Anne-Sophie Le Guiader : « Si les spectateurs se sentent en sécurité, il reviendront dans les salles »

Au lendemain du lancement de l’initiative solidaire pour les « héros du quotidien », nous avons interrogé Anne-Sophie Le Guiader, directrice des ventes de Kinepolis France. Comment le groupe belge travaille-t-il à la réouverture des salles, aussi bien d’un point de vue de la sécurité sanitaire que des contenus à offrir aux spectateurs ? Entre incertitude, inconnu mais aussi grande préparation…

Pour vous, quelle serait la date de réouverture idéale pour les salles de cinéma ?

Il n’y a pas vraiment de date idéale… Le moment parfait sera ni trop tard, pour avoir un été cinématographique, ni trop tôt, pour organiser la remise en route des sites dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, tout notre travail est articulé autour de ces deux axes. Concernant l’offre de films et de contenus, nous sommes en contact constant avec les distributeurs mais rien n’est figé pour le moment. Les dates des films bougent beaucoup et si de nombreux films français sont décalés, on espère cependant que Tenet et Mulan soient bien maintenus. 

Mieux vaut ne pas précipiter la réouverture pour l’ensemble du métier. Nous faisons partie d’un fonctionnement systémique en interdépendance les uns avec les autres. Le pire pour les salles françaises serait de rater leur ouverture. Le message serait catastrophique. Ce qui est sûr, c’est qu’on rouvre plus difficilement les cinémas qu’on ne les ferme. 

Sur quelles mesures sanitaires avez-vous anticipé votre organisation ?

C’est l’autre axe primordial de notre travail. Nous ne savons pas quelles seront les directives du gouvernement. Nous travaillons actuellement sur des protocoles sanitaires pour les employés et nous nous adaptons en fonction des situations de chacun. Certains collaborateurs voudront reprendre, d’autres pas de suite. Notre job aujourd’hui est de rassurer nos salariés, nos spectateurs et de les protéger. Tout va dépendre de la première phase de déconfinement et si les perspectives sont positives. Si nos spectateurs sentent que les employés sont protégés, ils seront rassurés. Nous voulons montrer l’exemple par la preuve et mener nos actions par l’engagement !

De plus, les outils digitaux que nous utilisons depuis la première heure, comme la VàD et la numérotation des places, vont nous permettre de gérer au mieux les différentes phases. Nous devons envisager le temps de nettoyage entre les séances, favoriser le sans-contact. Nos confiseries ont déjà adoptée le concept de boutiques ouvertes, qui permettent un self-service et un paiement en caisse. Les halls et couloirs de nos multiplexes sont très larges, ainsi que l’espacement entre les fauteuils. Nous sommes déjà assez bien adaptés.

Réfléchissez vous, en matière de programmation, à proposer des contenus innovants ou différents?

Il y a encore beaucoup de facteurs à prendre en compte. Sachant qu’il n’y aura pas de festivals, ni de grandes manifestations culturelles, nous aurons peut-être une opportunité sur la programmation estivale, avec des reprises, des soirées, des séances éditoriales. Nous devons nous réinventer.

On oppose souvent les anciens acteurs de notre secteur et les nouveaux. Je partage l’avis de Jérôme Seydoux sur le fait que nous avons besoin les uns des autres. Pendant le confinement, beaucoup de personnes se sont ruées sur la consommation intense de films et ce n’est pas si négatif pour nous, car toutes les études montrent que les grands consommateurs de plateformes sont aussi des cinéphiles. En effet, l’expérience n’est pas la même ! Ce que le spectateur cherche dans une salle, c’est l’immersion, l’interaction avec les autres. Les films consommés sur les plateformes ne sont pas des films que l’on n’irait pas voir au cinéma. À nous de travailler sur cette communication !

Pensez-vous organiser un grand événement pour favoriser la reprise ? Des opérations tarifaires ?

La politique du groupe n’est pas de faire des opérations tarifaires car nous pensons que cela détruit la valeur. Nous réfléchissons sur les campagnes de reprise et attendons aussi de voir de ce que la Fédération va organiser. Nous allons travailler sur des campagnes européennes. Plus que la forme, c’est le fond qui est important. Comme je viens de le souligner, nous devons rassurer et réinventer nos contenus. Si les spectateurs se sentent en sécurité, il reviendront dans les salles.

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