Rétro 2023 : Une fréquentation contrastée

Avec 181 millions d’entrées comptabilisées, le cru 2023 affirme sa progression sur 2022, mais affiche encore un retard certain sur les niveaux pré-Covid, la fin d’année n’ayant pas confirmé les promesses de la belle période estivale.

Encourageante, convalescente, en demi-teinte… Les qualificatifs ne manquent pas pour définir l’année 2023 du point de vue de la fréquentation des cinémas. Une année qui a encore brillé par ses coups d’éclat, mais aussi ses périodes creuses voire décevantes. Quelques jours après son terme, 2023 apparaît définitivement comme un exercice en trois phases bien distinctes, qu’il convient d’ausculter en détail.

L’entre-deux du premier trimestre
Un peu sur le même schéma qu’en 2022 avec Spider-Man : No Way Home, l’année 2023 profite de la continuation d’Avatar : La Voie de l’eau – qui va dominer tout le mois de janvier – pour s’élancer idéalement. Dans le sillage des belles performances de Tirailleurs, Babylon, Les Cyclades et autre Tár, le marché affiche une dynamique intéressante que viennent amplifier les sorties de Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu puis Alibi.com 2, qui dépassent chacun les 4 millions d’entrées. The Fabelmans, La Femme de Tchaïkovski, La Famille Asada en février, Creed III, Scream VI, Mon crime, Les Petites Victoires, Sur les chemins noirs ou encore John Wick 4 en mars contribuent aussi fortement à renforcer une fréquentation nationale qui retrouve de belles couleurs. Ainsi, le premier trimestre s’achève avec plus de 48,6 millions d’entrées comptabilisées dans les salles tricolores. Un résultat en progression de 31,5 % par rapport aux trois premiers mois de 2022 (environ 37 M), mais en retard de 19 % sur la période équivalente des années 2015-2019 (quelque 60 M). De quoi augurer d’un cru 2023 “entre-deux” ?

L’euphorie estivale
Le mois d’avril va rapidement poser les bases d’une phase faste pour les entrées en salles, avec les lancements conjoints de Super Mario Bros – encore actuellement le plus gros succès de l’année avec près de 7,4 millions de tickets – et Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan – 3,4 millions de billets. Dopée, la fréquentation s’élève à 18,5 millions d’entrées dépassant, pour la première fois depuis le Covid, les niveaux pré-pandémiques (18,4 M en moyenne entre 2015 et 2019). Donjons & Dragons : L’Honneur des voleurs, Les Gardiens de la galaxie 3, Je verrai toujours vos visages, Suzume, The Quiet Girl, Sur l’Adamant, Jeanne du Barry, L’Amour et les Forêts, Le Royaume de Naya, Spider-Man : Across the Spider-Verse, Élémentaire puis Indiana Jones et le cadran de la destinée alimentent la dynamique sur les semaines suivantes, compensant certaines déceptions, comme La Vie pour de vrai, 10 jours encore sans maman, The Flash ou Hawaï.

Fréquentation mensuelle

Malgré un mois de juin compliqué, la fréquentation, dans le sillage d’une forte Fête du Cinéma, retrouve de l’allant en juillet, avec les sorties successives de Mission: Impossible – Dead Reckoning puis de Barbie et Oppenheimer, transformés en phénomène Barbenheimer avec quelque 10,3 millions de spectateurs cumulés. Dans le sillage du tandem, et avec les bons résultats de En eaux très troubles, Gran Turismo, Yannick et autres Les Algues vertes, les cinémas font le plein pendant l’été, avec 33,7 millions d’entrées enregistrées, soit le septième plus haut niveau depuis 1980. Entre avril et août, la fréquentation suit globalement les tendances des années pré-Covid, se démarquant nettement des résultats 2022, et pousse ainsi à l’optimisme pour une fin d’année qui, si elle voit quelques titres américains quitter le calendrier en raison des grèves hollywoodiennes (voir par ailleurs), ne présente pas moins une offre fournie et variée. 

“Gueule de bois” en avance ?   

Mais l’euphorie va rapidement s’estomper à mesure que les semaines s’égrenent vers le crépuscule de 2023. Après un mois de septembre ordinairement en retrait, et malgré le joli succès de la Palme d’or Anatomie d’une chute (1,4 million d’entrées), le marché peine à trouver un nouveau souffle, orphelin de locomotives américaines à l’exception de quelques coups d’éclat, tels les millionnaires La Pat’Patrouille 2, La Nonne 2 et Killers of the Flower Moon. Côté français, les bons résultats “à leur niveau” de 3 jours max, La Règne animal, Le Consentement, Simple comme Sylvain ou La Fiancée du poète ne masquent pas les scores décevants de Une année difficile, Second tour, Marie-Line et son juge et autres Nouveau départ et L’Abbé Pierre. Entre une météo trop douce pour la saison et un contexte économique toujours compliqué, la fréquentation balbutie mais finit par reprendre quelques couleurs grâce à Wonka, Wish et Les Trois Mousquetaires : Milady. Insuffisant toutefois pour retrouver les niveaux d’avant-crise, le marché suivant, depuis septembre, la tendance des années 2021 et 2022. 

180,76 millions de spectateurs sont donc allés dans les cinémas français en 2023, ponctuant un exercice sur une note mi-figue, mi-raisin, au regard de l’excellent été qui avait, alors, poussé les analystes à revoir leurs prévisions, autour des 190 millions. La progression se poursuit par rapport à la période post-Covid – +18,9 % vs 2022, +89,4 % vs 2021 – mais affiche toujours un recul sur le pré-Covid : -13,1 % vs la moyenne 2017-2019. La trajectoire des entrées annuelles laisse transparaître une forte dépendance du marché actuel aux films phénomènes. « Lorsque le cinéma fait l’actualité, crée l’événement et dépasse ainsi la sphère des spectateurs cinéma, c’est très bénéfique pour la fréquentation », résume ainsi Éric Marti, directeur général de Comscore France. En effet, les périodes où la fréquentation a dépassé les chiffres pré-Covid correspondent aux sorties de Super Mario et Les Trois Mousquetaires, de Barbie et Oppenheimer, qui ont réussi à attirer le public occasionnel, dont la venue en salles reste encore en retrait par rapport à l’avant pandémie. 

Quid de 2024 ?

Difficile de prédire ou d’annoncer que tel ou tel film va devenir un phénomène. D’autant plus lorsque le line-up de l’année qui s’ouvre apparaît moins étoffé en titres américains, conséquence d’une production au point mort pendant les grèves. L’offre hollywoodienne va, en janvier, prendre des accents auteur (Priscilla de Sofia Coppola, Pauvres créatures de Yorgos Lanthimos, May December de Todd Haynes, La Couleur pourpre de Blitz Bazawule, Argylle de Matthew Vaughn), avant un mois de février qui verra la reprise de Dune puis la sortie de Dune : Part 2, les lancements de Bob Marley et Madame Web, puis en mars, de Kung-fu Panda 4 et Mickey 17 de Bong Joon-ho. Côté français, le premier trimestre sera également dense avec notamment Iris et les hommes, Un coup de dés, Captives, Opération Portugal 2, Daaaaaali !, Le Dernier Jaguar, Maison de retraite 2, Le Malade imaginaire ou encore La Promesse verte.  
En France comme à l’international, 2024 semble se profiler avec moins d’atouts que l’année écoulée et, s’il est possible que la fréquentation n’atteigne pas le niveau de 2023, cela ne sera en rien alarmant. Juste logique eu égard au contexte. « Mais le marché français a cette chance de pouvoir et savoir s’appuyer sur un offre locale porteuse pour séduire le public », note Éric Marti. Nul doute que le secteur saura une nouvelle fois faire preuve d’une forme de résilience. En attendant un cru 2025 qui se pointe avec d’énormes promesses.

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