Alors que la filière traverse un moment, « aussi décisif et passionnant que l’invention du cinéma », Gaëtan Bruel a décrit la « boussole » que suivra le CNC en 2026.
Dans ses premiers vœux énoncés depuis sa prise de fonctions, et retransmis en ligne ce 26 janvier, le président du CNC a désigné les orientations pour faire face à la « triple révolution » en cours, concernant les modes de diffusion, la nature des images consommées… et les équilibres géopolitiques qui régissent notre industrie.
L’amont de la création
Les auteurs, maillons « fragiles mais essentiels de la filière », doivent être reconnus et mieux récompensés. Ce qui implique de mettre davantage de moyens sur l’écriture et le développement des œuvres, notamment via une réforme des aides à l’amont pour le cinéma, « dans la lignée de la réforme des aides à l’amont pour l’audiovisuel ». Il s’agit, pour Gaëtan Bruel, de donner plus d’ambition au renouvellement « des talents, des formes et des récits », avec une diversité « qui réconcilie la nécessité des locomotives rassembleurs, et des oeuvres qui défrichent, avec singularité radicale, les prochains horizons ».
La question des publics
La relance de la fréquentation implique également de repenser la rencontre entre les œuvres et leurs publics, à travers plusieurs chantiers :
- La défense et la promotion des salles « autour d’un principe simple : la diversité du cinéma, c’est aussi la diversité de ses salles », souligne le président du CNC, notamment prêt à sensibiliser la prochaine génération de maires, qui va reprendre, à partir de mars, « la responsabilité d’un quart du parc français ».
- L’amélioration des relations entre exploitation et distribution, alors que la deuxième recommandation du comité de concertation récemment publiée se pose comme « un guide très clair des bonnes pratiques pour garantir la coexistence pacifique des films, dans l’intérêt des publics, des salles, et donc aussi des ayants-droits que les distributeurs représentent ». Comme la première recommandation sur les avant-premières massives, le président du CNC sera « personnellement attentif » au bon suivi de cette nouvelle recommandation et n’agira que si elle s’avère insuffisante. « Mais j’ai l’intuition que chacun se montrera à la hauteur du moment que nous traversons. »
- La stimulation de l’innovation dans l’exploitation/distribution, « qui sera d’ailleurs l’une des missions du comité de concertation pour la suite de ses travaux ». Notamment avec un travail urgent à engager sur la data, pour la croissance du marché de la salle, et au profit de toute la filière.
- La place du cinéma dans les médias, dans un contexte de baisse de notoriété des films, et de fragilisation de la place de l’information culturelle en général. « Dans le même temps, les publics, notamment les plus jeunes, plébiscitent de nouvelles manières de parler des films, s’investissent dans une cinéphilie plus horizontale, où l’on ne pense pas pour eux, mais avec eux. » Une discussion à engager avec les médias eux-mêmes, qui partage le même enjeu capital que le cinéma : « rester dans le paysage quotidien des Français. »
- L’éducation au cinéma et à l’image, devenue « la mère de toutes les batailles » grâce au plan annoncé à l’automne dernier par les ministres de l’Éducation et de la Culture, avec un « double geste historique » : celui de faire entrer l’éducation au cinéma dans tous les programmes scolaires et celui d’articuler le voir et le faire – filmer, monter, écrire des scénarios, critiquer un film ou une série, proposer une programmation… –, « car on n’aurait pas idée d’apprendre à lire…. sans apprendre à écrire ». Dans cette « révolution qu’on ne peut plus arrêter », les talents ont également leur rôle à jouer pour alerter sur « la catastrophe culturelle et sanitaire » que constitue le rapport des jeunes aux écrans, « et sur l’antidote que constitue l’éducation au cinéma et à l’image ».
Les territoires
Le président du CNC, qui a déjà visité les deux tiers des régions dans le cadre du tour de France entamé dès son arrivée, décrit la « clé décisive » que représentent les territoires : « Pour convaincre à l’Assemblée nationale et au Sénat, pour nous faire entendre dans le débat national, il faut commencer par convaincre dans la profondeur du pays. » Et face aux « très sérieuses » tensions budgétaires de l’ensemble des collectivités, le CNC annoncera dans les prochaines semaines les Régions avec lesquelles il met en place un partenariat renforcé, afin d’aller plus loin en matière de soutien à la production, à l’écriture, à la formation, à la diffusion.
L’échelle mondiale… et le cadre européen
Enfin, dans le souci de croître dans un marché décroissant, la France doit ambitionner de gagner des parts de marché à l’international, et dès lors produire des œuvres « qui intègrent dès l’origine la question de l’export », avec l’Europe comme première échelle de référence. Deux sujets majeurs sont d’ailleurs inscrits dans l’agenda 2026 de la Commission européenne. À commencer par les négociations sur le programme AgoraUE (qui remplace Europe Creative) et donc sur les financements du cinéma entre 2028 et 2034, dans une enveloppe « globalement en hausse, mais qui intègre de nouveaux sujets ». D’autre part, la directive SMA qui, après sa précédente révision ayant permis « une véritable révolution » en matière d’obligations d’investissements en Europe, va être évaluée tout au long de l’année en vue de sa réouverture. « Face à des attaques qui vont être nombreuses, nous devrons nous battre pour faire prévaloir les intérêts européens. »
Or, dans un contexte de tensions géopolitiques, « qui conduira certains à penser qu’il y a plus urgent que le soutien à la création », l’urgence est justement « d’accélérer la structuration de l’Europe comme un espace unifié… par des récits communs ». Et dans la « la vacance laissée par les États-Unis », le président du CNC pointe la « fenêtre stratégique » en train de s’ouvrir pour la France. « Non pour prétendre être le nouveau centre, mais pour organiser enfin un multilatéralisme de l’image animée, répondant aux défis globaux qui traversent nos secteurs, et faisant progresser les valeurs que nous défendons depuis longtemps. »
Les vœux du président du CNC Gaëtan Bruel sont accessibles en replay.

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