Une semaine après la publication d’un texte critique envers Vincent Bolloré, la chaîne cryptée a annoncé ne plus vouloir travailler avec les signataires – plus de 600 professionnels du cinéma –, un choix que « regrette » Gaëtan Bruel, président du CNC. Récapitulatif chronologique des derniers événements.
Si les films cannois brillent sur grand écran, en coulisses, financiers et artistes ont vécu une première semaine de Festival plus agitée. La raison ? La parution, le 11 mai dernier sur Libération, d’une tribune dans laquelle plus de 600 professionnels – producteurs, exploitants, distributeurs, techniciens, acteurs… – dénoncent « l’emprise grandissante » de Vincent Bolloré sur le secteur, s’opposant, entre autres, à la future prise de contrôle d’UGC en 2028. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif. » Conscients de dépendre, à des degrés divers, pour leurs projets comme leur salaire, « de l’argent de Vincent Bolloré », les signataires veulent « sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur. Construisons ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement, comme certain·es s’emploient déjà à le faire ».
Une « injustice » pour Canal+
Depuis cette tribune, la fronde « Zapper Bolloré » s’est notamment manifestée à Cannes par une grève des applaudissements à l’apparition à l’écran du logo Canal+, dont le milliardaire est actionnaire majoritaire. Le 17 mai, la chaîne cryptée est finalement sortie de son silence, par la voie de son directeur général. « J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix », a déclaré Maxime Saada, cité par Le Film français, lors d’un brunch avec des producteurs. « En conséquence, je ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune. Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “crypto-fasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux : la limite est là. »
Face à cette contre-attaque, le collectif « Zapper Bolloré » a dénoncé, dans un communiqué relayé par Libération, « des méthodes d’intimidation dignes de Vincent Bolloré », soulignant que la tribune « n’a jamais désigné que ce dernier, sans incriminer les équipes de Canal + ». Pour le collectif, « cette menace confirme cependant nos craintes : pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal + vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ? ».
Le CNC veut calmer le jeu
Interrogé ce matin sur France Inter sur cette situation, Gaëtan Bruel a estimé que « sur le plan de la liberté d’expression », la réaction de Maxime Saada « pose question, le droit à la critique faisant partie de ce principe fondamental ». Regrettant une décision qui « aggrave les clivages au lieu de rassembler », le président du CNC a toutefois « du mal à croire que ce soit autre chose qu’une réaction à chaud », assurant ne pas avoir « de doute sur l’intention de Canal », qui reste « le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français ». Concernant la teneur de la tribune, Gaëtan Bruel a indiqué « respecter la démarche » des signataires, « mais je ne me retrouve pas dans les faits qu’ils avancent ». Et d’alerter que, dans le contexte actuel, « on a le droit d’exprimer des inquiétudes sur l’avenir mais il faut rester précis sur les faits et faire attention aux prophéties autoréalisatrices ».


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