L’observatoire de la production cinématographique, présenté mercredi 18 mars par le CNC, révèle les tendances pour les films tournés principalement l’an passé et qui sont déjà sortis en salles ou le seront prochainement.
Après les solides exercices 2023 (301 films) et 2024 (309 films), le nombre de films ayant reçu l’agrément d’investissement est repassé sous la barre des 300 titres en 2025 pour s’établir à 290 longs métrages. Une baisse de 6,1 % par rapport à 2024 qui était, hors 2021 en raison du rattrapage post-Covid, une année record pour la production. Ce repli résulte principalement de la baisse significative du nombre de coproductions minoritaires (62 films contre 78 en 2024), quand les coproductions majoritaires bondissent (75 films contre 52 en 2024).
Ainsi, sur les 290 titres agréés, 137 sont des coproductions, soit 47,2 %, le deuxième plus haut niveau de la décennie après 2022 (50,2 %) et bien au-dessus de 2024 (42,1 %). La France a coproduit avec 41 partenaires en 2025 (39 en 2024), principalement avec la Belgique sur des coproductions majoritaires (38 films) et avec l’Allemagne sur des coproductions minoritaires (13). Les investissements dans la production agréée diminuent légèrement, avec plus de 1,37 milliard d’euros injectés (-4,8 % vs 2024). Une baisse que le Centre impute aux apports français en recul (-7,5 % à 1,08 Md€), quand les apports étrangers augmentent (+7 % à 294,3 M€, plus haut niveau depuis 2012).
Moins de films à gros budget
Tendance similaire observée pour les 228 films d’initiative française (FIF) agréés l’an passé, qui concentrent 1,115 Md€ (-5,2 % vs 2024), où les investissements étrangers (+51 %, à 84,7 M€) ne compensent pas la baisse des apports français (-8 % à 1,03 Md€). Supérieur à 5 M€ en 2024, le devis moyen d’un FIF retombe sous cette barre, à 4,89 M€, mais reste au-dessus de la moyenne 2017-2019 (+19 %) ; la conséquence d’un nombre de films à gros budget (+20 M€) divisé par deux en 2025 (4 contre 8 en 2023 et 2024). Dans le détail, il y a deux ans, les deux plus gros films étaient Chien 51 de Cédric Jimenez et Dracula de Luc Besson (41 M€ de budget) ; en 2025, il s’agit de Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli (31 M€), sorti hier dans les salles françaises, suivi de Karma de Guillaume Canet (24 M€).
À noter que hors films à gros budget, le devis moyen d’un FIF s’élève à 4,55 M€, en hausse constante depuis 2020 ; avec 3,48 M€, le devis médian atteint, lui, son meilleur niveau de la décennie derrière 2017 (3,53 M€). L’étude pointe un nombre record de FIF avec un devis entre 7 et 10 M€ (32 titres contre 23 en 2024), tandis que les devis des FIF “du milieu” (entre 4 et 7 M€) affichent leur plus faible niveau (34 films) depuis 2015.
Dans le détail par genre, 173 fictions ont été agréés en 2025 (180 en 2024) pour un devis moyen de 5,5 M€ ; 16 FIF d’animation ont été agréés, un record (9 en 2024), pour un devis moyen de 8,12 M€ ; la production documentaire recule (39 contre 42), pour un devis moyen de 0,67 M€.
Canal+, premier financeur malgré un recul des investissements
Plus d’un tiers des devis est financé par le tandem producteurs-diffuseurs (70 %), même si leur part baisse par rapport à 2023 et 2024. Les diffuseurs ont accompagné moins de FIF l’an passé (156, -8 % vs 2024), tout en affichant un apport moyen de 2,33 M€, proche du niveau record de 2024 (2,41 M€). Une baisse globale que le CNC impute à deux aspects. D’une part, au nouvel accord conclu avec Canal+ qui a mené à une diminution de ses apports : le groupe représente 42,9 % des investissements diffuseurs en 2025 avec les 155,6 M€ injectés (-13,7 % vs 2024) dans 121 films d’initiative française (-12,3 % vs 2024). Une baisse toutefois moins forte qu’attendue, le Centre anticipant un nouveau recul pour 2026. D’autre part, à l’investissement moindre des chaînes privées gratuites, de l’ordre de -33 % pour TF1 (32,8 M€) et -26,9 % pour M6 (24,5 M€).
France TV a davantage investi (58,9 M€, soit +1,6 % vs 2024) et reste le second partenaire financier du cinéma français. Mais globalement, ce sont les services de vidéo à la demande par abonnement (Disney+, Netflix et consorts) qui talonnent désormais Canal+, avec 76,1 M€ investis. Un chiffre stable par rapport à 2024 (76,4 M) mais qui, dans ce contexte baissier, accroît le poids des streamers, lesquels représentent plus de 20 % des apports des diffuseurs. De plus, le nombre de FIF préfinancés par les plateformes de streaming ne cessent de progresser : 40 en 2023, 45 en 2024, 54 en 2025, principalement porté par Disney+ (23 films contre 10 en 2024), résultant de son accord conclu l’an passé avec les organisations du cinéma. Le service se positionne souvent en première fenêtre de diffusion (13 titres sur les 23) et compense la baisse des investissements de Netflix (-35,1 %), tout comme le nouvel acteur récemment arrivé, Paramount+, qui a financé 4 FIF l’an passé. Notons que les apports des plateformes tendent principalement vers les films à gros budget, le devis moyen s’établissant à 8,5 M€ pour les projets concernés.
Par ailleurs, la part de minima garantis (MG) des distributeurs de films, éditeurs vidéo et exportateurs dans le financement des devis augmente pour la deuxième année consécutive (9,7 % en 2023, 10,4 % en 2024 et 12,6 % en 2025). Un niveau qui reste cependant dans la fourchette basse des 20 dernières années (16,1 % en moyenne). Toutefois, plus de 84 % des FIF agréés ont bénéficié d’un MG, un record, tandis que 100 % des films “du milieu” en ont reçu. Enfin, le CNC pointe le recul marqué des aides régionales et une mobilisation moindre du soutien automatique, liée à la fréquentation en berne l’an passé.
Outre le financement prévisionnel, l’étude se penche aussi sur le financement définitif des films d’initiative française, donc déjà sortis en salles, via l’agrément de production. Sur ce point, 216 titres ont été agréés en 2025, en baisse par rapport à l’exercice 2024 record (233), mais un volume supérieur à la moyenne sur 10 ans. L’écart entre le devis et les coûts définitifs d’un film s’élève à -5 %, dans la moyenne de la décennie (-5,4 %). Le coût moyen de production par titre diminue aussi après trois ans de hausse (4,2 M€, -15,5 % vs 2024).
L’apport des diffuseurs poursuit son accélération (36,4 % vs 32,3 % en 2024), grâce notamment à l’intégration des plateformes dans l’écosystème cinéma. A contrario, la part de MG des distributeurs est au plus bas depuis 2012 (11,7 % vs 14,1 % en moyenne sur la décennie). Les financements publics pèsent davantage, notamment le crédit d’impôt cinéma (14,8 % vs 13 % en 2024), mais restent deux fois inférieurs à la moyenne européenne (47 % du financement).
Retrouvez l’intégralité de l’observatoire de la production cinéma 2025 ici.

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