Le cinéma va reprendre vie à Cavaillon

©Le Paradiso

L’exploitant des historiques Fémina et La Cigale a reconstruit le cinéma voisin du centre-ville, Le Paradiso, abandonné depuis trente ans.

Le 19 mai prochain, jour de la réouverture des cinémas, il y aura six salles à Cavaillon (Vaucluse), avec un nouvel établissement qui porte bien son nom. « C’est dans ce lieu que j’ai débuté à l’âge de 15 ans », raconte Éric Tellène, qui a réhabilité le site abandonné et l’a rebaptisé Le Paradiso. Né dans la commune du Vaucluse, l’exploitant a grandi avec ces cinémas qui ont gardé leur fière allure de music-hall : Le Femina, baptisé en 1912 par Fréhel et qui compte aujourd’hui trois salles pour près de 400 places, et La Cigale, créé en 1925, où s’est produit tout le showbiz français des années 50 et 60, de Fernand Raynaud à Johnny en passant par Aznavour ou Brel. 

Longtemps tenue par la famille Vanadia, cette salle mythique de 360 fauteuils aujourd’hui, dotée d’un balcon et d’une scène, a eu des « petits frères » dans les années 70 : La Cigale 2 et 3, transformés en billard en 1989, puis complètement fermés en 2000. Ce sont ces lieux décrépis qui reprennent vie aujourd’hui. « J’avais un pincement au cœur chaque fois que je passais devant pour aller à La Cigale et je caressais le rêve de le réhabiliter un jour », raconte Éric Tellène, revenu il y a 25 ans dans sa ville pour reprendre du service aux côtés de Christian Vanadia. La fréquentation, de 200 000 entrées dans les années 80, était alors tombée à 46 000. Tout était à refaire.

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Quand l’exploitant local part en retraite en 2017, Éric Tellène reprend la gestion des deux cinémas historiques avec ses nouveaux associés, sa compagne et Patrick Gimenez. Mais avec une programmation très large de 30 films par semaine, le manque d’écrans se fait bientôt sentir. « Notre politique est d’accompagner les films le plus longtemps possible, pour certains pendant 4 ou 6 mois : les deux salles supplémentaires s’inscrivent vraiment dans cette volonté. »

Un nouveau cinéma, toujours en cœur de ville

Fin 2019, alors que les cinémas de Cavaillon ont rassemblé 135 000 spectateurs, Éric Tellène commence à négocier l’achat de l’ancienne bâtisse… sans imaginer une seconde ce qui va suivre. Mais il reste optimiste et c’est en pleine pandémie qu’il concrétise son projet. « Nous avons signé pour l’achat des murs le 23 mars 2020, soit une semaine après le premier confinement, et avons démarré les travaux mi-octobre, dans l’espoir d’ouvrir pour les vacances de février. Un pari sur l’avenir. » L’avantage de cette bâtisse existante était de pouvoir garder la structure générale de deux salles, qui a été entièrement désossée et dont l’espace a été réaménagé. Un chantier de 550 000 € soutenu par les aides du CNC et des collectivités.

Opérationnel depuis le 22 avril, Le Paradiso abrite une salle de 88 places et une de 80, qui permettra notamment les continuations. « Il est proche de La Cigale, donc ça sera facile à piloter », précise Éric Tellène qui vise un minimum de 160 000 entrées avec les trois sites, en espérant retrouver le niveau de 200 000 par an, dans la commune de 27 000 habitants. Les concurrents les plus proches sont les multiplexes d’Avignon et de Carpentras, « mais chacun a trouvé sa place », estime le Cavaillonais, qui se considère comme « un petit épicier de quartier. À ce titre j’aime faire goûter les films comme on fait goûter des fruits, les partager et en parler avec le public. Et c’est la diversité qui fait notre force ».

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