Dans une tribune publiée le 9 juillet dans Libération, le président LR de la région Hauts-de-France plaide pour une nouvelle décentralisation culturelle, la défense de l’audiovisuel public et des auteurs face aux bouleversements de l’IA, tout en dénonçant les attaques venues des extrêmes.
La 80e édition du Festival d’Avignon aura une nouvelle fois donné l’occasion à Xavier Bertrand de placer la culture au centre du débat public. Prenant appui sur la présence exceptionnelle des artistes de sa région à Avignon – de Rébecca Chaillon à Julien Gosselin en passant par le Collectif XY et Boris Charmatz –, il rappelle que « ces succès ne sont pas nés dans les couloirs des ministères ». Ils sont le fruit « d’années de travail patient, dans les scènes nationales comme dans les compagnies indépendantes, ces entreprises de création qui prennent chaque jour le risque de l’art ». Pour l’élu, « la culture française (…) naît bien souvent dans les territoires avant d’être reconnue sur les grandes scènes du monde ».
Mais cette dynamique est aujourd’hui menacée. « Jamais cette vitalité n’a été aussi fragile », estime-t-il, évoquant des financements en recul, des festivals qui « s’interrogent sur leur avenir », des scènes labellisées dont « le budget dédié à la programmation [diminue] dangereusement » et des compagnies contraintes de renoncer à créer.
Défendre l’audiovisuel public…
Dans sa tribune, Xavier Bertrand prend la défense de l’audiovisuel public « qu’une partie de l’extrême droite a entrepris de démonter », dénonçant le « procès sous couvert de bilan » que constituait la commission d’enquête conduite par le député Charles Alloncle. « On peut vouloir réformer l’audiovisuel public, estime l’élu, mais on n’a pas le droit de le laisser tomber, au moment même où la désinformation n’a jamais été aussi puissante ». De fait, l’affaiblissement de ce « premier partenaire de la création française et le premier investisseur de la fiction et du documentaire (…) reviendrait à renoncer à une part de notre souveraineté. Je refuse que la France devienne un pays qui consomme les récits des autres faute de pouvoir produire les siens. »
…et une approche non partisane de la culture
Au passage, Xavier Bertrand renvoie dos à dos l’extrême droite, qui « s’emploie à décider ce qui relève de la bonne ou de la mauvaise culture, (…) retire des financements, refuse des salles ou tente d’avoir son mot à dire sur la programmation », et Jean-Luc Mélenchon qui « fait de la culture un champ de bataille (…) [passant] son temps à diviser [le peuple] en communautés dressées les unes contre les autres. Et lui qui se présente en rempart contre l’extrême droite s’acharne sur les journalistes et sur la presse libre, sans laquelle aucune démocratie ne tient debout. »
Face aux tensions politiques qui minent le champ culturel, l’ancien ministre refuse donc une approche partisane de la création. « La culture n’appartient à aucun de ces camps. Elle appartient au peuple français tout entier », auquel il faut garantir l’accès aux œuvres « quel que soit leur âge et où qu’ils vivent ». Le président des Hauts-de-France propose ainsi « une deuxième décentralisation culturelle pour que les artistes créent, et que les œuvres circulent au plus près des habitants ». Cette ambition passe par une stratégie nationale pour la création, « comme nous en avons pour l’industrie ou la santé, placée sous l’autorité du Premier ministre et non du seul ministère de la Culture » et construite avec les collectivités autour « d’une trajectoire financière pluriannuelle, stable et lisible. La culture est une responsabilité partagée et elle doit être gouvernée comme telle ».
L’enjeu de l’IA au cœur de la souveraineté culturelle
Mais cette « république de la création » doit aussi répondre à un défi inédit : celui de préserver la souveraineté culturelle, alors que « l’intelligence artificielle bouleverse déjà les conditions de la création », entre services de streaming où « près de la moitié des nouveaux titres déposés chaque jour sont produits par des machines » et, du côté de l’information « déjà plus d’un millier de faux sites d’actualité entièrement produits par des robots, qui publient à la chaîne des textes que personne n’a écrits ni vérifiés. » Pour éviter « une culture sans auteurs et une information sans journalistes », Xavier Bertrand appelle à l’encadrement des modèles. « Aucune intelligence artificielle ne doit pouvoir s’entraîner sur une œuvre protégée sans l’autorisation de son créateur et sans une juste rémunération. »
Pour l’élu, qu’il s’agisse de « protéger nos créateurs, financer l’audiovisuel public et investir dans les territoires », le combat est le même : préserver l’indépendance culturelle du pays. « Une nation qui cesse de créer cesse peu à peu de croire en elle-même et, doucement, risque de se soumettre à l’imaginaire des autres. » Et si, dans cette lutte, Xavier Bertrand « ne demande pas aux artistes de partager les convictions des responsables publics », il leur propose une alliance plus exigeante : « faire en sorte que chaque Français, quel que soit son âge, son revenu ou son lieu de vie, puisse rencontrer le meilleur de la création. »


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