Comment le groupe CGR cinémas organise sa reprise

Jocelyn Bouyssy © T. Colon/Boxoffice Pro

Le groupe rochelais a mis à profit le confinement pour innover et se mettre en ordre de marche. Pleins phares sur les mesures sanitaires, la vente en ligne et une programmation événementielle pour la réouverture.

Jocelyn Bouyssy l’affirme, le groupe est prêt depuis un certain temps pour le 22 juin. « Pas de grosses surprises, les mesures sanitaires validées par le gouvernement correspondent à ce qui avait été proposé par le groupe de travail de la Fédération. » Le directeur général espère cependant que ces mesures seront provisoires et assouplies au fil du temps : « Il faut que les gens se sentent rassurés sans que ce soit anxiogène. » Non seulement les recommandations ont été suivies, mais CGR va plus loin, avec notamment l’achat de 5 000 masques lavables pour les salariés auprès d’une société rochelaise (Martine Sellerie), ainsi que l’installation de plexiglas aux différents points de vente et de distributeurs de gel dans toutes les salles du groupe.

« Ce sont des mesures propres à CGR ; nous avons fabriqué 1 200 distributeurs de gel hydroalcoolique, très qualitatifs, qui feront aussi la promotion d’un film et le premier sera Bob l’éponge – Le Film : Éponge en eaux troubles (Paramount, 29/07). »

Jocelyn Bouyssy

Le groupe rouvrira avec le nombre de séances habituel et les équipes, réduites dans un premier temps, seront réintégrées au fur et à mesure. « Il faut que la reprise soit forte pour compenser les dépenses qu’il y aura ensuite. Je suis optimiste mais réaliste. » Pour ce faire, le groupe a opté pour une offre offensive à 5 € la place en VàD pour les 15 premiers jours de reprise. « D’une part, nous disons à nos clients que nous sommes contents de les retrouver avec un cadeau de bienvenue. D’autre part, cela les incite à acheter leur place en ligne et à privilégier le sans contact, tout en palliant le manque de contenus des premières semaines. Notre stratégie est d’être dans l’action et de donner envie à nos spectateurs de revenir dans les salles, de regarder les bandes-annonces et de reprendre leurs habitudes », affirme Jocelyn Bouyssy avec conviction.

Le click & collect pour rassurer le consommateur de confiseries

Autre mesure sanitaire : le groupe a généralisé le click & collect confiserie, testé depuis plusieurs mois à Brignais et La Rochelle, à l’ensemble de ses cinémas. À la tête des opérations, Alfonso Corrales, directeur des ventes retail du groupe, a concocté une offre d’achat en ligne avec trois tailles de menus pop-corn/boissons (1 € de remise sur chaque menu jusqu’au 21 juillet).

Après avoir commandé sur son smartphone ou sur internet, le client se rend directement au comptoir dédié. Si le client n’a pas acheté sa confiserie et son billet en ligne, il peut aussi le faire dans le hall via une des huit bornes (en moyenne) caisse/confiserie ou dédiée confiserie. Une sur deux sera éteinte afin de respecter les distanciations dans le hall. « Tout le parcours client a été étudié, avec la mise à disposition de gel à chaque étape (bornes, comptoirs, salles), la distribution de lingettes à la confiserie, les agents portant un masque et des gants en supplément du plexiglas. Nous avons également organisé un protocole de formation pour les employés. Notre objectif est d’assurer la sécurité de nos clients mais aussi de lui faire oublier le COVID-19 », explique Alfonso Corrales. Entre autres mesures et protocoles, les palettes de produits réceptionnées seront entreposées 24 heures avant d’être défilmées, le pop-corn en vrac mis en warmer en quantités plus petites ou encore les pelles des murs à bonbons désinfectées plusieurs fois dans la journée. Et pour  le directeur des ventes, « ce qui fera la différence auprès de nos spectateurs, c’est l’humain. Nous pouvons prévoir et proposer des process et des innovations, nos agents feront la différence. L’entertainment commence dans le hall. » 

Une offre premium et événementielle pour booster la fréquentation

L’application ludique Demandez le programme, lancée par CGR, a recueilli plus de 100 000 votes, qui ont distingué un certain nombre de films en reprise ou à sortir. « Le film numéro un que les spectateurs ont envie de voir est Avatar, le premier comme le deuxième, en ICE ou en standard », annonce Jocelyn Bouyssy qui a donc  tout simplement approché James Cameron pour lui proposer de découvrir son film en ICE, au Regal L.A. LIVE de Los Angeles, et le convaincre de proposer le prochain dans ce procédé.

90 % des places prévendues pour la réouverture sont en ICE. « Nous misons beaucoup sur nos salles premium, nous travaillons sur les prochains films comme Mulan, Bob l’éponge, Bigfoot family. » L’intérêt pour des ouvertures de salles ICE s’intensifie même  jusqu’en Amérique du Sud et en Arabie Saoudite, où le chantier du Vox à Jeddah a repris pour être impérativement prêt à la rentrée. « On sent que les exploitants veulent apporter quelque chose de plus à leur offre. Avant le confinement, la salle de Riyad était complète à toutes les séances. Je n’avais pas imaginé que les demandes arriveraient aussi rapidement. Nous sommes sur la bonne voie. »

Un Ciné Music Festival

Autre projet pour cet été : le groupe a imaginé le Ciné Music Festival, en collaboration avec Universal Music, pour le dernier week-end de juillet et les deux premiers d’août. David Scantamburlo, directeur marketing du groupe, compte proposer un ensemble de retransmissions de concerts et documentaires sur des jeunes talents tels que Bigflo et Oli et Angèle, reconnus comme Sting, Bernard Lavilliers, Marc Lavoine, Matthieu Chedid ou encore disparus comme Queen, Christophe et John Lennon.

« Nous avons rassemblé un ensemble de contenus, peu voire pas du tout exploités en salle », explique le directeur marketing. « Suite à l’annulation des festivals et des manifestations musicales, nous souhaitons proposer non seulement un événement original, mais aussi pallier le manque de films de cet été. » À l’instar des rassemblements musicaux, les festivaliers pourront bénéficier d’un tarif unitaire de 7,5 €, de 10 € pour deux places ou d’un pass weekend à 25 €.

La relance sera soutenue par des campagnes de communication sur les réseaux sociaux, comme des lives Instagram avec des talents, et par une large campagne sur les médias TV en partenariat avec certains films. 

Le groupe se veut confiant. « Je suis sûr qu’en dépit de toutes ces peurs et cette douleur économique, il y a aura un effet positif sur l’envie d’aller au cinéma. Malgré la surconsommation sur les plateformes, je pense que les spectateurs reviendront aux vraies valeurs. Et la vraie valeur, c’est le cinéma. Ils se rendent compte que rien ne remplace la salle de cinéma, le restaurant, la sortie et le lien social. Nous devons inventer, réinventer et oser. Même si nous devons courber l’échine dans un premier temps, je ne suis pas défaitiste », conclut Jocelyn Bouyssy.