Les cinémas itinérants publient leur bilan d’une année de crise

La santé des itinérants © ANCI

Alors que la date de réouverture des cinémas se fait attendre, les itinérants se font entendre. Le bilan de leur activité en 2020 montre des différences avec l’ensemble de l’exploitation, mais aussi de grandes disparités selon les circuits.

« Plus on attend, plus les situations économiques se dégradent » déplore Anne Lidove, présidente de l’Association nationale des cinémas itinérants (ANCI), dont les adhérents sont actuellement dans le même état que l’ensemble des exploitants. Et c’est en ce printemps, un an après le début du premier confinement, que l’ANCI communique les résultats d’une enquête menée auprès des 109 circuits itinérants de France fin 2020, sur la façon dont ils ont traversé cette période. 

En moyenne, la fréquentation des itinérants entre 2019 et 2020 a un peu moins baissé que celle des autres cinémas français : de 62 % contre près de 70 % pour la moyenne nationale. Mais les chiffres sont encore plus contrastés au sein des itinérants, la chute de leurs entrées variant entre – 33 % et -90 %. Et si l’on considère le nombre de séances réalisées en 2020, l’éventail de baisse va de – 24 % à – 94 % par rapport à l’année précédente. Des différences qui peuvent s’expliquer, en partie, par la période estivale, particulièrement dense pour certains circuits alors que d’autres ne tournent généralement pas l’été. Et au moment de la reprise du 22 juin, seulement un tiers des itinérants ont repris l’ensemble de leur tournée.

Très dépendants de leurs partenaires locaux, 82,9 % de ceux qui n’ont pas rouvert en été invoquent une décision municipale. Par ailleurs, leur activité repose beaucoup sur l’engagement de bénévoles, souvent âgés, qui ont préféré se mettre en retrait cette année. Inversement, d’autres collectivités se sont montrées impatientes d’animer leurs villages après le confinement : l’enquête montre que 55 % des cinémas itinérants ont été sollicités par de nouvelles communes qui souhaitaient intégrer leur circuit.
Souvent pour du plein air, mais là aussi il faut souligner l’hétérogénéité des circuits : certains ont fait des dizaines de projections en extérieur cet été, d’autres pas du tout. Pour Anne Lidove qui anime le circuit Ciné Ligue dans les Hauts-de-France,  « c’est l’été qui nous a sauvé ! » et 51 dates de plein air sont déjà prévues pour l’été 2021. Par ailleurs, la présidente de l’ANCI indique que de nombreuses salles fixes sollicitent les opérateurs itinérants pour des projections plein air cet été, avec leur billetterie CNC. 

L’éducation aux images très impactée par la crise

En 2020, l’activité des itinérants en direction du public scolaire a connu une baisse de près de 70 % en moyenne, le nombre de séances scolaires ayant chuté de plus de 60 % pour neuf circuits sur dix, et de 80 % pour près de la moitié. Les ateliers d’éducation à l’image, qui ne concernent qu’un tiers environ des cinémas itinérants, ont aussi subi les effets de la crise et ont baissé en moyenne de 50 %.
Pourtant, ils se poursuivent tant bien que mal en 2021, les itinérants intervenant régulièrement dans les lycées, où les activités en classe sont autorisées. Non pas pour des projections, « notre position étant ferme et solidaire, conforme à notre statut d’exploitants » confirme Anne Lidove, mais pour des animations et des ateliers pratiques de réalisations. 
L’étude de l’ANCI détaille aussi de quelle façon les itinérants ont bénéficié des différentes mesures d’aides, le comportement de leur public selon les régions et les différentes initiatives qu’ils ont mis en place pour maintenir le lien avec les 2000 communes et leur million de spectateurs concernés.
« Les circuits itinérants ont innové et investi, inventé des nouvelles formes de contacts avec leurs partenaires et leurs publics, et l’enjeu de la reprise, pour eux, sera non seulement de retrouver leur public, mais aussi de le renouveler et de le rajeunir.»