Coronavirus : Vers des séances de cinéma virtuelles ?

Les Grands Voisins, la cité rêvée de Bastien Simon, en e-séances de cinéma à partir du 1er avril 2020

Malgré le contexte de fermeture des salles, La Vingt-Cinquième Heure maintient la sortie du documentaire Les Grands Voisins, la cité rêvée de  Bastien Simon, à travers un dispositif de séances virtuelles, accessibles aux spectateurs géolocalisés autour des cinémas qui s’étaient engagés à le programmer. Le tout, avec un partage recettes classiques entre le distributeur et les exploitants.

[Mise à jour du 24 mars 2020] L’avant-première virtuelle du film, organisée 23 mars à en collaboration avec Le Luminor Hôtel de Ville, a attiré plus de 1 000 spectateurs. Cette première séance de cinéma géolocalisée de France bénéficiait d’un géoblocage d’accès limité à un périmètre de 5 kms autour du cinéma parisien. Elle s’est poursuivie par une heure d’échange entre le réalisateur Bastien Simon et le public via le dispositif de live-chat vidéo intégré. L’impact carbone de cette séance, évaluée à 480 kilos équivalent Co2, sera intégralement compensée par la plateforme.

Confortée par ce succès, La Vingt-Cinquième Heure confirme le maintien des Grands Voisins, la cité rêvée le 1er avril 2020 en e-cinéma géolocalisé et annonce avoir conclu des accords avec d’autres distributeurs pour sorties de films en avril dans sa salle de cinéma virtuelle.


« La sortie initiale et “classique” était prévue le 1er avril, sur 30 à 50 copies, et avec beaucoup de projections-rencontres vu le sujet de ce film ouvert à débats sur les questions de transition écologique, de l’accueil des migrants, des nouvelles formes de démocratie… », relate Pierre-Emmanuel Le Goff, gérant fondateur de La Vingt-Cinquième Heure Distribution*.

À l’arrivée des premiers cas de coronavirus, la structure prend contact avec son syndicat, le SDI, et le CNC. « Tout le monde était très surpris que l’on s’interroge sur ce que l’on allait faire en cas de limitation des jauges ou fermeture des salles », se souvient le responsable. De fait, sa structure travaillait depuis quelques mois sur une nouvelle version de sa plateforme VOD, notamment pour y intégrer la possibilité de visio-conférences avec les équipes ainsi qu’un dispositif de la compensation carbone. 

Alors, face à la crise du coronavirus et le confinement, pourquoi pas faire une proposition d’e-séances en collaboration avec les salles ?

Une vraie logique de séances 

Aujourd’hui, La Vingt-Cinquième Heure propose donc des séances en ligne qui se veulent le plus proches possible d’une séance en salle. Elles sont en premier lieu géolocalisées : les spectateurs-internautes y ont accès s’ils se trouvent dans le périmètre du cinéma qui programme le film – le périmètre étant variable en fonction de la densité des cinémas sur le territoire. Elles offrent aussi la possibilité de rencontres en ligne, avec les équipes comme entre spectateurs. Mais surtout, comme une vraie séance de cinéma, elles sont à horaires fixes et limitées en nombre par semaine. « Nous ne sommes pas ici dans une logique de VOD où le spectateur décide de sa séance, mais de cinéma, où le travail de programmation est fait par l’exploitant », précise Pierre-Emmanuel Le Goff. L’initiative est par ailleurs inscrite dans une logique de partage de recettes entre les distributeurs et exploitants : « C’est normal, puisque ce sont ces derniers qui vont chercher les spectateurs via la promotion et les réseaux sociaux de leurs cinémas ». Enfin, lucide sur l’impact écologique de la vidéo en ligne, la Vingt-Cinquième heure a prévu une compensation carbone de l’usage de sa plateforme. 

Les exploitants vont-ils suivre ? 

« Sur le principe, la plupart de ceux contactés étaient d’accord pour se servir du dispositif pour compenser la perte de fauteuils en cas de limitation des jauges. Mais ils préféraient éviter d’envisager la fermeture totale », confie Pierre-Emmanuel Le Goff. « Aujourd’hui, si on veut voir la vérité en face, les e-séances sont la seule source de revenus possible dans les semaines, voire les mois qui viennent. » Et si le distributeur insiste sur le business model de partage des recettes qui reste identique, il souligne la portée militante de la démarche : « Il faut permettre à l’art de continuer à circuler, d’être partagé, que chacun puisse continuer à débattre. Notre système permet de préserver un tissu social dans les semaines difficiles que l’on va vivre. »

Une solution « nécessaire, mais pas que transitoire »

Au-delà de la situation de crise, l’expérimentation peut aussi permettre, selon le distributeur, de régler à terme les problématiques de l’accès des films, notamment art et essai, aux écrans. « Même si la situation est critique, elle peut peut-être nous permettre de mettre en place un équilibre différent et de préserver l’écosystème tout en essayant de l’améliorer. »

Aujourd’hui, La Vingt-Cinquième Heure prévoit de basculer les préventes de son avant-première du 23 mars au Luminor de Paris sur une e-séance de cinéma avec rencontre équipe. D’autres avant-premières en ligne suivront, jusqu’à la sortie e-cinema nationale du 1er avril. Une montée en charge progressive, « pour ne pas faire planter les serveurs » et permettre à la structure d’anticiper et de paramétrer la capacité de trafic de sa plateforme, avant de l’ouvrir aussi aux films des autres distributeurs. « Qu’ils n’hésitent pas à nous solliciter dès aujourd’hui pour voir comment nous pouvons les aider et adapter leurs sorties. »

Et après l’union sacrée ?

Mais cette solution de crise ne banaliserait-elle pas l’exploitation simultanée des fenêtres salles et VOD, pour remettre en cause l’exclusivité du grand écran à la première occasion ? « L’idée à terme est de permettre aux exploitants d’organiser des séances e-cinema 2 à 3 mois avant la mise en ligne de la VOD, pas de faire des exploitants des plateformes VOD ! », se défend Pierre-Emmanuel Le Goff, qui pointe « les risques d’une concurrence entre les milliers d’exploitants français, d’une guerre des prix, d’un marché complètement dérégulé…. Nous sommes dans la volonté de rester au plus proche du modèle actuel. »

À la guerre comme à la guerre… mais quid de la chronologie des médias ?

« Il y a certes un risque juridique, mais il est extrêmement limité », estime le gérant de La Vingt-Cinquième Heure Distribution. « Je vois mal les instances nous reprocher, dans ce contexte historique dont on ne connaît pas la durée, de ne pas avoir effectué une sortie salle. Nous tendons la main aux exploitants pour continuer à faire vivre leurs structures. Il faut rapidement se mettre autour d’une table avec les différents syndicats, la FNCF et le CNC, qui ne pourra pas mettre toutes les salles et tous les distributeurs sous perfusion. Si le Centre ne réagit pas favorablement à ce type d’alternative de permettre à l’écosystème de se métamorphoser, pendant une période de quelques semaines ou mois, il n’est pas dans son rôle. Bien entendu, nous gardons à l’esprit que la période est tragique et tenons, quand les salles rouvriront, à ce que le film réintègre les salles !  »

*et associé de Guilhem Olive sur La Vingt-Cinquième Heure Distribution

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