Quand le virtuel offre un soutien bien réel aux salles

Détail de l'affiche "Affiche ton soutien", Cinémas Star de Strasbourg

Dans sa première partie présentée ce mardi matin, le Laboratoire des initiatives du Sommet des Arcs en ligne, en partenariat avec le SCARE, a mis en valeur deux démarches pour « avoir un peu de la salle de cinéma chez soi », tout en préservant le statut de cette dernière comme temple privilégié du 7e art. 

Un pas dans l’univers de la réalité virtuelle

Élaboré par le studio Simone. spécialisé en VR, le projet lauréat du Hackathon du Sommet de l’année précédente a eu l’occasion en 2020 de passer à une expérimentation active avec les cinémas Star de Strasbourg. « Dès la fermeture de nos salles, nous sommes partis à la recherche d’idées pour entretenir notre relation avec nos spectateurs. Cette proposition clé-en-main a immédiatement fait sens », relate Flore Tournois, directrice d’exploitation du cinéma. Dès le 14 juillet 2020, l’opération « Affiche ton soutien ! » lancé sur la plateforme de financement participatif Ulule avait permis à 316 contributeurs de faire l’acquisition de 400 affiches conçues par une artiste locale, sans compter celles vendues directement en caisse jusqu’à la fermeture. « Maintenant, à partir de toutes ces affiches, les cinémas Star sont directement chez les gens. » Car loin d’être de simples éléments de décoration, ces affiches offrent une porte d’entrée vers la réalité augmentée pour véhiculer des informations sur le cinéma. Avant la refermeture, les cinémas Star avaient prévu d’annoncer cinq nouveaux événements par mois via réalité augmentée. 

Une des deux affiches collector de soutien, 40x60cm, conçues pour les Cinémas Star composée par Nadia Diz Grana, et qui s’animent sur smartphone en réalité augmentée. Prix de vente : 20€.

« Nous travaillons avec les filtres Instagram et Facebook. Il suffit d’ouvrir le filtre et de détecter l’affiche pour révéler les textes associés », détaille Corentin Bourret de Studio Simone. Le procédé peut être mis en place sur n’importe quelle taille de visuel, de l’affiche grand format à la carte de fidélité, à laquelle les cinémas Star souhaitent dans un second temps associer un filtre d’actualités.

Et pour les réticents aux réseaux sociaux ? Flore Tournois ne s’inquiète pas : ses équipes seront toujours là pour guider les spectateurs à la caisse dans l’installation d’une application dédiée à la réalité augmentée. L’Agence Simone travaille actuellement aux différents types de filtres utilisables, comme ceux permettant de visualiser des éléments en trois dimensions, avec des tarifs variables en fonction du type de la prestation. 

Les e-séances, co créatrices de valeur 

Les séances virtuelles, géolocalisées et à horaires fixes, de La Vingt-Cinquième Heure, lancées dès le début du premier confinement, ont suscité beaucoup de réactions mais aussi beaucoup d’adhésions. Notamment celle de Gautier Labrusse, responsable du Lux de Caen : « Nous avions déjà été pionniers à l’époque avec la mise en place d’un vidéoclub. La cinéphilie ne se construit pas que dans les salles, mais aussi avec la télévision, la vidéo internet… Sans se substituer à la salle, les e-séances font avancer la réflexion sur ce que peut être la réalité des cinémas de demain. À nous de voir comment nous pouvons utiliser cet outil supplémentaire pour mener nos missions. » Malgré la refermeture, les e-séances permettent donc au Lux de Caen de continuer, entre autres, son partenariat avec l’Université Inter-Âges de Normandie, le prochain rendez-vous autour du Narcisse noir suivi d’une conférence sur le cinéma britannique. Le cinéma, actuellement en cours de recrutement de ses nouveaux « Jeunes ambassadeurs de la culture », mettra aussi la plateforme à contribution pour avancer sur la question du renouvellement des publics.

Entre temps, la Vingt-Cinquième Heure a poursuivi son développement, s’ouvrant à l’international et multipliant les possibilités de mise en relation des publics. « Aujourd’hui, nous pouvons connecter en duplex différents lieux de diffusion, séances physiques et séances virtuelles, et permettre des moments d’échanges qui font vivre la culture dans un moment difficile pour elle », souligne le fondateur Pierre-Emmanuel Legoff. Pour rappel, la plateforme fonctionne selon un partage classique de recettes entre exploitants et distributeurs pour les séances « commerciales », ou effectue une location de e-séance avec jauge et géolocalisation spécifiques et location de copie auprès du distributeur pour les séances gratuites. De nombreuses voies restent encore à défricher en matière de partage d’événements. « Un organisateur de séance spéciale a la possibilité de récupérer 10 % des recettes pour couvrir ses dépenses, cela ouvre tout un champ de possibilités d’animations, comme celle de faire venir des réalisateurs de l’étranger, chaque cinéma devenant solidaire de l’autre. Et au vu du succès des séances événementielles en cette période, nous savons qu’elles seront un moteur très important de la réouverture. » 

Le soir du 18 novembre, la Nuit européenne du cinéma d’Europa Cinemas a rassemblé 1 200 spectateurs (544 connexions) autour de la séance-débat d’Eva en Août (Arizona Distribution) sur La Vingt-Cinquième Heure, diffusée en simultané dans les salles virtuelles des cinémas Arvor de Rennes, Lux de Caen, Le Méliès de Montreuil et Quai10 de Charleroi en Belgique.

Et au-delà, reste l’enjeu majeur de la reconquête des publics. « Comme pour le streaming classique, on remarque que les gros consommateurs de séances virtuelles sont les premiers à retourner dans leurs salles »,  la salle virtuelle devenant le moyen de voir plus de films et de booster les entrées de la salle. Sans oublier «  les personnes très âgées (qui se sont habituées elles aussi aux outils numériques), les jeunes parents, ceux à l’hôpital, en prison… Soit des millions de personnes qui ne peuvent pas aller dans les salles mais qui ne doivent pas pour autant perdre le lien avec leurs cinémas. » 

La seconde partie du Laboratoire des initiatives du Sommet des Arcs sera présentée mardi 1er décembre à 15h.

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