Alors que l’assemblée générale de l’AFCAE est en cours à Cannes, les exploitants Sylvie Buscail et Nicolas Milesi, responsables du groupe Inédits, et son coordinateur Arnaud Kerneur, rappellent le fonctionnement d’un groupe renouvelé, tant dans sa composition que son action.
Il y a deux ans, le groupe historique “Actions Promotion” de l’AFCAE a changé de nom pour devenir celui des “Inédits”. D’abord parce que l’action et la promotion concernent tout autant le travail des groupes “Répertoire”, “Jeune Public” et du “Comité 15-25” de l’association, mais surtout parce que « 100 % des films que l’on accompagne sont inédits, terme qui est celui employé par le CNC dans son aide à la distribution », souligne Nicolas Milesi, directeur d’exploitation du cinéma Jean-Eustache à Pessac et co-responsable du groupe avec Sylvie Buscail. Pour la dirigeante de Ciné 32 à Auch, « ce changement de nom correspondait aussi à un fort renouvellement du groupe, une nouvelle énergie, et de façon concomitante la décision d’augmenter le nombre de soutiens en passant de 20 films par an à 45 ». Aujourd’hui le groupe Inédits rassemble 34 exploitants bénévoles, plus deux membres de l’ADRC, qui représentent la diversité des salles et des régions et autant de femmes que d‘hommes. Depuis 2024, ils sont recrutés par un appel à candidature et signent une charte qui encadre leur engagement, « désormais sur un mandat déterminé, ce qui assure un fonctionnement clair et renouvelé ».
Le groupe se réunit dix fois par an, principalement à Paris mais aussi en régions – en session décentralisée au mois de janvier (Blois en 2026), à Auch pendant le festival, ou encore à La Rochelle… – pour visionner entre 7 à 10 films – dont 2 ou 3 en amont via des liens –, proposés par les distributeurs ou repérés par le comité de sélection. Pour qu’un film soit soutenu, il doit recueillir 60 % de votes favorables, si le quorum des deux tiers est atteint. Sur une année, le groupe soutient 45 films en moyenne, en veillant à ce qu’ils reflètent la diversité artistique, « avec un équilibre entre auteurs reconnus, cinéastes émergents et œuvres plus confidentielles, venues du monde entier, dans toute leur diversité », précise la co-responsable. En 2025, 46 films de 25 distributeurs différents ont été soutenus, dont 9 labellisés Recherche, 3 documentaires, 1 animation, 11 premiers longs, et 19 réalisés par des femmes. « Nous nous concertons avec les autres groupes de l’AFCAE pour éviter de multiplier les soutiens aux mêmes films, même s’il y a parfois des exceptions, comme pour L’Histoire de Souleymane, qui a été soutenu à la fois par le groupe Inédits et le Comité 15/25 », précise Nicolas Milesi. Il s’agit d’être complémentaire et d’optimiser le nombre de films soutenus, sachant que « 45, c’est aussi un plafond réaliste pour accompagner chaque film efficacement », ajoute Sylvie Buscail.
Un accompagnement spécifique…
Dès que les soutiens mensuels de l’ensemble des groupes de l’AFCAE sont connus, un rendez-vous en visio est organisé avec les associations territoriales, afin de leur présenter les films soutenus et ainsi favoriser des pré-visionnements. Les exploitants sont quant à eux informés en parallèle via les réseaux sociaux puis par newsletter. Arnaud Kerneur, coordinateur du groupe depuis 2024, cite la communication « auprès de partenaires tels que Cinesociety, Cinego, les associations CineSens, La Bavarde ou Retour d’image pour les séances adaptées, ou plus récemment la plateforme Place des Libraires, pour les adaptations littéraires ». Les films soutenus sont notamment mis en avant à travers “le mot de l’exploitant”, rédigé par un membre du groupe, que l’on retrouve aussi sur SensCritique et Letterboxd. Quant aux documents 4 pages à destination du public, ils sont désormais systématisés pour chaque film soutenu. L’AFCAE expérimente, depuis quelques mois, la commande par paquets de 50 pour le rendre accessible aux plus petites salles.
L’AFCAE propose aussi des bandes annonces spécifiques et pastilles vidéo, à diffuser en salles et sur leur supports numériques. « Nous en réalisons chaque année à Cannes lors de nos Rencontres avec les présents, ou demandons aux distributeurs d’enregistrer des messages courts de cinéastes, comme récemment avec Leyla Bouzid pour À voix basse ou Gus Van Sant encourageant les spectateurs à aller voir La Corde au cou. » Enfin, deux à trois tournées par an sont organisées, « en essayant d’aller dans des endroits où les distributeurs ne vont pas forcément, comme pour No Other Land, en partenariat avec l’ADRC, qui a fait étape dans 15 villes ». Quel que soit l’accompagnement, les distributeurs y participent via une contribution forfaitaire de 600 € par film soutenu.
… pour encourager la programmation
« Nous estimons, de façon empirique, que notre soutien ajoute environ 20 % de salles supplémentaires à un film et renforce sa durée d’exploitation, notamment dans la ruralité », se réjouit Sylvie Buscail. S’il est certes plus difficile de mesurer l’effet du soutien sur les entrées d’un film, qui reste un prototype, le principe est aussi de soutenir le réseau de salles de l’AFCAE, et la filière en général. « En soutenant certains films qui n’ont pas nécessairement besoin de nous – celui d’un Almodóvar par exemple –, nous incitons leurs distributeurs à les diffuser dans les salles art et essai. » Les salles, elles, sont encouragées à travailler avec tout type de distributeur, le groupe « étant très attentif à la pluralité des structures accompagnées. Pour nos Rencontres de Cannes par exemple, la règle est de ne sélectionner qu’un film par distributeur ». Cela n’entraîne d’ailleurs pas un soutien automatique, comme pour l’ensemble des titres soumis au groupe. S’il peut y avoir des distributeurs déçus quand leur film n’est pas élu, le fait d’être pré-sélectionné par le groupe Inédits leur assure déjà qu’il sera vu par une trentaine exploitants français. « D’autres, selon leur stratégie, choisissent de ne pas nous soumettre certains titres, parce qu’ils visent une sortie plus large que les salles art et essai », précise Sylvie Buscail.
Évolutions et projets
Parmi les évolutions prochaines et la modernisation de ses outils, le groupe compte beaucoup sur le nouveau site internet de l’AFCAE, qui devrait être mis en ligne d’ici la rentrée et sera présenté lors de l’Assemblée générale de Cannes. « Nous espérons qu’il devienne une plateforme ressource de référence pour les exploitants », avance Nicolas Milesi, sachant que le site rassemblera tous les contenus disponibles autour des films (quiz, vidéos, podcasts, interviews…), et mutualisera tout ce que proposent les salles adhérentes et les partenaires de l’AFCAE. Car si les documents papier restent importants pour beaucoup de salles – qui, à l’instar d’un public âgé, ne sont pas toutes au même niveau d’utilisation des réseaux sociaux –, l’idée est de multiplier les formats “instagrammables”, par exemple en demandant aux réalisateurs de poster une photo d’eux avec… le document papier sur leur film.Les rencontres de Cannes 2026 s’annoncent comme « un moment de découvertes cinématographiques et de discussions professionnelles intenses », prévoit Sylvie Buscail, et pour le groupe Inédits en particulier. Ses membres se réuniront pour attribuer leurs soutiens parmi les dix films qui seront montrés – dont un choisi avec le GNCR. Mais au-delà de ses missions, « nous sommes un groupe très vivant d’exploitants, de salles et de territoires très divers, rappelle Nicolas Milesi. Se réunir une fois par mois, y compris à Cannes, nous permet aussi d’échanger sur tous les sujets liés à notre métier et à notre spécificité art et essai ».

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