Un festival de drive-in itinérant… en attendant la réouverture des salles

Le Drive-in Festival, organisé par une association de bénévoles en partenariat avec les collectivités locales, s’est ouvert samedi à Bordeaux avec la projection d’Hippocrate, dans le but de célébrer le grand écran, et en « aucun cas de concurrencer la salle de cinéma ».

« Notre démarche s’inscrit totalement dans le chemin conduisant à la réouverture des salles : recréer un désir de cinéma et d’une expérience collective », estime Mathieu Robinet, ancien de Bac Films et président de l’association Drive-in Festival, qui a monté en quelques semaines cet événement itinérant pour proposer au plus grand nombre une séance de cinéma « dans l’intimité de sa voiture et dans le respect des normes sanitaires ». Médiatisé depuis une semaine, le festival s’est ouvert samedi sur l’immense place des Quinconces à Bordeaux, où près de 400 spectateurs, confinés dans leur véhicule, ont assisté à la projection d’Hippocrate, présenté par un message de son réalisateur Thomas Lilti sur l’écran et salué par un concert de klaxons en hommage aux soignants. Neuf autres séances suivront à Bordeaux jusqu’au 24 mai, avant que le Drive-in Festival ne se déplace dans d’autres villes, sous réserve des autorisations préfectorales. « Ce que nous voulons, c’est faire du bien aux gens après ces deux mois terribles, pas qu’ils fréquentent des drive-in toute leur vie ! Notre festival s’arrêtera à la réouverture des salles, et si nous devons arrêter le 1er juillet, j’en serai très content », dit Mathieu Robinet.

Deux jours plus tôt, alors que d’autres événements* de ce type sont annoncés, parfois organisés avec des exploitants, la FNCF adressait un courrier au CNC demandant, dans les conditions sanitaires actuelles et alors que les salles sont toujours fermées, de n’autoriser aucune projection en plein air et de garantir l‘application très stricte de la procédure d’autorisation pour les drive-in. « Je comprends parfaitement la détresse des exploitants qui vivent une période très difficile, tout comme je mesure le dur travail que mène la Fédération, concentrée sur la réouverture des salles », commente Mathieu Robinet, pour lequel le festival « ne saurait en aucun cas concurrencer la salle de cinéma, qui reste le lieu privilégié de découverte de films sur grand écran ». À Bordeaux, le Drive-in Festival, autorisé par le CNC et la préfecture de Gironde, a été organisé selon « un protocole sanitaire très rigoureux : aucun contact physique, interdiction de sortir des véhicules sans masque » et dans le respect de la législation sur les séances non-commerciales, qui exige notamment que tous les films montrés aient obtenu leur visa depuis plus d’un an**, mais qui doit aussi tenir compte de la situation locale de l’exploitation.

Drive-in sur la place des Quinconces à Bordeaux © Nogravity films

Mathieu Robinet précise que la FNCF et l’AFCAE ont été informées en amont du projet, comme « la plupart des exploitants de Bordeaux », ajoutant que son association a fait le choix du non-commercial, « plutôt que de privilégier un opérateur par rapport à un autre sur une zone à concurrence ». L’association a d’ailleurs annoncé qu’elle reversera les bénéfices éventuels « aux salles de cinéma et distributeurs en difficulté », même si les modalités sur ce point restent à préciser. « Nous sommes en contact avec des syndicats et associations d’exploitants et je communiquerai en temps voulu », indique Mathieu Robinet, ajoutant que « ce qui est sûr, c’est qu’on ne se mettra pas un seul euro dans la poche ». Les recettes doivent tout d’abord financer l’opération, montée par une quarantaine de bénévoles, même si la Ville et la Métropole de Bordeaux sont partenaires et mettent des moyens techniques à disposition de l’association.

C’est aussi ce soutien des collectivités qui gêne la Fédération, qui préfèrerait que dans la période actuelle, elles s’engagent d’abord sur un plan de soutien des salles de cinéma. Un sujet qui n’est d’ailleurs pas nouveau : même en temps normal, des projections non-commerciales organisées dans des lieux publics (plein air mais aussi médiathèques, salles des fêtes…) sont autorisées par le CNC. La crise et l’été qui s’annonce pourraient être, justement, l’occasion d’être plus vigilant sur les demandes, quand elles n’émanent pas d’exploitants.

Pour l’heure, le président du Drive-in Festival assure avoir eu des messages de soutien de nombreux exploitants, notamment d’indépendants art et essai, qui voient là une façon de maintenir le lien avec le public. Les principales réticences, du côté d’Utopia Bordeaux ou d’associations comme Vélo-Cité, sont liées à la voiture et la pollution.
« Nous en sommes conscients mais notre événement ne pollue pas plus que des véhicules qui se garent sur le parking d’un cinéma. Et tous ceux qui ne vivent pas dans les centres urbains continueront à devoir utiliser leur voiture pour aller voir un film. » Néanmoins, le Drive-in Festival a calculé l’empreinte carbone de l’événement et reversera une partie des recettes à des associations locales de défense de l’environnement. « Nous voulons proposer un événement populaire et accessible. Samedi soir à Bordeaux, des gens ont fait 40 km pour venir, quelqu’un nous a même dit n’être jamais allé au cinéma de sa vie ! Et la plupart d’entre eux nous ont fait part de leur envie de retourner très vite dans les salles. C’est un signal très encourageant, qui devrait à mon sens inciter les distributeurs à dater leurs films dès la réouverture. »

* Du 20 au 24 mai, la mairie de Cannes organise en partenariat avec les cinémas de la ville, Les Arcades, Cineum et l’Olympia, son festival drive-in sur le parking du Palm Beach au bout de la Croisette. E.T. de Spielberg sera projeté en ouverture, « grâce au partenariat établi avec le Festival de Cannes », indique la mairie, qui annonce aussi deux films en avant-première, La Daronne de Jean-Paul Salomé et Singing Club de Peter Cattaneo, au tarif de 6,50 € par personne.


** Films programmés à Bordeaux : Hippocrate de Thomas Lilti, Les Invisibles de Louis-Julien Petit, Les Combattants de Thomas Cailley, Whiplash de Damien Chazelle, Tomboy de Céline Sciamma, Comment c’est loin d’Orelsan et Christophe Offenstein, La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit, Rubber de Quentin Dupieux, Le Grand Bain de Gilles Lellouche et En liberté ! de Pierre Salvadori.