Alignement des planètes pour l’exploitation européenne ?

Laura Houlgatte à l'Australian International Movie Convention, octobre 2025 © DR

Pour le deuxième jour de CineEurope, la directrice générale de l’Union Internationale des Cinémas Laura Houlgatte revient sur un programme barcelonais particulièrement dense, tout en continuant de suivre les dossiers stratégiques de l’Union à Bruxelles. 

Du 22 au 25 juin, plus de 3 500 professionnels sont attendus à Barcelone pour la 35e édition de CineEurope. Un chiffre d’accrédités « en légère augmentation » par rapport à l’an dernier, alors que la fréquentation suit « une trajectoire positive assez unique » dans la quasi-totalité des 39 territoires de l’UNIC, « voire des augmentations à deux chiffres dans certains », observe Laura Houlgatte. Les territoires particulièrement performants de ce premier semestre sont l’Allemagne, la Bosnie, la Serbie, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Croatie, le Royaume-Uni et… la France. 

Parmi les nouveautés de cette édition 2026 figurent une toute première présentation d’Amazon MGM Studios ainsi que du studio d’animation Laika, tandis que Mubi fait son retour dans le grand auditorium, aux côtés des habitués que sont Sony, Universal, Disney, Paramount, Warner, Lionsgate, Angel Studios et l’européen Studiocanal. Fidèle aux traditions de CineEurope, le vaste programme de conférences permettra, aux côtés de l’incontournable salon expo, d’observer les meilleures pratiques à travers le monde, « notamment avec le CNC qui présentera son étude sur les grandes tendances et les défis de 14 pays ». 

La cérémonie d’ouverture mettra en avant la diversité des marchés européens, avec une séquence spéciale dédiée aux films locaux « qui ne voyageront pas forcément dans d’autres pays », mais qui ont marqué leur territoire en 2025, « comme en Pologne, en République tchèque ou encore au Danemark ». De fait, si dans l’ensemble les films américains représentent toujours près de 70 % du box-office européen, la part des productions nationales continue de progresser dans la plupart des territoires. « Et ce n’est pas seulement parce qu’il y a davantage de films produits, mais parce qu’ils rencontrent d’impressionnants succès commerciaux, comme en Allemagne où le premier film de 2025 aura été un western local ! »

Résilience et transition historique

Comme annoncé au printemps, CineEurope remettra cette année son prix d’International Exhibitor of the Year au circuit ukrainien Multiplex, distinguant, au-delà des seules performances économiques, « la résilience d’une entreprise qui, avec ses équipes, a su se pérenniser mais aussi s’agrandir dans des conditions de guerre » |voir p.8-9].

L’édition 2026 de CineEurope marquera également la fin de la présidence UNIC de Phil Clapp, salué par un Achievement Award. Laura Houlgatte rend déjà hommage à celui qui aura été à la tête de l’organisation pendant 13 années, et qui a accompagnée sa directrice générale depuis sa prise de fonction. « Il a cette immense intelligence de savoir exactement quand intervenir et quand rester en retrait », souligne-t-elle, évoquant également sa compréhension des dossiers, « qu’ils soient politiques ou liés à l’industrie », ainsi que « sa diplomatie » et son « charisme ». 

Vigilance maximale à Bruxelles

Au-delà de CineEurope, l’UNIC reste largement mobilisée sur les enjeux réglementaires européens. Premier dossier : la préparation du futur programme Creative Europe, appelé à devenir AgoraEU, où l’UNIC plaide « pour que les salles de cinéma restent au cœur du dispositif et que son budget demeure ambitieux ». L’organisation est également active en matière de lutte contre le piratage et d’utilisation des œuvres par les systèmes d’intelligence artificielle, participant en parallèle aux consultations ouvertes par la Commission européenne sur l’avenir du cadre réglementaire du copyright, « de manière à avoir une position commune avec nos partenaires ayants droit et nous assurer le respect et le soutien du droit d’auteur ». Par ailleurs, aux côtés de la défense du principe de territorialité des droits et de l’exclusion du géoblocage pour les services de médias audiovisuels, l’UNIC suit également avec attention la réévaluation de l’article 13 de la directive SMA (sur la contribution financière des plateformes), mais aussi de l’article 8 qui consacre le principe de la chronologie des médias. « Même si cet article n’a pas été remis en discussion, nous souhaitons nous assurer qu’il demeure inchangé dans la directive, afin de préserver les fenêtres d’exploitation telles qu’elles existent aujourd’hui en Europe. »

Enfin, l’organisation reste fortement mobilisée sur le projet de fusion entre Warner Bros. Discovery et Paramount, dont la notification a été déposée le 2 juin auprès de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne. Cette dernière a jusqu’au 7 juillet pour statuer : « Soit elle validera l’opération à l’issue de cette première étape, soit elle prolongera l’analyse de dix jours afin de permettre d’éventuels engagements ou remèdes de la part des parties, ou elle décidera d’ouvrir une enquête approfondie en phase 2. » 

En parallèle, l’Autorité britannique de la concurrence et des marchés a ouvert sa propre phase 1 d’investigation. Une procédure saluée par la directrice générale de l’UNIC, sachant que « la Competition and Market Authority, qui a jusqu’au 9 août pour rendre sa décision, n’avait pas l’obligation de s’intéresser à cette fusion-acquisition ». Autant d’enjeux qui, à Barcelone, resteront en toile de fond pour un secteur de l’exploitation qui voit enfin « à quoi peut ressembler une bonne année lorsque toutes les planètes s’alignent », résume Laura Houlgatte.

Article publié dans le Boxoffice Pro du 22 juin 2026

Laura Houlgatte à l'Australian International Movie Convention, octobre 2025 © DR

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