Licorice Pizza, le phénomène 70 mm qui enflamme L’Arlequin

©Tanguy Colon pour Boxoffice Pro.

La salle parisienne du Quartier latin projette depuis le 6 janvier le nouveau film de Paul Thomas Anderson en argentique, suscitant un véritable engouement avec déjà plus de 3 500 entrées.

En parcourant la rue de Rennes, dans le 6e arrondissement parisien, difficile de manquer les gros néons bleus qui forment l’enseigne de L’Arlequin. Dessous, écrit en lettres rouges, la mention « projeté en 70 mm » barre le bas de l’affiche de Licorice Pizza. Depuis le 6 janvier, la nouvelle réalisation de l’Américain Paul Thomas Anderson crée l’événement : « On fait en moyenne 500 entrées par jour et 800 le week-end », savoure Eric Jolivalt, programmateur du réseau Dulac Cinémas. 3 503 cinéphiles se sont ainsi pressés en six jours dans la grande salle de 400 places de L’Arlequin pour découvrir le film en argentique (3 741 entrées en comptant les séances en numérique). Hier, Universal, distributeur du film, a annoncé un joli total de 116 871 spectateurs en première semaine. 3 % de ce cumul ont donc été réalisés dans le seul cinéma parisien. « Cela faisait plus de cinq ans que nous n’avions pas connu de tels chiffres pour un titre en six jours. »

Une performance d’autant plus remarquable que Licorice Pizza joue dans trois autres salles du Quartier latin. « On pouvait craindre qu’une des copies passe inaperçue, mais les quatre sites fonctionnent très bien et le 70 mm attire des cinéphiles d’autres quartiers de la Capitale », analyse Céline Demoulin, directrice des ventes d’Universal. C’est d’ailleurs le studio qui prend en charge le coût de la copie. « La part distributeur sur les recettes est forcément réduite du fait de ces frais, mais le pari est pour l’instant gagnant. Pendant cette période, nous devons prendre des risques pour apporter des propositions fortes, et la salle doit œuvrer à la bonne mise en avant du film. Dans ces cas-là, le public répond présent. » Pour Eric Jolivalt, outre l’impossibilité « de reproduire une séance en 70 mm chez soi », cet engouement « donne du baume au cœur et rassure sur l’appétence du public. C’est aussi pour ça qu’on fait ce métier ».

©Tanguy Colon pour Boxoffice Pro.

C’est lui qui est à l’origine de cet événement. La date de Licorice Pizza connue, il se pose rapidement la question de l’existence d’une copie 70 mm, dont il reçoit la confirmation mi-décembre : « C’est dans l’ADN de L’Arlequin, seule salle parisienne avec la Cinémathèque à être équipée en 70 mm et il y a un historique avec le réalisateur : nous avions projeté The Master et Inherent Vice dans ce format. » Chez Universal, Céline Demoulin indique que le studio « prend toujours en compte l’envie du réalisateur », qui souhaitait ici proposer cette copie. « D’autant plus qu’à Paris, comme dans certaines grandes villes de France, l’appétence pour l’argentique reste forte. »  Le feu vert des États-Unis arrive tardivement et, le 31 décembre, la copie est dans l’avion pour une livraison le mardi 4 janvier au matin. 

« Mais sans raison, le colis est retenu à la douane, entraînant un retard de 24 heures. » Un couac d’autant plus malheureux qu’une projection en 70 mm impose une lourde logistique, étalée sur deux demi-journées. D’abord, une pour préparer le projecteur : L’Arlequin dispose d’un Kinoton DP75 qui projette en 35 mm, convertible en 70 en changeant l’optique et les galets du parcours de la pellicule. Ensuite, pour tester la copie, qui n’a pas de piste audio incorporée. « Sur un disque DTS, on installe un transformateur pour la bande son et on intègre un projecteur pour les sous-titres. Tout doit ensuite se synchroniser avec un time code qui apparaît sur la copie », explique Eric Jolivalt. « C’est lors du test que nous nous sommes aperçus que l’internégatif, la petite bande intercalée entre chaque image, d’ordinaire noire, était transparente, créant une petite lumière blanche en haut et en bas de l’image ! Il a fallu commander en urgence une fenêtre qu’on a retaillée au bon format. » 

©Eric Jolivalt (Dulac Cinémas) / Tanguy Colon (Boxoffice Pro)

Ce retard oblige L’Arlequin à attendre le jeudi 6 janvier pour proposer les premières séances en argentique. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’importance. « Cela n’avait pas été le cas pour Joker, que nous avions également en 70 mm. Mais depuis les confinements et l’essor des plateformes, l’événementiel au cinéma est plus nécessaire qu’avant et pousse le public à sortir pour vivre quelque chose d’unique. Les productions grand public comme Spider-Man ont cartonné sur les formats premium, et le 70 mm est un peu le pendant pour les cinéphiles », note le programmateur, qui indique s’être engagé sur une exploitation de Licorice Pizza sur deux à trois semaines. « L’argentique impose la grande salle de L’Arlequin, mais il faut aussi jongler avec notre programmation calée depuis plusieurs mois comme le festival Rome à Paris. On communique donc sur la typologie de la salle indépendante qui a besoin de vivre par ses événements et de faire cohabiter plusieurs cinéphilies. »

Si la sortie 70 mm est d’ores et déjà un succès pour le film de Paul Thomas Anderson, Universal va proposer, avec le Majestic Passy (16e) et le Grand Action (5e), une version en 35 mm de Licorice Pizza.

Les News