coppola (États-Unis), Costa-Gavras (France et Grèce), Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique), Chucko et Arie Esiri (Nigeria), Miguel Gomes (Portugal), Hasan Hadi (Irak), Ryusuke Hamaguchi (Japon), Agnieszka Holland (Pologne), Isabelle Huppert (France), Jim Jarmusch (États-Unis), Payal Kapadia (Inde), Aki Kaurismäki (Finlande), Hirokazu Kore-eda (Japon), Vicky Krieps (Luxembourg), Richard Linklater (États-Unis), Kleber Mendonça Filho (Brésil), Nanni Moretti (Italie), Ruben Östlund (Suède), Jafar Panahi (Iran), Rithy Panh (Cambodge), Ira Sachs (États-Unis), Tarik Saleh (Égypte et Suède), Martin Scorsese (États-Unis), Albert Serra (Espagne), Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Tilda Swinton (Royaume-Uni), Denis Villeneuve (Canada), Thomas Vinterberg (Danemark), Wim Wenders (Allemagne), Rebecca Zlotowski (France), Jia Zhangke (Chine) et Andreï Zviaguintsev (Russie).

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