Un collectif de professionnels déplore que « les choix politiques de nos institutions fragilisent gravement le cinéma »

© Norbert Scanella / Panoramic / Bestimage

Dans une tribune parue dans Le Monde, 185 producteurs, auteurs, réalisateurs et acteurs, s’inquiètent de la stratégie du CNC en matière de cinéma, au profit d’une « audiovisualisation » du secteur. Ils en appellent à des états généraux.

Alors que le mandat de Dominique Boutonnat prendra fin en juillet, les signataires entendent faire le bilan de ses trois ans de présidence du CNC, guidée par son propre rapport de 2018 sur le financement du cinéma français, déjà controversé à l’époque.
Les professionnels, dont la SRF en tant qu’organisation, s’inquiètent que “Le Centre national du cinéma et de l’image animée” soit devenu d’abord celui de « l’image » –  terme que l’on retrouve dans « la grande fabrique de l’image » du plan France 2030 – au détriment du cinéma. « L’avènement des plateformes américaines de SVOD et l’impact sévère de la crise sanitaire sur les salles de cinéma peuvent expliquer pour partie ce phénomène. Mais le plus grave serait que les pouvoirs publics aient fait le choix de l’accentuer, contre l’avis de la profession » estiment les signataires.

Pour eux, l’institution de tutelle opte pour une « audiovisualisation » du secteur de l’image, « où la création cinématographique n’incarnerait plus, au mieux, qu’un artisanat marginal ». Le projet La grande fabrique de l’image, qui vise la « performance de l’outil productif et sa compétitivité » sans aborder les enjeux culturels et artistiques, reflète « une logique marchande décomplexée ».
Les signataires entendent réaffirmer que le CNC a été créé « comme le moyen d’accompagner les œuvres, les auteurs, les réalisateurs, producteurs et distributeurs, et de contrebalancer les seules logiques de marché ». Estimant  « que les choix politiques de nos institutions fragilisent gravement le cinéma », ils en appellent à des états généraux avant le 1er juillet 2022, « afin que tous les professionnels puissent débattre ensemble de l’avenir immédiat du cinéma ».

Tibune et liste complète des signataires sur lemonde.fr

Pour Dominique Boutonnat, « le cinéma ne disparaîtra jamais et les films seront toujours au cinéma. »

Le même jour dans un entretien au même Monde, le président du CNC se félicite du nombre de films français sélectionnés à Cannes cette année (46 toutes sections confondues). Évoquant de nombreux sujets dont les récentes obligations d’investissement des plateformes, la fréquentation des salles ou le soutien aux distributeurs indépendants, il souligne que « la demande d’œuvres explose. Ma conviction essentielle, c’est qu’il nous faut travailler sur la complémentarité des écrans, qui n’est pas une menace mais une chance pour le cinéma, pour que chaque œuvre trouve son public. D’abord, il faut assurer une diversité de films. Ensuite, il faut introduire davantage de passerelles entre les différents canaux de diffusion. Accompagner la complémentarité des écrans, c’est notre rôle aujourd’hui. Il ne faut pas en avoir peur : le cinéma ne disparaîtra jamais et les films seront toujours au cinéma. » 

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