Acoustique des salles de cinéma : une nouvelle recommandation technique de la CST

La salle du cinéma Agnès Varda de Joigny ©DR

Trois ans de travail pour élaborer un document de référence, qui permettra d’optimiser l’acoustique des salles dès leur conception : la Commission supérieure technique de l’Image et du Son soumet cette nouvelle recommandation à consultation.

« Du son mono au multi-canal jusqu’aux formats immersifs en plein développement, les sources et niveaux sonores ne cessent d’évoluer, tandis que les bandes son des films se complexifient toujours plus. Aussi est-il important de définir un cahier des charges pour une acoustique optimale, dès la conception d’une salle de cinéma », explique Michel Monier, co-responsable du Département son de la CST*, qui a mené, avec d’autres professionnels de ce domaine**, les travaux sur la recommandation technique RT041 sur l’acoustique des salles de cinéma. Fait nouveau : si la CST édite régulièrement ce type de documents, disponibles sur son site, ses administrateurs souhaitent désormais que les projets de recommandation technique soient mis en consultation auprès des professionnels avant leur publication définitive, afin de recueillir un avis plus large que celui du groupe les ayant élaborés.

Ce groupe aura travaillé trois ans pour venir à bout d’un sujet complexe, sur lequel il n’existait pas jusqu’à présent de document normatif, alors qu’on en trouve par exemple sur les salles de concert. « Il est important d’éviter les défauts en amont, c’est pourquoi cette recommandation s’adresse d’abord aux architectes et corps d’état qui conçoivent et équipent les salles de cinéma », précise Michel Monier, « même si nos préconisations pourront être utiles lors de rénovations et restructurations ».

La rédaction de cette recommandation a été entreprise préalablement à la révision de la norme AFNOR NF S 27-001, qui intègrera désormais les caractéristiques acoustiques adaptées aux salles de cinéma, en plus des caractéristiques dimensionnelles. En effet, si l’acoustique répond à des phénomènes physiques que les architectes savent prendre en compte dans leurs projets – à travers le volume de la salle et la surface des murs, le type de matériaux et des revêtements utilisés… – il n’en est pas moins utile de leur proposer un guide permettant de faire des calculs plus précis pour atteindre des objectifs référencés.

Bruit de fond, isolation entre salles et temps de réverbération

Trois paramètres principaux ont ainsi été étudiés dans la recommandation RT041. Il s’agissait d’abord de les définir, puis de donner des méthodes pour les mesurer afin de s’approcher de valeurs recommandées.

À commencer par le bruit de fond, que l’on peut améliorer même dans des salles existantes. On a tous été gênés par ces sons qui interviennent en permanence ou par intermittence pendant une séance : le bruit du projecteur, de la climatisation, les parasites d’un défaut électrique… « Il est quasiment impossible de n’avoir aucun bruit dû à l’équipement de la salle, aussi mesure-t-on ce bruit de fond quand la salle est prête à fonctionner », explique Michel Monier. « On fait les mesures sans projeter de film, avec un micro au centre de la zone d’implantation des fauteuils et en quatre autres positions, afin de situer le bruit gênant dans le registre des fréquences audibles. Pour savoir si un bruit de fond est acceptable ou excessif, on utilise le gabarit de courbes NR (Noise rating) : on positionne sur ces courbes les mesures obtenues, l’objectif étant de rester en dessous d’une courbe cible. »

L’isolation acoustique entre salles, qui dépend principalement d’un bon projet architectural initial, peut aussi être mesurée de façon précise. « Pour définir ce qui est nécessaire en termes d’isolation, on travaille ici sur la gêne venant d’une salle voisine. On y génère alors un signal assez fort – la recommandation précise quel son d’excitation utiliser, généralement un « bruit rose » – que l’on diffuse via tous les haut-parleurs, et on mesure ce que l’on en perçoit dans la salle qui nous intéresse. L’objectif est de ne pas dépasser un certain niveau d’émergence au-dessus du bruit de fond déjà présent. S’il y a trop d’incidence, il faut identifier l’origine : transmission par une enceinte plutôt qu’une autre, par une gaine de climatisation, une paroi ou une porte… »

Le temps de réverbération est plus complexe à identifier, même si l’on sait que le son parvient au spectateur après de multiples réflexions sur les parois et l’environnement de la salle. Les spécialistes soulignent que « l’oreille est très sensible à ce paramètre, qui a beaucoup d’incidence sur l’intelligibilité des dialogues. Quand le temps de réverbération est trop long, les sons se mélangent et certains mots peuvent être incompréhensibles ; s’il est trop court, le film ne vivra pas suffisamment. »
La salle de cinéma se distingue d’autres lieux de spectacle par ses équipements sonores spécifiés, dans la norme AFNOR NF S 27-100, qui définit notamment le positionnement des enceintes. Il est souhaitable de pouvoir mesurer le temps de réverbération, « en privilégiant l’enceinte acoustique centrale derrière l’écran, le signal le plus important étant celui du dialogue », indique Michel Monier. « On émet un signal sonore adapté qui va permettre de connaître la réponse acoustique temporelle de la salle. On enregistre la durée de la décroissance du signal sonore. »
Là encore, le but est que ce temps de réverbération soit compris entre des valeurs limites en fonction du volume de la salle. « Nous avons défini une tolérance assez large, mais nous demandons que ce temps de réverbération, qui traduit la force avec laquelle la salle capte et absorbe le son, soit désormais pris en compte. »

Ce nouveau texte, qui s’applique à la diffusion des bandes sonores en multicanal 5.1 et 7.1 donne également des indications sur le positionnement des enceintes acoustiques d’ambiance pour la diffusion de ces formats. Le groupe de travail a intégré dans ses réflexions la compatibilité de ce point avec les indications données dans les cahiers des charges des systèmes immersifs, tous propriétaires, et ne relevant donc pas de la normalisation, du moins pour l’instant. Les professionnels qui le souhaitent sont donc invités à télécharger le projet de recommandation dès aujourd’hui et à laisser leurs remarques sur le site avant le 30 avril 2021.


*La CST est structurée en cinq départements (Production/Réalisation, Image, Son, Postproduction, Diffusion/Distribution/Exploitation), chacun animés par des professionnels experts du secteur concerné. En nombre d’adhérents, le département Diffusion/Distribution/Exploitation est le plus important.
** Le groupe de travail est composé de : Pierre-Edouard Baratange, Alain Besse, Jean-Michel Martin, Michel Monier, Christophe Rajon, Dominique Schmit.

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