Embellie de la fréquentation mais charges qui explosent, relations tendues avec les distributeurs, transition écologique, accessibilité et éducation à l’image : comme chaque année à Deauville, les trois branches de l’exploitation ont partagé leurs divergences mais, surtout, les enjeux qui les rassemblent.
Avant la rencontre avec les représentants du CNC demain, ce forum de discussion entre la Grande, Petite et Moyenne exploitation a finalement montré qu’au-delà des crispations qui peuvent exister dans les zones à concurrence, toutes les typologies d’exploitation font un constat commun : si la fréquentation augmente, les charges fixes et les besoins d’investissement de tous les cinémas aussi.
« La hausse récente des entrées repose sur quelques titres porteurs, a ainsi formulé Cathy Coppey, rapporteure de la branche de la Grande exploitation, et la fréquentation est inégale selon les territoires. L’augmentation de nos charges reste donc exposée aux variations de l’offre. »
Au nom de la Petite exploitation, dont les entrées n’ont progressé que de 20 % cette année, Christine Bentabet souligne notamment que faire fonctionner « un mono écran coûte plus cher qu’exploiter un cinéma de plusieurs salles ». Et pour les plus petits établissements, il est impossible d’assumer des frais liés à la transition écologique. Comme cela avait été fait lors de la mise en conformité de l’accessibilité, la branche appelle de ses vœux « une enquête de la FNCF afin de faire un état des lieux des besoins en termes d’isolation et de climatisation de nos salles ».
Les investissements sur le long terme sont tout aussi nécessaires pour la Moyenne exploitation. « Une étude de nos charges permettrait d’envisager un mécanisme de soutien et aussi d’apaiser les tensions »”, rapporte ainsi Anne-Claire Brunet. La branche en appelle aussi à un observatoire de la concurrence, et espère là aussi fluidifier les relations avec les distributeurs, notamment en reparlant des taux de location et des tarifs pratiqués.
Certes, la question de la concurrence avec des salles publiques dans certaines zones a été soulignée par la Grande exploitation, mais elle pointe aussi, côté distributeurs, « des taux de location plus difficiles à négocier et des engagements de programmation qui se sont durcies ». La Petite exploitation de son côté travaille à une expérimentation sur l’accès aux films, qui n’a pu aboutir l’année dernière, mais que le CNC souhaite mettre en place, sous l’égide du Comité de concertation. La table ronde du 23 septembre à Deauville, consacrée aux relations distributeurs-exploitants, est donc particulièrement importante… et bienvenue.
Éducation à l’image et accessibilité
Autre sujet crucial de cette assemblée : l’éducation à l’image. Edouard Geffray, qui pour rappel avait émis ses propositions l’an dernier à Deauville, est intervenu par vidéo, cette fois en tant que ministre de l’Éducation nationale. Il a notamment annoncé la publication, hier 21 septembre, du fameux Référentiel pour l’éducation au cinéma et à l’image animée, et assuré qu’il se tenait aux côtés des exploitants.
Au nom de la FNCF, Aurélie Delage et Agathe de Foucher ont détaillé les avancées mais soulevé la question plus épineuse du financement. Car si l’engagement du CNC est « exemplaire » – partenariat renforcé avec les régions, fonds pour l’innovation… – le budget espéré pour la part collective du pass Culture, annoncé entre 19 et 17 millions d’euros pour le premier trimestre de l’année scolaire… est gelé. « Nous devons rester mobilisés, sinon les mesures du rapport Geffray resteront sans effet. Il faut trouver des moyens avec ou sans le pass Culture, et nous invitons les exploitants à rester en lien avec les établissements scolaires pour maintenir les dispositifs. »
Enfin, Erwan Escoubet (FNCF) et Leslie Thomas (CNC), ont fait le point sur les travaux de l’Observatoire de l’accessibilité et de la Commission nationale Culture et Handicap (CNCH)… revenant sur le plan annoncé par Emmanuel Macron lors de la conférence nationale du handicap qui s’est tenue le 4 septembre. Ce plan Accessibilité des cinémas, qui se décline en 5 axes, vise surtout à augmenter le nombre de séances adaptées aux personnes mal voyantes et mal entendantes. Le CNC de son côté reste très attentif aux solutions individuelles que peuvent proposer les cinémas, Erwan Escoubet rappelant que le fond de soutien automatique est éligible à ce type de dépenses. Il invite d’ailleurs les exploitants à les tester sur le Village Accessibilité et Inclusion, organisé par la CST et Matmut pour les arts… à Deauville.

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